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L'ENVOYÉ DE DIEU

ternaire des offices du Christ, étrangère aux spéculations messianiques des Juifs!, à peu près inconnue des Pères, introduite ou mise en vogue, après de fort curieux tâtonnements, par les réformateurs du seizième siècle, ne convient pas du tout à la théologie paulinienne.

L'Apôtre ne donne qu’une seule fois à Jésus-Christ le nom de médiateur. « Unique est Dieu, unique aussi le médiateur de Dieu et des hommes, Jésus-Christ homme, qui s’est donné lui-même comme rançon pour tous ?. » Étendre à tous le bienfait de la volonté salvifique en rendant Dieu propice par le sacrifice spontané de la vie qu’il offre comme représentant

1. Les Testaments des patriarches groupent bien les attributs de grandprêtre et de roi (Siméon, 7 : &vacthoer Yàp Kipros êx To Aeuel &6 Gpytepéx vai Ex toù ’lotôa de Baotkéa, Osdv xai &vpwrov) ; Mais n'est-ce pas une interpolation chrétienne ?

2, 4 Tim. 95 : Ets yèp 6 Oede, ets xt pesirns Oeod xat avbobrwv, &vlpwros XptoTèc ’fnooëc. — La particule y4p donne la raison de ce qui vient d’être dit, à savoir que Dieu veut le salut de tous les hommes. Cette raison est en partie double : le Dieu unique, nécessairement le même pour fous les hommes, principe et fin suprême de fous, le médiateur unique qui s’est offert en sacrifice pour tous les hommes. — Le mot etc est mis en vedette, car c'est sur lui que pivote toute l'argumentation. Aussi ne faut-il pas traduire : «Un Dieu existe », ni: «Ilya un Dieu »,ni:« Dieu est un », mais : « Unique est Dieu », ou si l’on veut : « Un seul (être) est Dieu », en regardant etç comme sujet, Osés et wesérns comme prédicat, d’où l'absence d’article défini devant ueoirne. — L'addition ävpwnos Xptoroc ’Insoës vient expliquer le titre de médiateur, intermédiaire naturel entre lès deux extrêmes : comme homme, il tient des hommes; comme Christ, il tient de Dieu. J.-C. est médiateur ratione personæ et ratione muneris, Comme l'indique le verset suivant. Il l’est également ratione status (en tant qu'il est à la fois comprehensor et viator; cf. Augustin, De civit. Dei, IX, 15), mais ce n’est pas ce qu'exprime ici l’'Apôtre. — Sur l'argument lui-même, Cornelius a Lapide remarque : « Apostolus hic probat id quod dixit, Deum scilicet velle omnes homines salvos fieri hoc argumento : Unus est omnium hominum, tam fidelium quam infidelium Deus, id est creator, provisor et pater, qui summe bonus omnes homines quasi filios suos amat ac salvos esse cupit ;ideoque dedit Christum mediatorem ut scilicet unus etidem Christus omnium ormnino hominum esset redemptor, utque per Christum omnes homines jungeret ac salvaret. » La première partie du texte est bien exposée, la seconde moins bien. Il yaen fait deux preuves de la volonté salvifique universelle : l’unicité de Dieu et l’unicité du rédempteur. Il est très vrai que la mission du rédempteur vient de l'initiative divine, mais ce n’est pas le point de vue actuel de saint Paul, qui fait concourir les deux arguments au même but sans les subordonner l’un à l’autre. L’emphase du discours est donc sur les mots qui dedit semelipsum redemptionem pro omnibus, d'où découle l'unicité du médiateur. Par conséquent, S. Paul a principalement en vue la médiation rédemptrice et non la médiation ontologique, c'est-à-dire l'union des deux natures divine et humaine dans la personne unique du Christ. — Sur 1 Tim. 22-4, voir p. 117-121.

du genre humain, tel est le but, le moyen et la condition de sa médiation toute-puissante. L'office spécial du médiateur étant de servir de trait d’union entre deux parties, pour les réconcilier si elles sont en guerre, pour resserrer leurs liens si elles sont en paix, l’'Homme-Dieu était éminemment propre à remplir ce rôle, puisque, par ses deux natures, il s’identifie avec les deux extrêmes et que, par son composé théandrique, il les associe en un indissoluble hymen. Jésus-Christ fut donc médiateur, non pas seulement en raison de son état, intermédiaire entre la voie etle terme, entre l'épreuve et la couronne, ni en raison de sa personne, union harmonieuse de l'humanité et de la divinité, mais surtout en qualité de dispensateur des bienfaits divins dont il est l’unique dépositaire.

