‹ La théologie de Saint PaulChapitre 475 sur 630 · I. EXPLICATIONS DIVERSES · texte numérisé non relu

I. EXPLICATIONS DIVERSES

1. Explications inacceptables. — A) La mort du Christ remet les péchés; sa résurrection justifie. — « Ante passionem qui baptizati sunt solam remissionem peccatorum acceperunt... post resurrectionem vero tam ii qui prius, quam ii qui postea baptizati sunt omnes justificati sunt per datam formam fidei Trinitatis, acceptoque Spiritu sancto qui signum est credentium quod sint filii Dei » (Ambrosiaster). Il est inouï que la rémission des péchés soit séparée de la justification, car celui-là est juste qui n’a pas de péchés ou à qui ses péchés sont remis. Bisping ne s'éloigne peut-être pas assez du commentaire de l’Ambrosiaster : « Unter dtxalwouxs ist hier die positive Seite der Rechtfertigung, die Mittheilung eines neuen heiïligen Lebensprincipes, welches den Menschen umwandelt und neuschafft, zu verstehen. Also die negative Seite der Rechtfertigung, die Tilgung der Sündenschuld, ist Folge des Kreuzestodes Christi; die positive Seite derselben aber, die innere Lebenserneuerung und Widergeburt, ist Ausfluss seiner Auferstehung. » Cela demanderait des éclaircissements. En tous cas, il n’est pas admissible de séparer la rémission des péchés de la justification, ni d'attribuer spécialement celle-ci à la résurrection du Christ comme à sa cause méritoire, puisque dans sa résurrection le Christ était comprehensor et non plus viator.

B) En vertu de la résurrection, Jésus-Christ est justifié (c’est-à-dire déclaré juste) et en vertu de notre union avec lui nous sommes justifiés en même temps que lui dans sa résurrection. — Telle est la curieuse explication d'Otto (dans son Commentaire), d’'Everett (Gospel of Paul, p. 199-200), de Ménégoz (Le péché et la rédemption etc. p. 465). Candlish s’y rallie et cite cinq théologiens anglicans qui l’ont soutenue (The* relation of Chrisl's resurrection to our justification ; Expositor, 1893, 4° sér.,t. VIII, p. 465-470): « It seems clear that Paul does really speak of Christ being justified, and our being justified in Him as well as for His sake (Gal. 217); and the act by which God acquitted Christ and declared Him righteous was His raising Him from the dead » (p. 468). On objectera que la justification du Christ est différente de la nôtre; non, répond Candlish (p. 469) : « Justification in every case is acquittal and absolution from guilt.. the difference is simply that in the one the guilt is personal, in the other only imputed. » Il est des systèmes qu'on réfute assez en les exposant. EN

C) « Comme nos péchés ont moralement abouti à la mort du Christ, ainsi notre justification a moralement abouti à sa résurrection. Notre condamnation l'avait tué; notre justification l’a ressuscité, » Telle est l’explication proposée par Godet dans son commentaire, explication

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qui a du moins le mérite d’être originale. Celle de M. Tobac est assez semblable (Le problème de la justific. etc. p. 157) : « Ce n’est pas seulement en vue de notre justification mais à cause de notre justification que le Christ est ressuscité. Par sa mort expiatrice en effet, il a obtenu auprès de Dieu notre justification; cette première partie de sa mission étant remplie, Dieu l’a fait triompher de la mort. » Et dans une note ajoutée après coup (p. xx) : « Le péché qui existait dans l'humanité a été la cause de la mort du Sauveur. En mourant avec le Christ nous avons été justifiés, nous avons obtenu la sentence divine de justification. Dès lors, notre justification ainsi obtenue, le Christ n'avait plus de motif de rester dans la mort, puisque le péché était la seule cause de sa mort. À cause de notre justification obtenue par sa mort, parce que nous nous trouvions ainsi justifiés, il est ressuscité. » En d’autres termes : nous avons tué le Christ par nos péchés, nous l'avons ressuscité par notre justification.

2. Explications insuffisantes. — D) Un grand nombre de commentateurs anciens et modernes, à la suite d’Augustin (Contra Faust. XN1, 29), disent que le Christ est ressuscité pour notre justification parce que sa résurrection est le principal motif de crédibilité et, donc, le fondement de la foi sans laquelle il n’y a pas de justification. Quelquesuns ajoutent que l'Évangile ne devant être prêché au monde qu'après la glorification du Christ, la foi et par conséquent la justification en dépendent, dans l’ordre actuel de la providence. Cette considération est bien développée par Tolet approuvé par Cornely et d’autres; mais cette exégèse est tirée de loin et suspecte par son excès de subtilité.

