‹ La théologie de Saint PaulChapitre 469 sur 630 · TELE · texte numérisé non relu

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la foi : d'où résulte l’impérieux devoir de nous conformer à sa conduite et de nous modeler sur sa vie. Quand saint Pierre pose le grand principe de limitation de Jésus-Christ, mort pour nous apprendre à suivre ses traces!, il se trouve en parfaite harmonie avec saint Paul qui ne cesse de répéter : « Imitez-moi comme j'imite le Christ?. » Il veut parler du Christ crucifié: car c’est lui qu’il propose aux Philippiens comme le sublime modèle de l'oubli d'eux-mêmes”; lui, dont il s'efforce de reproduire l’état de mort#; lui, dont il est fier de porter en son corps l’image sanglante®.

Il est donc incontestable que la mort rédemptrice a pour nous la valeur d’un exemple, d’une leçon et d’un enseignement; mais, à côté de l'efficacité subjective, autrement dit du sentiment produit en nous par le spectacle du Calvaire, il y

1.1 Petr. 221. — 2. 4 Cor. 111; cf. 1 Thess. 16 etc. — 3. Phil. 28.

%. à Cor. 410 : mévrore vhv véxpwstv 109 ’Incoÿ Ëv T& oœpart TEPIPÉPOVTES, EVA ao à Con Toù ’Incod èv T® copart ALEY oaveown. Pour bien comprendre ce verset il faut le rapprocher du suivant qui l'explique et le justifie : « Semper enim nos, qui vivimus, in mortem tradimur propter Jesum : ut et vita Jesu manifestetur in carne nostra mortali. » — Le mot véxpwots — équivalent du classique Oavérwou — est parfois passif « l'état de mort » (Rom. 419), mais il est ici actif, « la mise à mort, le crucifiement ». L'Apôtre veut dire que le crucifiement de Jésus se renouvelle toujours (æévrore) et partout (mepwpécovtes) dans son corps. Il fait allusion à ses persécutions et à ses souffrances — bastonnades, flagellations, lapidations, naufrages, périls de mort, etc. (cf. a Cor. 1123-30) — et répète d’une autre manière son quotidie morior (1 Cor. 1532). De la sorte, sa vie est comme un miracle continuel et une image vivante de Jésus ressuscité après la passion. Cette vie, tant de fois sauvée par miracle (2 Cor. 110; 2 Tim. 311; 417 etc.), est une preuve manifeste que Jésus, son soutien et son libérateur, vit glorieux au ciel. C'est grâce à lui qu’il peut dire sans cesse : quasi morientes el ecce vivimus (2 Cor. 6?).

5. Gal. 617 : Toÿ Xomoÿ xémouc Lot nÔEls mapeyéto” ÉYO Yap Tà GTYUATE TOÙ ’Inc0Ù Év T@ owparti Lou Bactätw. Malgré la concision du style, le sens n’est pas obseur : « Dorénavant (roÿ Xowxoÿ, imparfaitement rendu par de celero) que personne ne me cause plus d’ennuis », ne me suscite plus d’embarras, par ses attaques, ses calomnies, et ses manœuvres hostiles, comme celles dont les judaïsants de Galatie se sont rendus coupables envers moi; « Car je porte dans mon corps les marques du Seigneur Jésus » et ces marques glorieuses montrent que je lui appartiens, que je suis son serviteur, son mandataire et son apôtre. Les oviyuatx étaient les marques qu’on imprimait au fer rouge : en Occident, sur les esclaves fugitifs; en Orient, sur tous les esclaves etles soldats, pour désigner leur maître ou leur chef; dans tous les pays, sur les animaux, pour indiquer leur propriétaire. Saint Paul se réfère à l'usage oriental et il fait évidemment allusion aux cicatrices des plaies reçues tant de fois pour le nom de Jésus. Ces cicatrices sont les marques de Jésus, moins parce qu’elles l'assimilent à son Maître, que parce qu’elles le désignent comme l’esclave et le soldat de Jésus et qu'elles ont été imprimées sinon par Jésus lui-même du moins pour son compte.

a l'efficacité objective qui résulte de l'acte rédempteur luimême et qui existe indépendamment de nos considérations et de notre connaissance.

Valeur objective. — La rédemption est essentiellement la destruction du péché. Autant d’aspects du péché, autant de faces de la rédemption : si le péché est une déchéance, la rédemption sera un relèvement; si le péché est une infirmité, la rédemption sera un remède; si le péché est une dette, la rédemption sera un acquittement ; si le péché est une faute , la rédemption sera une expiation; si le péché est une servitude, la rédemption sera une délivrance; si le péché est une offense, la rédemption sera une satisfaction du côté de l’homme, une propitiation du côté de Dieu, une réconciliation mutuelle entre Dieu et l'homme.

C'est le relèvement de l'humanité par le Verbe fait chair qu'envisageait de préférence la spéculation alexandrine, guidée par des considérations apologétiques. L'incarnation était mise ainsi en vedette et la rédemption proprement dite, par la mort du Christ, était reléguée au second plan. On répétait que le Verbe s’est incarné pourdéifier— on disait mème verbifier — la nature humaine, pour l'honorer par sa présence et la. guérir par son contact, pour lui rendre l’immortalité et l'incorruptibilité perdues lors de la chute originelle et aussi pour éclairer ses ténèbres et dissiper ses erreurs. Tout cela rendait sensible le bienfait de l’incarnation, mais ne disait ni le pourquoi nile comment de la mort rédemptrice. Les théories imaginées pour expliquer la valeur objective de cette mort peuvent se râmener à trois : théorie du rachat ou de la rançon, théorie de l’expiation et de la substitution pénale, théorie de la satisfaction. Il est nécessaire d'exposer brièvement les preuves qui les corroborent et d'en montrer au besoin les points faibles et l'insuffisance.

