J1I. PUBLICITÉ DES LETTRES DE PAUL
Nous avons prouvé ci-dessus que les Épîtres de Paul circulaient de son vivant au su et au gré de l’Apôtre; qu'aucune n’était exclusivement réservée à celui pour qui elle était écrite; que, loin de s'opposer à la publication de ses lettres, Paul la désirait toujours et la réclamait parfois. Cette démonstration n’eût pas été nécessaire, sans la thèse récente de M. Deissmann qui, dans ses Bibelstudien, Marbourg, 1895, p. 190-252, a consacré à ce sujet une longue et intéressante dissertation. Il l’envisage seulement d’une manière beaucoup plus générale et ne s'occupe de Paul qu’en passant et par voie de corollaire. Il est d’avis que « les écrits authentiques de l’Apôtre sont de vraies lettres et que les considérer comme épiîtres c’est leur ôter ce qu’ils ont de meilleur » (p. 235). Cela est vrai dans une certaine mesure, mais on ne doit pas s’enfermer dans ce
dilemme : « Lettres ou épiîtres »; il faut tenir compte des genres intermédiaires auxquels appartiennent les écrits de Paul. Que ceux-ci ne soient vas « des traités sous forme de lettres » comme le veut Gericke ; d'accord. Mais M. Deissmann oublie trop que les Épîtres de Paul n'étaient pas faites pour rester exclusivement dans le cercle étroit de leurs destinataires immédiats. Peut-être après tout n'est-ce là qu’une querelle de mots, car M. Deissmann cite en l'approuvant cette remarque d’un ancien codex Barberini, 1, 36, maintenant au Vatican (Barber. grec 317, f 29), qui contient en effet la vraie définition des lettres pauliniennes : ’Extorohai ITaÿou xahodvre, énetôn Taûras 6 [laddoc (dla ÉmoTÉd EL ai Ôt’aûtæy oùs pÈv Hôn Ebpaxe no ÉdiduEev Ümomeuvaoxe xaÙ émidrophoUtar, oc DÈ LA Ébpare oToudater xarnyeïv xai Gdéoxeuv. Ainsi les lettres sont le prolongement et le complément de sa prédication et de sa catéchèse; mais la prédication et la catéchèse de Paul n’eurent jamais un caractère strictement privé et personnel.