‹ La théologie de Saint PaulChapitre 446 sur 630 · Rom. 15-4. — 6. Col · texte numérisé non relu

Rom. 15-4. — 6. Col

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tribution reste le même. Comment s’accomplit le mystère de cette union? Paul ne l'explique pas. Il jette les bases de Ja doctrine : aux théologiens de tirer les conséquences. Ses | deux formules de l'incarnation n’en sont pas moins dignes d'intérêt. « En lui habite corporellement toute la plénitude de Re la divinité. » Les exégètes reconnaissent que la plénitude de

THE M1. Col. 29 : ?Ev adT® xarotxeï TGV To TApwux tAç Beétntos CHLATIXGS. Re In ipso inhabitat omnis plenitudo divinitatis corporaliter. SR À) Toute la plénitude de la divinité. — Le mot 6eérns ne se lit qu'ici et son congénère deérnç ne se lit que Rom. 120 et Sap. 189. Trench, Synonyms of the N.T., $ 11, établit bien la différence : berérns est le caractère de ce qui est divin, 6eérre est le caractère de ce qui est Dieu. On ne connaît, chez les écrivains profanes, que trois exemples de 6eérn (Lucien, Zearom. 9; Plutarque, De def. orac. 10 et De Isid. et Osir. 22), tandis que Berétns est commun; mais on peut dire qu'ils observent la distinction marquée par l’étymologie De, et dont les Pères grecs ont le vif sentiment. Augustin lui-même (De civit. Ze 25 Dei, VII, 1) a noté la différence de sens : « Hanc divinitatem, vel ut dixerim HE deitatem, nam et hoc verbo uti jam nostros non piget, ut de Græco expres- LS sius transferant id quod illi 6s6rntz appellant... » Aussi les traducteurs alle- JR mands qui se piquent d’exactitude emploient-ils des mots différents : Gott- : heil pour 6sérnc et Güttlichkeit (de Wette) ou Gottesgüte (Weïizsæcker) pour Petérns. — Cela posé, le sens de « toutela plénitude dela divinité »nesaurait être - : douteux. Les meilleurs exégètes sont d’accord sur ce point : « Non modo : divinæ virtutes, sed ipsa divina natura. [Gottheit und Gœtilichkeit ist Zweierlei. Jenes deutet die Gættliche Natur an : dieses den Glanz, Ehre, Würde, Aufzug, welche aus der gættlichen Natur hervorstrahlt und derselben von rechtswegen gebührt] », Bengel, Gromon N. TS, Stuttgart, 1892, P. 800. — Haupt (dans Meyer’s Kommentars, 1902) paraphrase très bien : « die Fülle, d. h. der Gesamtinhalt, die Summe, alles dessen, was Gott zu Gott macht». — Abbott (Eph. and Col., Édimbourg, 1897) est plus bref : .Cofthe Godhead, i. e. of the Divine nature », — La paraphrase de Lightfoot (Coloss. p. 179 : « the totality of the divine powers and attributes ») et de Stevens (The Paul. Theol.?, p. 202 : «the plenitude of divine attributes ») est beaucoup moins heureuse, mais ce dernier auteur se corrige un peu plus loin (p. 214) entraduisant : « the plenitude of Deity » et le premier complète aussitôt sa définition en ajoutant : « of the Godhead ».

B) Habite en lui corporellement. Le mot xarouxeïy désigne un séjour permanent et fixe (hébreu 2%); il se distingue ainsi de maporxeïv (ANA, peregrinart), auquel on l'oppose souvent; Philon dit que celui qui s'attarde aux sciences encycliques (sciences préliminaires, telles que la géométrie, l’astronomie, etc.) {ruverse la philosophie, mais n'y réside pas (Sacrif. Abel et Cain, 10, Mangey, t. I, p. 170 : Taporxet copia où xaroxet). La plénitude de la divinité étant à demeure dans le Christ, l'expression est très juste. — La locution ëv aÿr® se rapporte au Christ qui vient d’être nommé (28: où xarà Xptotév), par conséquent au Verbe incarné et non pas au Verbe avant l'in- Carnation, comme le supposent, par distraction, certains exégètes. — Le sens précis de couerwé&ç n'est pas sans difficulté : Le corps étant une fois (Col. 217) opposé à l'ombre, comme la réalité à La figure, quelques-uns, à la suite de $. Augustin (Epist. GxLIX), l’expliquent par « réellement » ; mais le corps n’a ce sens qu’en vertu d’une antithèse explicite avec le type ou la figure. Plusieurs Pères pensent que cwparixdç équivaut à oùotwô®s « substantiellement » (Isid. de Péluse, Epist. 1v, 166). La divinité habiterait l’humanité du Christ non pas accidentellement (où oxetindiç, S. Cyril. d'Alex.)