1. Théorie du rachat ou de la rançon. — La valeur de la mort du Christ est assez souvent exprimée dans l'Écriture par une métaphore commerciale. Paul dit que Jésus-Christ nous à acquis, achetés, rachetés ; le prix est marqué expressément : cest le sang du Fils de Dieu. Une fois même, dans un passage qui à son exact parallèle dans les deux premiers Synop -

tiques, le mot de rançon est prononcé. D'ailleurs l’idée de rançon est contenue dans le sens étymologique des termes racheter et rédemption (hurpoïohar, rmoAbtpwais de AÏteov).

Pour apprécier la portée de ce concept, il faut remonter à son origine. Israël était la propriété, le pécule de Jéhovah; c'était la conséquence de la théocratie mosaïque : « Tu es un peuple consacré à Jéhovah ton Dieu; il t’a choisi pour être son domaine particulier entre tous les peuples!. » Dieu y mettait pourtant une condition : « Si vous écoutez ma voix et gardez mon alliance, vous serez mon domaine entre tous les peuples ; car la terre m’appartient?. » Ce domaine, Dieu le fondait sur son droit souverain et sur son libre choix :

« Jéhovah s’est choisi Jacob, Israël est son domaines. »

Mais il avait travaillé aussi pour se l’assurer; il pouvait dire- par la bouche d’Isaïe : « Je me suis formé ce peuple ; il annoncera ma gloire“ »; et protester par l'organe de Moïse et du Psalmiste qu'il le possédait par droit de conquête ÿ. Dès lors, il lui était loisible d'en disposer à son gré; c’est pourquoi il menace fréquemment de l’aliéner, de le céder à ses ennemis :

« Autrement le Rocher les vendra ; et Jéhovah les livrera 7. »

Dieu appliquait à son peuple infidèle la peine du talion ; il l’'abandonnait dans la mesure où il en était abandonné lui-même. Ce n’était pas un abandon total, absolu, consommé, sans espoir de retour, mais nn abandon partiel, temporaire, révocable au jour de la résipiscence. Dieu ne renonçait jamais au droit de racheter son peuple repentant et assagi par

. Deut. 76; 142; 2618 (1930 DY, Jadç meptobouos).

. Ex. 195, — 3. Ps. 134 (135) 4

Is. 4321 : Xuôv Lou ÔV HEPLEROIMOËUNV (ana),

Ex. 1516: Ps. 73 (74)2. Ici c’est le verbe n3), acquérir.

Judic. 214; 38,42.9;107; 1 Sam. 199 ; Is. 50! ; 52% ; Ezech. 3012; Ps. 43 (44)15, Deut. 3250. On sait que 713 (rocher, refuge) est un des noms de Dieu,

nSnErpre

le malheur. Il s’y est même engagé à un double titre : en vertu de l'alliance contractée avec la postérité d'Abraham et avec les enfants d'Israël, alliance qui l’oblige à ramener son peuple d'Égypte — et plus tard de Babylone — à le délivrer de ses oppresseurs et à le préserver de la ruine ; en sa qualité de rédempteur, qui lui impose la charge d’affranchir son peuple tombé en servitude et de le venger de ses ennemis! Dans toutes ces métaphores, il n’y a point à s'inquiéter du prix à payer, car Dieu est le maître ; et comme l’acte d'aliénation ne conférait pas aux adversaires d'Israël un droit véritable, le nouvel acte de libération qui annule le premier contrat ne leur donne pas davantage une créance de compensation. Dieu prend soin de le déclarer formellement :

« Vous fûtes vendus Pour rien ; Vous serez rachetés gratis?. »

Une seule fois, l’idée de compensation se fait jour : « Jesuis le Seigneur ton Dieu, le Saint d'Israël, ton Sauveur; j'ai donné pour toi comme rançon l'Égypte, l'Éthiopie et Saba 5. » Mais cette allusion isolée, qu’explique assez le fait historique des conquêtes du libérateur des Juifs, ne fait que mieux ressortir le nombre des cas où le rachat et la rédemption s’accomplissent sans la moindre mention d’un paiement compensateur et avec l'impossibilité manifeste d’assigner le sujet à qui la dette où la rançon devraient être payées.

Voyons maintenant quel rôle jouent les idées d'acquisition, d'achat, de rachat, de prix et de rançon dans les écrits de saint Paul. On peut diviser les textes en deux séries : ceux où il est parlé de prix et d’achat: ceux où sont nommées la ré-

1. Le mot racheter (\urpoy) paraît très fréquemment dans les Septante (90 fois) et a le plus souvent Dieu pour sujet. Il répond : 1. au mot bn: (44 fois), « mettre en liberté » en qualité de g0’el (redemptor, proche parent) ; on sait que Dieu était go'el de son peuple; — 2. au mot ñ7D (41 fois), «racheter, délivrer, sauver »: — 3 au mot P2 (6 fois), « arracher » par exemple à un danger. — Dans tous ces cas, lorsqu'il s’agit de Dieu, l'acception étymologique de « délivrer contre paiement d’une rançon (AÏtpov) » est complètement absente.

2. Is. 528 : Awpeàv Énpéônte, xai oÙ mLeT& apyvpiou Autpwbñoeote. Le texte est intéressant à cause de l'emploi de Aurpoüv.

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