I. ÉTAT DE LA QUESTION
L'un des problèmes les plus délicats et les plus subtils de l'exégèse paulinienne est sans doute la détermination des cas où il faut écrire le mot « esprit» par une majuscule. Quelques éditeurs se tirent d’embarras en mettant des minuscules partout; mais ce n’est là qu’une échappatoire et la difficulté, pour être esquivée, n’en subsiste pas moins. Qu'on en fasse l'épreuve au chapitre vir de l’Épitre aux Romains, où le mot revient dix-sept fois dans les seize premiers versets et où les variations orthographiques de la Vulgate ne sont pas toujours faciles à justifier. Mais l'exemple le plus topique est encore notre texte : Dominus autem spiritus est (ou Spiritus). Le désaccord des exégètes est aussi complet que possible. On en trouvera l’exposé succinct dans L. Krummel (Studien und Kritiken, t. XXXII, 1859, p. 39-100) et l’historique consciencieux, méthodique et raisonné dans une docte monographie du P. Holzmeister (Dominus aulem Spiritus est, Innsbruck, 1908). Aux interprétations anciennes beaucoup d’autres sont venues se joindre, et l’on a l’impression, en les parcourant, d’errer à l'aventure dans un inextricable labyrinthe. Une conséquence évidente de cette bigarrure c’est qu'aucune explication ne s’impose à l’exégète catholique qui reste ainsi libre de ses préférences. Le P. Holzmeister s'étonne que les théologiens de nos jours n’aient plus guère recours à ce texte pour prouver la divinité du Saint-Esprit. Mais ils doivent avoir pour cela de bonnes raisons; car personne ne soupçonnera Franzelin, Pesch, Jungmann et Billot de pusillanimité ou de tendance au modernisme. Quand un texte est généralement délaissé des théologiens, comme l’est aujourd’hui 1 Joan. 57 pour la trinité et 2 Cor. 3!7 pour la divinité de l’Esprit- Saint, cet abandon est symptomatique. Il faut en chercher la cause soit dans un doute grave relatif à l’authenticité, soit dans une insurmontable difficulté d’exégèse.
Pour procéder avec ordre, nous examinerons successivement : L. quel est le sujet de la phrase, — 2. le sens de 6 Küptos, — 3. le sens de *ù rveduæ, — 4. le sens de l’incise entière.