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la divinité ne peut être que l'intégrité de l'essence divine et par conséquent la divinité elle-même. En effet Osérne (dettas), abstrait de 6:0<, n’est pas identique à Oeuérns (divinitas), abstrait de Oeïoc. Le dernier mot pourrait s'entendre de la qualité; l’autre doit s'entendre de la nature. Ce sens s'imposerait encore avec plus de force au cas où Paul combattrait l'erreur des Colossiens plaçant dans les puissances supérieures des parcelles et des émanations de la divinité; mais, au fond, il est indépendant de cette hypothèse. Que veut dire « corporellement »? Beaucoup de Pères le rendent par « réellement » ou « substantiellement »; mais le corps n’a ce sens que lorsqu'il est opposé à l’ombre. Corporellement signifie « dans un corps, sous forme de corps »; cette acception convient de tout point et il n’y a pas à en chercher d'autre. Votre prétendue philosophie, dit Paul, n’est qu'une duperie vaine: vous vous attardez à des doctrines élémentaires, puériles ; vous demandez des protecteurs et des médiateurs au monde chimérique de l'imagination et vous négligez celui en qui, sous une forme visible et tangible, exempte d'erreur et d'illusion, « réside corporellement toute la plénitude de la divinité ». Comme il possède cette plénitude absolue (ra ® revue) à titre permanent (xarorxei), il la fera rejaillir sur vous en grâces spirituelles et vous pouvez done vous passer d’autres intercesseurs.

Ce texte enseigne bien l'union de la divinité et de l'humanité dans l’unique personne du Christ, mais ne nous apprend ni partiellement comme dans les autres saints (nequaquam per partes, $. Jérôme, In Isaiam xt, 1; cf. $. Hilaire, De Trinit. vi, 54), mais tout entière et par une union substantielle. Tout cela est d’une irréprochable théologie et peut se déduire de xarotxetv, mais « corps» ne signifie pas «substance ». D’autres recourent à un sens métaphorique du mot « corps ». La plénitude de la divinité habiterait en lui, «dans le corps » de l'Eglise; ou « comme dans un corps», c’est-à-dire formant une sorte d'organisme (Haupt). __ Inutile de chercher des explications si loin, quand le sens obvie est de tout point satisfaisant. « La plénitude de la divinité habite en lui corporellement », c’est-à-dire incarnée. S. Jean Chrysostome observe que PApôtre ne dit pas : La plénitude de la divinité habite dans un corps (ëv cwpart) » parce qu'un corps ne saurait la contenir; mais « en lui » (év aitw), dans . sa personne, et cela « unie à un corps ». Nous avons ici une formule de l’incarnation comparable à Joan. 114 : ompattxüe exprime d’un mot le Verbum caro factum est de S. Jean. Les meilleurs exégètes l’entendent ainsi :

Cowuariée, Î. e. assuming a bodily form, becoming incarnate » (Lightfoot). — « Not äswpétuws, as in the Xéyos before the Incarnation » (Abbott).

pas comment l’union est faite. Un autre passage soulève un peu plus le voile du mystère : « Existant dans la forme de Dieu, il ne regarda pas comme un larcin d’être [traité] à ‘égal de Dieu, mais il se dépouilla lui-même en prenant la forme de l’esclave, en devenant semblable aux hommes. » Nous considérons comme établis les points suivants : 1. La forme de Dieu est la nature divine, la forme de l’esclave est la nature humaine. — 2. Le dépouillement a lieu par le fait que le Christ surajoute à la nature divine, qu'il avait de toute éternité, la nature humaine qu'il prend dans le temps. — 3.11 y a donc dans un même sujet, dans une même personne, dans le Christ, deux natures, l’une divine, l’autre humaine. — 4. Puisque la nature divine est immuable et qu'il est d'ailleurs affirmé que le Christ la garde (érépywv), le dépouillement ne peut pas consister dans l'abandon ou l’amoindrissement de cette nature. — 5. Le dépouillement, s'il signifie autre chose que l’abaissement, . l’anéantissement, résultant de l’assomption par le Verbe d’une nature inférieure, ne peut donc être que l'abandon spontané des honneurs divins, auxquels le Christ avait droit en tant qu'homme (> <ivu oo O:6) et qu'il aurait pu revendiquer en vertu de l'union hypostatique. — 6. La nature humaine n'est pas absorbée dans cette union, car le Christ reste vraiment homme et il est reconnu pour homme par des dehors (cyfuar:) qui ne trompent pas et par le cours entier d’une vie d'humiliations, d'obéissance et de douleurs. On n'ignore pas que ce texte mal compris à donné naïissance à la bizarre hérésie de la kénose, dont le protestantisme libéral est infecté depuis un siècle. Luther en est responsable. Rompant avec la tradition, il expliqua ce passage de l'humanité du Christ, sous prétexte que Le Verbe ne saurait se dépouiller. Les partisans modernes de la kénose soutiennent, avec l'opinion commune, qu'il doit s’entendre du Christ préexistant et ils concluent, avec Luther, qu’il implique une vraie diminution du Verbe lui-même. D'après l'idée fausse qu'il se faisait de la communication des idio-

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