‹ La théologie de Saint PaulChapitre 456 sur 630 · L'ENVOYÉ DE DIEU · texte numérisé non relu

L'ENVOYÉ DE DIEU

tage « dans une chair de péché »; on pourrait comprendre que le Christ a revêtu une chair pécheresse. Il dit avec un rare bonheur d'expression « dans la ressemblance d'une chair de péché »; car la chair du Christ est bien une chair réelle que rien physiquement ne distingue de la nôtre, mais elle n’est qu’en apparence une chair de péché, n'étant ni l'héritage, ni le siège, ni le foyer, ni l'instrument du péché.

Comme il avait pour mission de condamner le péché dans la chair, Jésus-Christ ne devait avoir rien de commun avec le péché. Dieu l'envoie expressément « en vue du péché » (xepi œuaotias), c'est-à-dire afin d’expier et de réparer le péché; et non pas seulement le péché originel (il n'y à pas rep! 7ñs avaptiac), mais le péché en général, quelle qu’en soit la nature et la source. Les meilleurs exégètes de toutes les écoles ont très bien vu qu'il ne s’agit pas d’une simple condamnation par comparaison, comme celle qui résulterait pour l'homme pécheur du spectacle de la chair innocente du Christ, ni d'une sentence platonique qui laisserait les choses en l’état. Ils donnent à « condamner » les équivalents les plus énergiques : « vaincre, abattre, détruire, abolir, annuler, expulser, tuer, exterminer », ils ont raison sans doute, car la condamnation de Dieu étant efficace ne peut manquer de sortir son effet; mais l'idée de condamnation effective, dont saint Paul se contente, est suffisamment claire et il vaut mieux s’y arrêter. Dieu condamne à l'impuissance le péché qui régnait dans la chair; et il le condamne dans la chair même, puisque La chair du Christ est la nôtre. Pour avoir cherché dans ce texte ce que Paul n’y a pas mis, la plupart des commentateurs s'en sont fermé l'intelligence. Ils l'ont complété arbitrairement et chacun à sa guise, soit en entendant les mois « pour le péché » au sens de « sacrifice pour le péché »; soit en supposant que la condamnation du péché a lieu dans la seule chair du Christ, comme s’il y avait « dans sa chair »; soit en oubliant que la condamnation du péché est ici l'œuvre du Père qui charge le Fils de la mettre à exécution.

Le médiateur. — Cette mission constitue Jésus-Christ mandataire de Dieu etreprésentant des hommes, en d'autres termes

médiateur. Il y eut, dans la religion juive, trois sortes de médiateurs : les rois, Les prêtres etles prophètes. Le prophète porte aux hommes les messages de Dieu ; le prêtre administre au nom des hommes les choses de Dieu; le roi théocratique était le lieutenant de Dieu. Prêtres et prophètes sont également médiateurs entre Dieu et l’homme; seulement, sur l'échelle mystérieuse qui relie le ciel à la terre, le prêtre monte, le prophète descend : le prophète, envoyé de Dieu, descend vers les hommes; le prêtre, délégué des hommes, monte vers Dieu. Sans doute, leur mission remplie, ils exécutent un mouvement inverse; le prophète remonte vers Dieu pour rendre compte de son message ; le prêtre redescend vers ses commettants pour leur départir les bénédictions du ciel: mais c’est la première direction qui les caractérise. Quant au roi théocratique, son trône est « le trône de Jéhovah » même !; David, vêtu de l’éphod, bénit le peuple au nom de Dieu ?; dansles psaumes messianiques, le roi issu de David se présente comme l'intermédiaire attitré entre Dieu et le peuple.

Les Juifs contemporains de Jésus-Christ soupconnaient-ils la triple médiation du Messie, roi, prophète et pontife ? Avaient-ils l’idée d’un sacerdoce autre que le sacerdoce lévitique et reconnaissaient-ils généralement le Messie dans le « prêtre éternel selon l’ordre de Melchisédec » ? Le prophète qu'ils attendaient était-il le Messie lui-même ou un précurseur du Messie? Questions épineuses, embrouillées par les controverses, obscurcies parle vague ou l'incertitude des données contraires. Les écrivains du Nouveau Testament nous montrent bien en Jésus-Christ la royauté spirituelle, la plénitude de l'esprit prophétique et le sacerdoce éternel, mais sans Jamais grouper ces trois attributions; ils semblent plutôt se les partager, les Synoptiques mettant en relief la qualité de roi messianique, saint Jean l'autorité du prophète par excellence, l'Épitre aux Hébreux la dignité du pontife qui le premier fraye la voie du ciel. Paul, lui, n’appelle le Christ ni prêtre, ni roi, ni prophète; et bien qu'il lui assigne des fonctions royales, sacerdotales et prophétiques, cette division

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