Car le Christ de saint Paul n'est pas un simple médiateur naturel, comme le Logos de Philon; c’est un médiateur de grâce et de salut. Par lui, en effet, nous avons la grâce ! : par lui, le salut, commencé ici-bas, consommé dans le ciel 2: par lui, la justice et le fruit de la justice 5; par lui, la justification#; par lui, la rédemption 5; par lui, la réconciliation 6; par lui, la paix? et la pacification générale 8; par lui, le libre accès auprès de Dieu ‘; par lui, un refuge assuré contre la colère divine ‘; par lui, la consolation spirituelle 1! et la confiance que rien ne trouble!?; par lui, le don du Saint-Esprit # et la filiation adoptive #; par lui, la victoire sur tous nos ennemis et en particulier sur la mort 15: par lui, le règne sans fin 16, C’est par lui seul que nous pouvons nous glorifier en Dieu !? et que nous devons adresser à Dieu nos actions de grâces 18; car comme toutes les promesses divines ont eu en lui leur oui, c'est-à-dire leur accomplissement, par lui aussi les fidèles prononcent leur amen, dans un acte de foi sincère et reconnaissante, pour faire remonter vers Dieu tout honneur et toute gloire 1. En un

1. Rom. 15; 521, — 2, 1 Thess. 59; 2 Tim. 315. — 3, Rom. 327; Phil. 111, - 4. Rom. 518; Gal. 216, — 5, Rom. 324; Eph. 17.

6. Rom. 510.11; 2 Cor. 518; Eph. 2 16; Col. 120.22, — 7, Rom. 51.

8. Col. 120, — 9, Rom. 52; Eph.218. — 10. Rom. 59 — 11. 2 Cor. 16.

12. 2 Cor. 34, — 13, Tit. 36, — 14. Eph. 15. — 15. Rom. 837; 1 Cor. 1551. 16. Rom. 517, — 17, Rom. 511, — 18. Rom. 18; 725; 1627, — 19. 2 Cor. 120.

mot, dans l’ordre de la grâce encore plus que dans l'ordre de la nature, « tout est par lui (ou pour lui) et nous sommes parluit », puisqu'il est Le principe de notre vie et de tout notre être.

Pourquoi donc saint Paul, en parlant du Christ, est-il si avare du nom de médiateur? Serait-ce parce que, dans l'opinion et le langage courant des Juifs d'alors, Moïse était Le médiateur par excellence ?? Mais l’Épitre aux Hébreux, qui n'ignore pas cet usage, n’en appelle pas moins Jésus-Christ médiateur de l'alliance nouvelle ?. La raison est à chercher

ailleurs. Le médiateur, au sens usuel du mot, est étranger aux

deux parties qu'il met en rapport. Il en est autrement du Christ, en qui la plénitude de la divinité habite corporellement et qui est réellement entré dans la famille humaine. Il est médiateur, mais il n’est pas un médiateur ordinaire; il est le nouvel Adam : c’est un titre que saint Paul crée exprès pour lui et qui, contenant éminemment celui de médiateur, le rend désormais inutile.

Parallèle des deux Adam. — L'image la plus complète, la plus féconde, la plus originale que l'Apôtre nous trace de la mission rédemptrice du Christ est celle du nouvel Adam. Il est plus que douteux qu'elle lui ait été suggérée par la théologie juive contemporaine, car l'appellation de second ou de dernier Adam n'apparaît que dans des écrits de faible autorité et de très basse époque et l'on a tout lieu de croire que la locution si fréquente Adam ha-Rischon ne signifie pas le premier Adam mais simplement le premier homme“. En tout cas, il était réservé à Paul d’en exprimer la valeur doctrinale et de montrer quels harmonieux rapports elle établit dans l’ensemble de la sotériologie chrétienne. Adam et le Christ résument les deux pé-

1. 1 Cor. 86 : à’ où (variante : à ôv) Tù mäévra al AWEÏC à” avrtoÙ. 2, Gal. 319 (èv yapi meoirou). Voir p. 347.

3. Hebr. 86 (xpeitrovés ëctt dtabñxne ueokrns.). Cf. 915; 1224,

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