‹ La théologie de Saint PaulChapitre 47 sur 630 · IV. STYLE DES LETTRES DE PAUL · texte numérisé non relu

IV. STYLE DES LETTRES DE PAUL

Les jugements sur le style de Paul semblent de prime abord assez contradictoires. En général les Pères donnent raison à l’Apôtre quand il se qualifie de iüurne T& X6yw (2 Cor. 116). S. Irénée lui reproche des , hyperbates (Contra hæres. mm, 7, VII, 865), Origène, des façons de parler obscures (Comment. in Rom. præfat., XIV, 833), S. Épiphane, des phrases enchevêtrées (Hæres. Lxiv, 29, XLI, 1116), S. Grégoire de Nysse, l'emploi de vocables inconnus et d’acceptions inusitées (XLIV, 1324), S. Chrysostome, des négligences de style (Zn 1 Cor. hom. nr, 4, LXI, 24), S. Jérôme, des mots impropres (Comment. in Gal. vi, 1, XXVI, 426), des solécismes (Comment. in Eph. m, 1, XXVI, 478) et des cilicismes (Ad Algas. epist. oxxt, 10, XXII, 1030). Bossuet les résume quand il écrit dans son Panégyrique de saint Paul : « Il ira cet ignorant dans l’art de bien dire, avec cette locution rude, avec cette phrase qui sent l'étranger, il ira en cette Grèce polie, la mère des philosophes et des orateurs; et, malgré la résistance du monde, il y établira plus d’églises que Platon n’y a gagné de disciples, par cette éloquence qu’on a crue divine. Il prêchera Jésus dans Athènes, et le plus savant de ses sénateurs passera de lAréopage en l'école de ce barbare. » — D'un autre côté, saint Jérôme vante la force, l'énergie, les « tonnerres » de Paul (Ad Pammach. epist. xLvnr, 13, XXII, 502), S. Augustin, son admirable éloquence (De doctr. christ. 1v, 7, XXXIV, 93), S. Chrysostome, son charme et sa puissance de persuasion (De statuis, hom. 1, 1, XLIX, 15), le païen Longin lui-même, sa passion oratoire et la vigueur de sa dialectique (dans Fabricius, Bibliolh. græca, t. IV, p. 445).

Ces appréciations divergentes sont également vraies. La langue de l’Apôtre fourmille d’incorrections ; on y remarque surtout des anacoluthes, c’est-à-dire des phrases inachevées ou qui s’achèvent en changeant de construction (Rom. 217-21; 512-14; 922; 1625-27 ; 1 Cor. 141; Gal. 26 etc.); Les solécismes proprement dits sont rares (2 Cor. 8%; Phil. 21, mais ce dernier texte doit être corrompu, car Paul ne pouvait pas ignorer le genre de onléyyva dont il fait assez souvent usage); les hébraïsmes, sans être rares, sont moins nombreux qu’en ne pense, en dehors des citations. Malgré ces négligences, qui tiennent à son mépris pour le purisme littéraire, Paul connaît bien son grec; il le parle comme sa langue maternelle et non comme une langue étrangère imparfaitement possédée ; il manie

avec une grande dextérité ce qu’il y a de plus délicat dans le langage, les particules; il affectionne les jeux de mots, les paronomases, les antithèses : ce qui suppose un écrivain maître de sa langue : « Avec sa merveilleuse chaleur d'âme, a dit Renan (Saint Paul, p. 233), Paul a une singulière pauvreté d'expression. Un mot l’obsède, il le ramène dans une page à tout propos. Ce n’est pas de la stérilité; c’est de la contention d'esprit et une complète insouciance de la correction du style. » Ce jugement ne rend pas pleine justice à l’Apôtre. On ne saurait lui reprocher la pauvreté d'expression. Aucun écrivain du Nouveau Testament ne dispose d’un si riche vocabulaire et n’accumule plus volontiers les synonymes. Les répétitions de mots ne prouvent pas « la pauvreté d’expression »; c’est un procédé dialectique ou oratoire voulu et réfléchi, pour fixer l'attention et pour mieux graver la pensée dans l'esprit du lecteur.

Il y à dans le style de Paul deux particularités curieuses qu’il faut signaler ici parce qu’elles intéressent l’exégèse : les constructions génitives articulées et les séries d'incidentes qui s’attachent aux divers mots d’une même phrase. Voici quelques exemples des constructions génitives, fréquentes surtout dans l’Épitre aux Éphésiens : vov PUTLOULÔV rod edayyehiou The doËnc toù Xprorod (2 Cor. 44), eis Ématvov this Doëns this yapuroc adtoù (Eph. 16), à nhoüros fc d6ën: this xAnpovouiac aûroù (Eph. LI8) ete. La difficulté de ces locutions provient de ce qu’on ne voit pas toujours quel est le rapport du génitif (possessif, objectif, qualificatif, d’apposition, etc.) au mot qui précède. Une difficulté d’une autre espèce se rencontre dans les séries d’incidentes qui viennent à tout instant briser le fil du raisonnement ou du discours. Exemples : Rom. 11-7; 256; 8321-26, 41-17 ; 922.29; 1514-28; Eph. 13-14 etc.

Il est très important d’observer les différences de style dans les divers groupes d’Epitres, dans les membres d’un même groupe et jusque dans les parties d’une même lettre. Ces variations peuvent tenir au sujet traité, au temps et aux circonstances, aux scribes recueillant la dictée de l’Apôtre, à d’autres causes encore; mais la raison principale est à chercher dans le tempérament nerveux et impressionnable de l’auteur, comme aussi dans le caractère plastique de sa langue, étrangère aux préceptes des rhéteurs et ouverte à toutes les influences du dehors. Cf. Sanday, The Epistle to the Romans, Introduction, p. Ln-Lxur.

