Rom
serait en droit de lui infliger. » Mais si le juste souffrant pour le coupable était purement passif et n'acceptait pas, avec une soumission filiale, le rôle de médiateur, « sa souffrance ne serait pas un réel hommage à la justice dont il est appelé à porter le poids ». En ce cas, la démonstration de justice serait imparfaite, comme elle Le serait aussi au cas où le coupable ne reconnaîtrait pas la légitimité de la sentence et ne ratifierait pas « l'hommage rendu au droit de la justice divine ». Tout cela est bien déduit et l’on peut souscrire encore à cette conclusion : « La satisfaction offerte à la justice divine par le sacrifice du Christ ne consiste donc pas dans la mort seulement, mais dans la mort unie aux deux faits moraux qui l’accompagnent et dont l’un s’accomplit dans la conscience du médiateur, l’autre dans la conscience du croyant !. » Le danger et l'erreur de cette explication, moins neuve peut-être que ne l’imaginent ses modernes défenseurs, seraient de croire qu'elle éclaircisse tout le mystère ou qu’elle épuise le sujet. Elle l’épuise si peu que la passion du Christ — toujours dans l’ordre de l’efficacité subjective — peut à aussi bon droit être envisagée comme un exemple d’abnégation héroïque et comme un stimulant d'amour.
Le drame du Calvaire parle à tout noble cœur un éloquent langage : si le Christ est mort pour nous qui ne lui étions rien, combien plus devons-nous vivre pour lui qui est tout pour nous; et si le Christ a donné sa vie pour des étrangers, combien plus devons-nous dépenser la nôtre pour nos frères ! Jésus, en se livrant pour nous, voulait que cet exemple d’abnégation ne fût pas perdu; il comptait par là triompher de notre égoïsme et c’est une des considérations que fait valoir l’Apôtre en disant que l'amour du Christ le presse et ne lui laisse pas de repos®?. Jésus-Christ ne nous rachète qu'en s’identifiant avec notre race, et nous n'avons part à sa rédemption qu’en nous identifiant avec lui par
1. Godet, Comment. sur l'ép. aux Romains ?, t. I, p. 370. Dans une longue note (L'expiation d’après saint Paul, p. 369-377) Godet se réfère à Gess (Zur Lehre der Versühnung und der Nothwendigkeit des Sühnens Christi dans Jahrbücher für deutsche Theol. 1857, 1858 et 1859) dont il fait profession d'adopter les idées.