I. L'ENVOYÉ DE DIEU
But de la mission rédemptrice. — « Quand vint la plénitude des temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme, mis sous la Loi, afin de racheter ceux qui étaient sous la Loi, afin de nous faire recevoir la filiation adoptive !. » Cette courte phrase exprime le fait, le temps, le mode, le but de la mission rédemptrice : Le fait. Dieu le Père envoie son Fils unique, surabondamment distingué de tous ceux qui participeront au nom de fils par son isolement même et par la relation incommunicable qui l’unit au Père ; il l'envoie d’auprès de lui du haut du ciel, suivant la force du mot composé (££aréorexsv) employé par l’Apôtre ; il l’envoie à un moment précis de la durée, maïs il ne le constitue pas Fils en l’envoyant, car cette mission suppose évidemment la préexistence réelle du Fils. — Le temps. C’est la plénitude des siècles, expression qui vise à la fois l'expiration des délais librement fixés par le Père et la fin des préparations providentielles qui devaient disposer le monde à ce
1, Gal. 4. Voir la note Ls, p. 257-8.
grand événement. Après, c’eût été trop tard; avant, c’eût été trop tôt : le terme des prophéties messianiques devait coïncider avec la maturité du genre humain. — Le mode est synthétisé en cette brève formule « né d’une femme, mis sous la Loi ». Il convenait en effet que le Fils partageât la nature de ceux qu'il venait racheter, en naissant d’une femme, comme tous les autres hommes, pour avoir le droit de les appeler ses frères et les faire participer à sa qualité de fils; il convenait aussi qu’il fût soumis à la Loi, pour délivrer ses compatriotes du joug de la Loi : convenance qui devient une nécessité dans le plan actuel de la rédemption où Dieu a résolu de sauver les hommes par le principe de la solidarité. —— Le but double de la mission répond au double état de l'envoyé divin : soustraire les Juifs à la tyrannie de la Loi pour les soumettre à l'Évangile; conférer à tous les hommes, Juifs et Gentils sans exception, la filiation adoptive.
C’est surtout le but multiple de la mission rédemptrice que met en saillie un autre texte aussi fameux par sa difficulté intrinsèque que par les divagations sans nombre des exégètes : « Ce qui était impossible à la Loi, vu qu'elle était affaiblie par la chair, Dieu envoyant son propre Fils dans la ressemblance de la chair de péché et en vue du péché, condamna le péché dans la chair, afin que le juste commandement de la Loi s'accomplit en nous!. » Abstraction faite de tous les points douteux, il ressort clairement de cette phrase complexe qu'un des motifs de Dieu, en envoyant son Fils, était de remédier à l'impuissance désormais reconnue de la Loi mosaïque. La Loi montrait à l’homme le chemin de la justice et devait l'y conduire; mais elle avait été entravée et paralysée par la chair, c'est-à-dire par le penchant au mal qui vicie maintenant la nature humaine. Pour vaincre et anéantir le péché dans son propre domaine, Dieu envoie son Fils « dans la ressemblance d'une chair de péché ». Paul ne dit pas « dans la ressemblance de la chair »; il laisserait entendre ou que le Christ n'avait pas de chair véritable ou que sa chair était d’une nature différente de la nôtre. 11 ne dit pas davan-