Une autre particularité de ce style c’est l'accumulation des termes, en apparence synonymes, mais dont la synonymie n’est que partielle. IL convient d’en étudier la nuance exacte soit dans un bon commentaire, soit dans un dictionnaire du Nouveau Testament (dans Cremer ou Thayer, par exemple), soit dans un ouvrage spécial tel que celui de Trench, Synonyms of the New Testament.

Enfin la syntaxe de Paul mérite une attention particulière. De préférence aux travaux anciens, comme est celui de Lasonder (De linguæ Paulinæ idiomate, Utrecht, 1866), on consultera les récentes grammaires de Blass et de Moulton, sans oublier les belles études de M. l'abbé Viteau : Étude sur le grec du N. T. Le verbe; Syntaxe des propositions, Paris, 1893; Étude sur le grec du N. T. comparé avec celui des Septante : sujet, complément et attribut, Paris, 1896; etc.

Craintes des néophytes. — Ce fut une immense joie au cœur de l’Apôtre, traqué de ville en ville par la haine des Juifs, encore sous le coup de l’insuccès d'Athènes et sentant vivement son isolement à Corinthe, d'apprendre que les néophytes de Thessalonique, laissés par lui en butte à la persécution, soutenaient sans fléchir les assauts d’une furieuse tempête!. On vantait partout leur foi, leur constance dans l'épreuve, leur admirable ferveur, leur charité fraternelle?. Il y avait cependant une ombre au tableau. Ils s’apitoyaient outre mesure sur le sort de leurs frères privés par la mort d'assister au retour triomphal du Christ que, manifestement, ils jugeaient très proche. Le véritable but de Paul, 623 leur écrivant, est de corriger la fausse idée qu'ils nourrissaient sur l’état d'infériorité des chrétiens défunts par rapport aux vivants; mais, avant d’arriver au point capital, il épanche son cœur et semble vouloir épuiser le vocabulaire de l'affection. Quels mots charmants de grâce et de pittoresque l'amour lui inspire! Tour à tour il est le père qui exhorte, encourage et ranime chacun de ses enfants; il est la mère qui réchauffe de ses brûlantes caresses son nourrisson bien-aimé. Passionné pour eux, il voudrait leur donner non seulement la vérité et ie bonheur, mais sa vie, mais son âme. Les plus hauts enseignements du dogme et de la morale qui relèvent ces traits aimables se perdent, pour ainsi dire, dans cette effusion de tendresse paternelle. Toute la première partie de la lettre est un chant de reconnaissance et une hymne d'actions de grâces; c’est cela qui en fait l'unité et qui en constitue le plan : actions de grâces pour la manière dont les Thessaloniciens ont accueilli et fait fructifier l'Évangile, actions de grâces pour le succès de sa prédication, actions de grâces pour l’heureux retour de Timothée et les bonnes nouvelles dont il est porteur#. Cadre très

simple, qui prête merveilleusement à l'évocation des souvenirs

1. Act. 16°-18t comparé avec 1 Thess. 31-6. — 2, ] Thess. 5-6. 3. 1 Thess. 27-11, — 4. Eüyapiorodpev (12; 215), Tiva yàp etxapiotiav (32).

et fait de cette lettre où les « vous vous rappelez, vous savez » sont répétés à profusion, une vraie conversation à distance !.

Parousie. — Fidèle écho de la prédication de Paul, la première Épître aux Thessaloniciens est pleine d’allusions au Juge qui doit venir, au royaume du ciel objet de nos espérances, à la colère de Dieu prête à fondre sur les Juifs infidèles?, à la sévérité des jugements divins. La parousie du Seigneur * est nommée quatre fois, et c’est elle, de l’avis de tous, qui fait le sujet principal de la lettre. Il est très probable que l’Apôtre répond à une demande formelle des Thessaloniciens, dont Timothée a pu être l'intermédiaire. La transition brusque et la formule rigide deux fois répétée : « Au sujet des dormants.…. Au sujet des temps et des circonstances », rappellent exactement les réponses aux doutes des Corinthiens. Entre les deux parties de cette consultation théologique, il y a cette différence que la dernière se contente de faire appel aux souvenirs des néophytes et ne nous laisse pas espérer d'enseignements nouveaux, tandis que la première promet une révélation « au nom du Seigneur ».

« Au sujet des dormants, nous ne voulons pas vous laisser dans l'ignorance, frères, afin que vous ne vous afiligiez pas comme font les autres qui n’ont point d'espérance. Car si nous croyons que Jésus est mort et ressuscité, nous devons croire pareillement que Dieu amènera avec lui par Jésus ceux qui dorment. Or nous vous déclarons sur la parole du Seigneur que nous, les vivants, les survivants, à l'avènement du Seigneur, nous ne précéderons pas ceux qui dorment. Le Seigneur en personne, au signal donné, à la voix de l’archange, au son de la trompette divine, descendra du ciel et les morts qui sont dans le Christ ressusciteront d’abord ; ensuite nous, les vivants, les survivants, ensemble avec eux nous serons transportés dans les nuées aériennes à la rencontre du Seigneur et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur. Que ces paroles vous soient donc un motif de consolation mutuelle. »

« Au sujet des temps et des circonstances, frères, vous

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