E) Chrysostome et ses disciples, avec plusieurs interprètes catholiques, considèrent la mort et la résurrection comme un tout inséparable, comme les deux aspects d’un même acte rédempteur : ’Ert roûrw at dnélave xa &véorn, Ÿva dixaious huès épyésntat (Chrys.). Cornelius a Lapide a bien exposé ce point de vue auquel il joint d’ailleurs le précédent et le suivant : « Christus officium suum et meritum passionis in resurrectione quasi in termino suo absolvit; resurrectio enim fuit terminus et complementum passionis, meritorum et totius œconomiæ Christi. Unde resurrectio et passio censentur unum opus redemptionis et una actio moralis Christi completa, qua simul et semel meruit Christus tum remissionem peccatorum, tum justificationem nostram : sed ob similitudinem » etc. Il y a du vrai en tout cela; mais est-ce bien l'explication adéquate de notre texte ?

F) D’autres regardent la résurrection du Christ comme la cause exemplaire de notre justitication. Il est donc ressuscité pour nous servir de modèle dans l’œuvre de la justification. Ainsi S. Thomas : « Cum humanitas Christi esset quodammodo instrumentum divinitatis ejus, omnes passiones et actiones humanitatis Christi fuerunt nobis salutiferæ, utpote ex virtute divinitatis provenientes. Sed quia effectus habet aliqualiter similitudinem causæ, mortem Christi, qua exstincta est in eo mortalis vita, dicit esse causam exstinctionis peccatorum nostrorum; resurrectionem autem ejus, qua rediit ad novam vitam gloriæ, dicit esse causam justificationis nostræ per quam redimus ad novitatem justitiæ » (Summa theol. III, qu. Lvr, a. 2).

G) Quelques interprètes réunissent en un faisceau toutes ces raisons

pour leur donner plus de force. Tel Sanday dans sa note sur la place de la résurrection du Christ dans l’enseignement de S. Paul (p. 116-118) : a) La résurrection est la meilleure preuve de la divinité du Christ ; b) la meilleure preuve de l'efficacité de la rédemption; c) la preuve décisive que le sacrifice de la croix est accepté par Dieu; d) le gage de notre propre résurrection; e) le modèle de notre résurrection spirituelle. Voir aussi E. Schäder, Die Bedeutung des lebendigen Christus für die Rechtfertiqung nach Paulus, Gütersloh, 1893.

Il. PORTÉE DOCTRINALE DU TEXTE.

1. Sens de la première incise. — Cette incise est une citation tacite d'Isaïe (531? : G1ù rèç dvoutac adrüv m4pe060n) où le contexte montre qu'il s’agit de Jésus-Christ livré à la mort (raped60n ete Oévatov) et cela comme remède au péché (at adrhs duxotius roX lv âviveyzey). C’est d’ailleurs une pensée familière à l’Apôtre et à tout le Nouveau Testament. Le Christ s’est livré lui-même à la mort (Gal. 22; Eph. 5?) ila été livré par Judas etles Juifs (Mat. 201; Joan. 1911), mais il a été aussi livré par son Père (Joan. 315; Rom. 8%). Il faut prendre ici le dernier sens en vertu du parallélisme : comme le Christ fut ressuscité par Dieu, il fut livré par Dieu. Le verset qui précède fournit un surcroît de preuve : Dieu y apparait comme l’auteur de la résurrection du Fils (Ext tov éyelpovta Inscëv). — La particule dé avec l’accusatif est finale; mais la fin peut regarder le passé (à cause de nos péchés à expier par la mort du Christ) ou l’avenir (en vue de nos péchés à effacer par la foi et le baptème). Puisqu'il est question du Christ livré à la mort, ainsi que nous venons de le voir, le premier sens s'impose.

2. Sens de la seconde incise. — « Jésus fut ressuscité par Dieu en vue de notre justification » ou, équivalemment : « Dieu ressusCita Jésus en vue de notre justification. » Comme notre justification est quelque

chose de personnel et de subjectif qui n’est pas consommé entièrement :

par le fait de la résurrection de Jésus, la fin de Dieu, en ressuscitant son Fils, regarde nécessairement l'avenir. Or notre justification étant produite par la foi et le baptême, il est aisé de voir de quelle manière la résurrection de Jésus influe sur ces deux actes. Notre foi au Christ n’est pas une foi au Christ mort mais au Christ Sauveur, au Christ vivant, c’est-à-dire au Christ ressuscité. « Nous croyons que Jésus est mort et qu'il est ressuscité » (1 Thess. 414); pour que la foi nous soit imputée à justice il faut croire « encelui qui a ressuscité des morts Jésus Notre-Seigneur » (Rom. 2% et 10°). Sans la résurrection, la foi qui justifie n’a pas son objet complet. Il en est de même du baptême. Le baptême n’est pas seulement le symbole efficace de la mort du Christ

. Mais aussi de sa résurrection ; c’est pourquoi, outre la mort mystique,

il produit en nous la résurrection mystique dont il est le signe sensible. Sans la résurrection du Christ, le baptème n’aurait ni sa signification totale ni sa complète efficacité. J.-C. par sa résurrection parfait son œuvre rédemptrice; Dieu devait donc le ressusciter pour notre justification.

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