CHAPITRE I
Rien n’égale l'emphase avec laquelle saint Paul affirme que le Christ, dont il vient d'enseigner la préexistence, est aussi vraiment homme, semblable à tous les autres hommes hormis le péché. C’est que Jésus-Christ n’est médiateur parfait qu’à condition de partager notre nature : « Unique est Dieu, unique aussi le médiateur de Dieu et des hommes. Jésus-Christ homme !. » Il n’est vainqueur du péché et de la mort qu'en vertu de la solidarité qui fait de sa cause la nôtre : « La mort dérive d’un homme et la résurrection des morts [doit] aussi [dériver] d’un homme?. » Ces assertions expresses ne laissent aucun doute sur le sens véritable de certaines expressions qui par elles-mêmes pourraient prêter à l’équivoque. Quand saint Paul dit que « le second homme est du ciel », il fait allusion à son origine éternelle: il l’oppose, à ce point de vue, au premier Adam formé de limon et incapable de transmettre à ses descendants une autre vie que la vie psychique. Quand il affirme que celui qui était « dans la forme de Dieu » prit « la forme d’esclave“ » et parut « dans la ressemblance des hommes », loin de nier la vérité de la nature humaine il ajoute aussitôt que le Christ fut « reconnu pour homme » par l'expérience de sa vie entière, puisqu'il fut susceptible d’obéissance et
4. 1 Tim. 2%. Voir p. 247-8. — 2. 1 Cor. 1521; Cf. Rom. 517. 3. 1 Cor. 1547. Voir p. 251. — 4. Phil. 26. Voir t. I, p. 439-446.
sujet à la mort. Enfin quand il parle de l'envoi du Fils de Dieu « dans la ressemblance d’une chair de péché », il entend évidemment exclure la chair pécheresse et non la chair elle-même, car cette mission avait justement pour but de « condamner le péché dans la chair! ». Et quelle exégèse perverse à pu tirer une objection contre l'humanité du Christ du passage suivant : « Si nous avons connu selon la chair le Christ, maintenant nous ne le connaissons plus? » de la sorte? Autre chose est de méconnaîitre la réalité de la chair du Christ, autre chose de ne plus connaitre le Christ selon la chaïr, c’est-à-dire selon les idées basses, terrestres, charnelles, des Juifs incrédules.
1. 11 faut que le Christ soit vraiment homme pour remplir sa mission; car, dans l'économie actuelle, il doit être « le second Adam, le premier-né d’entre les morts, le premier-né entre plusieurs frères, le pontifeÿ » idéal; or, s’il n'était pas vraiment homme, il ne serait ni nouvel Adam, nj ressuscité, ni pontife et il n’aurait pas pour frères les saints.
Dans l'ordre actuel de la providence, où l’homme tombe et se relève par le principe de la solidarité, il était nécessaire que le Fils de Dieu assumât notre nature et non pas une nature supérieure, qu'il fût homme et filsde l’homme, pour être tout dévoué à nos intérêts et capable de les servir. Il devait emprunter sa chair à la masse pécheresse afin d'y déposer un levain de sanctification et revêtir la ressemblance de la chair de péché afin de condamner le péché dans la chair.
2, Aussi est-il « apparu dans la chair“ »; et la chair, pour l’Apôtre, est l’âme unie au corps, le composé humain; il a montré qu'il était vraiment homme par toute sa vie terrestre et son long commerce avec les hommes, notamment par sa faiblesse, par ses souffrances, par sa mort et par sa résurrection : Habitu inventus ut homo 5. — 3. Il descend des patriarches f; il est fils d'Abraham”; il est fils de David selon la chair; il est né ou plus exactement « fait d’une femme ° »,
1. Rom. 8. Voir note Lo, p.258-262. — 2.2 Cor. 516, Voir ci-après, p. 286-7.
3. Rom, 1215; 4 Cor. 1522*45 (nouvel Adam); Col. 118; Rom. 829 (premierné); Hebr. 217; 414; 51-10 (pontife) etc. — 4. 1 Tim. 316.
5, Phil. 28. — 6. Rom. 9°: — 7. Gal. 316, — 8. Rom. 15. — 9, Gal. 44.
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