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III. FONDEMENTS SUPPOSÉS DE LA KÉNOSE

1. Fondements rationnels. — À) Fausse idée de l'union hypostatique. On se représente l'union comme un mélange des deux natures, mélange d’où résulte une nature nouvelle qui est pour ainsi dire la combinaison des deux autres. Or le fini ne peut pas se combiner avec l’infini, si ce dernier ne perd momentanément son infinité. En étudiant les divers systèmes, on voit que tous aboutissent, sans peut-être le soupçonner, à l’hérésie monophysite. Si l’on objecte aux tenants de ce système l’immutabilité divine, ils répondent ou bien que nous ne savons pas en quoi l’immutabilité divine consiste, ou bien que Dieu peut faire tout ce qui n’est pas inconciliable avec son caractère moral, autrement dit avec sa sainteté. Cf. J. A. Dorner, Ueber die richlige Fassung des dogmatischen Begriffs der Unveränderlichkeit Gottes (mit besonderer

Beziehung auf das gegenseitige Verhäliniss zwischen Gottes übergeschichtlichem und geschichtlichem Leben), dans Jahrbücher f. deutsche Theol. t. I, 1856, p. 361-416 (Die neueren Läugnungen der Unveränder- lichkeit des persünlichen Gottes) et t. IT, 1857, p. 440-500 (Die Geschichte der Lehre von der Unveränderlichkeit Gottes bis auf Schleiermacher nach ihren Hauptzügen historisch-kritisch dargestellt), avec deux répliques à Dorner par Liebner, Christologisches, Ibid. t. III, p. 349-366 et par Hasse, Ueber die Unveränderlichkeil Gottes und die Lehre von der Kenosis des güttlichen Logos mit Rücksicht auf die neuesten christol. Verhandlungen, Ibid. t. III, p. 366-417.

B) Fausse idée de la personnalité. — Une certaine philosophie identifie la personne avec la conscience; la perte de la conscience (du sentiment du moi) équivaudrait à l’anéantissement de la personne. Dès lors il est impossible d’admettre deux consciences dans un même sujet, car deux consciences seraient deux personnes. Il n’y a donc pas dans le Christ une conscience divine ef une conscience humaine; il n'y a qu’une conscience divine ow une conscience humaine. Mackintosh l’affirme crûment et comme une vérité incontestable : « There were not in Him (Christ) two consciousnesses or two wills, but the unity of His personal life is fundamental » (Expository Times, t. XXI, p. 107). Avec ce principe, on ne peut échapper à la kénose, à moins de dire que l'humanité est absorbée dans la divinité. |

2. Fondements scripturaires. — A)? Cor. 8 : « Etant riche il se fit pauvre. » Pour les théologiens orthodoxes, ce texte n'offre pas de difficulté : Étant riche comme Dieu, il devint pauvre comme homme. Mais les partisans de la kénose, sans dire leurs raisons, veulent qu’on explique : Étant riche comme Dieu, il devint pauvre comme Dieu. C’est la définition même de la kénose.

B) Phil. 27. Ila déjà été suffisamment question de ce texte, le principal appui du système. Voir t. I, p. 438-451 ett. IT, p. 186-7.

3. Fondements patristiques. — Les défenseurs de la kénose prétendent trouver chez quelques Pères — en particulier S. Ignace, $. Irénée, Tertullien, Origène, S. Hilaire — des affirmations d'où la kénose se déduirait logiquement. Cette thèse est insoutenable. Les Pères n’ont rien qui se rapporte de près ou de loin à la théorie moderne de la xévws, bien qu’ils emploient sans difficulté ce mot tiré de Phil. 27. Le premier qui s’en est servi est peut-être le Pseudo-Hippolyte, Contra Beron. et Helic. (X, 832) : [8 Aoyde] yevdueves tauthv tÿ oupxl DL Tv xÉVwGLV. Encore xévwsiw n'est-il pas tout à fait certain; £vuotv irait aussi bien, sinon mieux. S. Grégoire de Nazianze en donne une définition excellente, Orat. xxxvur, 3 (XXXVI, 285) : AV Exedn xevodtat du” nue, ÉxELÔT narépyetat Ixévoouv à Xéyo Thv Tâs ÔdEns ofov Üpeaiv te xa ÉAdttwatv), duà robro ywpntos ylverat. — L'examen des textes patristiques sort de notre cadre. On les trouvera discutés dans l’article Xenosis par Loofs (Realencykl. für prot. Theol.3, t. X, 1901, p. 248-256). Qui se donnera la peine de les étudier restera frappé de l'inanité des arguments sur lesquels est bâti le système de la kénose.

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