II. FORMES MODERNES DE LA KÉNOSE
On n’est pas d'accord sur la question de priorité. D’après Lichtenberger (Encycl.des sciences relig., t. IT, p. 152), Liebner aurait le premier exposé la kénose dans un ouvrage resté inachevé (Die christl. Dogmatik aus dem christol. Princip dargestellt, Gœttingue, 1849) : « Empruntant à Richard de Saint-Victor sa conception trinitaire, il enseigne qu’en vertu des rapports d'amour qui existent entre les personnes de la Trinité, le Fils répand éternellement sa plénitude dans le sein du Père qui, de toute éternité aussi, le lui rend. L’incarnation consiste en ce
qu'il y a eu interruption momentanée de ces rapports, et cela de la part du Père avec le consentement du Fils, pendant toute la durée de l'existence de ce dernier sur la terre » (Zbid. p. 153). Mais Liebner avait eu plusieurs devanciers. En 1856, Dorner (Jahrbücher für deutsche Theol. t. I, p. 383) énumérait parmi les champions de la kénose : Künig, Thomasius, Hofmann, Delitzsch, Ebrard, Lange, Liebner, Gaupp. Schmieder, Steinmeyer, Hahn, Kahnis, etc. Kônig en effet (Die Menschwerdung Gottes als eine in Christus geschehene und in der christl. Kirche noch geschehende, Mayence, 1844, p. 338-345) parait assez explicite. Le Logos, pour se faire homme, aurait spontanément abandonné non pas sa plénitude intime qui est inamissible, maïs sa gloire (èdEx), ce qui le met en rapport avec le monde, l’omniscience, la toute-puissance, l’ubiquité. — Thomasius passe pour le théoricien du système (Beiträge zur kirchl. Christol. 1845). A son gré, le Verbe divin se dépouille de tous ses attributs extrinsèques ; sa conscience devient une conscience humaine capable d'évolution et de progrès et ne retenant que la perfection nécessaire au rôle de rédempteur; mais, au terme de sa carrière, le Christ retrouve la gloire dont il s’était volontairement privé. Ce qu’il y a de curieux, c’est que Thomasius prétend rester fidèle à l’orthodoxie luthérienne : il assure ainsi, pense-t-il, l'unité de personne en Jésus-Christ; il maintient la communication des idiomes puisque le Dieu n’a rien que n'ait l’homme et réciproquement; de la
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