‹ La théologie de Saint PaulChapitre 451 sur 630 · ANTÉCÉDENTS DU SYSTÈME DE LA KÉNOSE · texte numérisé non relu

ANTÉCÉDENTS DU SYSTÈME DE LA KÉNOSE

La kénose doit son origine première à la difficulté de concevoir deux natures complètes unies en une seule et même personne : ou bien l’une des deux natures était absorbée par l’autre, ou bien elles étaient mélangées de manière à produire une nature nouvelle, ou bien l’une des deux était amoindrie afin de pouvoir être complétée par la seconde et former avec elle un tout unique. A vrai dire, Arius est le premier inventeur de la kénose, bien que le nom ne soit pas de lui. Il admettait dans le Christ trois parties : un corps, une âme sensible (4uyn &hoyos) et le Logos qui suppléait l’âme raisonnable (voÿc, rveüuo) des autres hommes. La nature humaine du Christ était donc incomplète et le Logos, le quel n’était ni éternel, ni infini, ni Dieu au sens propre

. du mot, ne pouvait pas devenir partie intégrante d’une nature humaine

sans subir lui-même un changement. Aussi les ariens accordaient-ils que le Logos était tperrds oo, bien qu’il fût moralement immuable, comme incapable de péché. — La doctrine d’Apollinaire de Laodicée ressemble fort à celle d’Arius. Apollinaire, à l'encontre d’Arius, soutient la pleine divinité du Logos, mais il en fait, comme Arius, le troisième élément de l’unique nature du Christ, qui se compose ainsi d’un corps, d'une âme sensible ou principe vital et du Logos divin faisant fonction d’âme raisonnable. Apollinaire a beau protester que dans cette fusion le Verbe reste immuable, tout son enseignement et les compa-. raisons dont il se sert contredisent cette assertion : le Christ, en effet, selon lui, n’est ni entièrement Dieu ni entièrement homme, mais un mélange d'homme et de Dieu (oÿre &pwros BAos, oùte 0666, &XX& Deoû at avopwrov pitt) ; tel le mulet tient le milieu entre le cheval et l’âne, telle la couleur grise est un mélange de blanc et de noir. — Lesmonophysites qui enseignaient la fusion des deux natures, devaient aussi, pour être conséquents avec eux-mêmes, aboutir à la kénose.

Ce furent deux erreurs de Luther qui contribuèrent plus que tout le reste à implanter la kénose au sein du protestantisme. Luther soutenait, contrairement à l'opinion commune, que le texte de S. Paul (Phil. 2) concernait l'humanité du Christ, parce que, disait-il, le Verbe avant l'incarnation n'avait pas pu se dépouiller lui-même. Il entendait en outre la communication des idiomes en ce sens étrange que la

. nature humaine du Christ possède réellement les attributs de la na-

ture divine et, réciproquement, la nature divine les attributs de la nature humaine. Jésus-Christ, en tant qu'homme, serait donc omniscient, tout-puissant, immense (ubiquité de l'humanité du Christ). Les luthériens revinrent plus tard à l’exégèse ordinaire et entendirent Phil. 27 du Verbe lui-même ; mais beaucoup acceptèrent la conséquence que Luther redoutait — d’ailleurs bien à tort — savoir que le Verbe, en se dépouillant, avait donc perdu quelque chose. On ne tarda pas non plus à voir que la communication des idiomes, au sens de Luther, n’était pas admissible, puisque l’humanité du Christ ne saurait être partout. Quelques luthériens tâchèrent de sauvegarder la doctrine du maitre en disant que l’humanité du Christ possédait bien en droit les attributs de la divinité, mais qu’elle les avait cachés en n’en faisant qu’un usage occulte (xpèie), ou même qu’elle s’en était volontairement dépouillée (xéwot) en refusant d’en faire usage. La plupart ajoutaient d’ailleurs que les attributs de la nature divine peuvent bien être communiqués à la nature humaine, mais non vice versa.

Page 1