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objecte que cette explication trouble l’ordre chronologique observé jusqu'ici; mais on n’a pas prouvé que l’auteur veuille s’astreindre à un ordre chronologique rigoureux et il avait une raison spéciale de terminer son énumération par le triomphe éclatant du Christ.
1V. LE PREMIER-NÉ DE TOUTE CRÉATURE (Col. 115).
1. Au sens propre, zpwtéroxos signifie « premier-né », c’est-à-dire né le premier, que ce soit ou non le premier d’une série. Le premier-né des Juifs était ainsi appelé et consacré à Dieu avant qu'on sût s’il aurait des frères. C’est en ce sens que Jésus est dit premier-né de Marie (Luc. 27). — Au sens métaphorique, il signifie «< chéri comme un premier-né, avantagé comme un premier-né ». Ainsi Israël était le premier-né de Dieu (Ex. 422 : viès mpwrétoxés pou ‘IopañX) et le roi théocratique, figure du Messie, est établi premier-né (Ps. 88 [89] ?8 : xpuréroxov Bfcouat adrév). Il est possible que Hebr. 1 et 1223 s’inspirent de ces deux textes (Hebr. 12% se référant à Ex. 4? et Hebr. 16 à Ps. 88%, mais ce dernier texte est plutôt visé dans Hebr. 211-1217), — Dans l'Apoc. 15 (6 xpwtétoxos rüv vexpäv), ce titre, conformément à la grammaire et à l’analogie, marque une priorité de temps (ressuscité avant les autres), servant de fondement à une prééminence de rang (le plus noble des ressuscités). -
2. Restent les trois exemples de $S. Paul (Rom. 8*; Col. 11518), —
Pour Rom. 829 (eis to eîvar adtov rpwtétoxov Ev roldots adelpotc), Jésus- Christ est le premier-né entre plusieurs frères parce que les autres ne peuvent recevoir la filiation adoptive que par lui (Gal. 4; Eph. 15), en tant qu’ils revêtent son image, sa forme de fils (ougmépoous ts eixévog roù vioÿ adroÿ) : l'expression indique donc d’abord une priorité de temps et par suite une prééminence de rang. — Pour Col. 18 (rpwtütoxos èx tv vexp@v), on ne voit pas comment Jésus-Christ pourrait être appelé le premier-né d’entre les morts ni comment il serait vrai qu’il prime en toutes choses s’il n’était pas ressuscité le premier; d’autant que VApôtre insiste ailleurs sur cette priorité de temps : Jésus-Christ est arapyn Tv xexotumpévuv (1 Cor. 15*) parce que les autres ne peuvent ressusciter qu'après leur chef (1 Cor. 1533 : &xapyà Xptotéc, Exetta of toù Xptotoÿ). :
3. Dans Col. 115 (rpwtétoxos réons xtloeuxc), le contexte nous fournit trois indications : A) Le Christ est « premier-né de toute créature » parce que toutes choses ont été créées en lui et qu’il est donc non seulement
supérieur mais antérieur à toutes choses. — B) Le Christ « est avant toutes choses et toutes choses subsistent en lui » : son antériorité dans la durée est le fondement de sa prééminence. — C) Les mots réons
xtloews doivent s’entendre non au sens collectif (de toute la création) mais au sens distributif (de toute créature). En effet : a) On ne cite pas d'exemple où räox xtlou (toute créature) soit pour räca à xtlo (toute la création). — b) L’assertion que xtlois (l'ensemble de la création), comme xdsuos et autres mots du même genre, peut se passer d'article défini est erronée. Cela n'arrive que lorsque ces mots sont précédés d’un nom indéfini régi par une préposition qui se construit
CP
d'ordinaire sans article défini : x’ &pxñs xtloews (Marc. 131°; 2 Petr. 31), xpd xataéoXñe xdouou (Eph. 1‘; 1 Petr. 12; Joan. 17%t). Ce n’est point notre cas et d’ailleurs la raison ne vaudrait pas avec r&, qui, au sens de totus, réclame impérieusement l’article, à cause de la confusion qu'engendrerait la suppression.
Le P. A. Durand (dans Recherches de science religieuse, t. I, 1910, p- 56-66) a essayé de montrer que « rpwtérozos réons xtloewc veut dire souverain du monde entier » (p. 61). Mais sa docte étude soulève quelques objections : «) On ne cite pas d'exemple où rä&oa xtiow signifie le monde entier, comme näox 4 «rio. — f) Ilpwrétoxos ne veut pas dire souverain; il s'emploie par métaphore au sens de « chéri comme un premier-né, avantagé comme un premier-né » et par conséquent « héritier ». Mais héritier n’est pas souverain : ce sont des idées voisines ; seulement en passant d’une idée à une idée voisine et en substituant l'une à l’autre, on arriverait à prouver tout ce qu’on voudrait. — y) Le sens métaphorique, s’il n’est pas absolu, ne prend que les constructions relatives du sens propre. Ainsi rpwtiétoxos signifie bien métaphoriquement « héritier », mais dans rpwzdtoxos roXAGv &épuv on ne pourrait pas traduire « héritier de plusieurs frères » sans passer de genere ad genus. De même, supposé que xpwtétoos signifie par métaphore « souverain » — ce qui n’est pas établi — il ne pourra pas se prendre ainsi dans la locution np. réons ntisews. — à) Enfin l’auteur paraphrase rpwrétoxos ëx rüv vexpüv (Col. 1'8) ainsi : « établi premier-né par la résurrection des morts » (p. 63); mais il est difficile de ne pas rapprocher cette locution de zputérozos tüv vexpGv (Apoc. 15), dont le génitif est évidemment comparatif ou, si l’on veut, superlatif. Pour qu'il fût partitif, il faudrait qu’il exprimât une idée collective : « le premier-né de la famille ». D'un autre côté, il ne saurait être objectif : ce qu'on pourrait, à la rigueur, admettre, avec l’accentuation rpwtoréxos, Mais non avec TPWTUTOxs, dont la forme, ainsi que la notion, est passive. On peut se demander si la comparaison porte sur la dignité seulement, ou sur le temps seulement, ou à la fois sur le temps et sur la dignité. D'après ce que nous avons dit, c’est la troisième hypothèse qui est préférable. Au lecteur de décider si c’est la priorité de temps ou la prééminence de dignité qui l'emporte dans l'esprit de Paul. Nous croyons pour notre part que c’est la priorité de temps.