II. LE DOGME DE LA RÉDEMPTION ET LES PÈRES
Nous formulons ici deux outrois remarques générales, renvoyant pour
le reste à l'excellent travail de M. l’abbé J. Rivière, Le dogme de la Rédemption, essai d'étude historique, Paris, 1905.
1. Si les Pères ne semblent pas accorder à ce dogme l'importance que nous lui donnons aujourd'hui, cela tient à diverses raisons. Vu le public auquel ils s'adressent et le but qu'ils poursuivent, les Pères apostoliques et les apologistes n’ont guère occasion de parler de la rédemption : les premiers s’occupent plus de morale que de dogme et les seconds plus de philosophie que de théologie. D’ailleurs, proportions gardées, il y a chez eux autant d’allusions à l’œuvre rédemptrice qu’à tout autre article de foi. Voir Rivière, op. cüt., p. 101-116. Fait à noter : dans les premiers siècles, aucune hérésie ne s’attaqua directement au dogme de la rédemption. Les Pères n’eurent donc pas à le défendre; mais, comme il arrive pour les articles de possession indiscutée, on se contenta de répéter les formules traditionnelles, sans s'inquiéter beaucoup de les mettre d'accord et sans songer à pousser plus avant l'intelligence du dogme.
2. En face des païens incrédules, le problème capital était celui-ci : Pourquoi un Dieu s’est-il fait homme? L’incarnation une fois admise, la rédemption allait de soi. Même on se servait de la rédemption pour rendre l’incarnation vraisemblable. C’est ce que fait Origène dans sa réfutation de Celse. C’est ce qu'ont principalement en vue saint Athanase et saint Grégoire de Nysse dans les deux premiers ouvrages où la rédemption soit traitée ex professo. S. Athanase intitule le sien De incarnatione Verbi (XXV, 96-198); s’il insiste beaucoup sur la rédemption physique, c’est-à-dire sur le relèvement de la nature humaine par l’union du Verbe avec notre chair, son plan et son but lui traçaient cette marche. Les visées apologétiques de S. Grégoire de Nysse, dans sa Grande Catéchèse, ne sont pas moins marquées : il ne s'adresse pas à des fidèles, à peine à des catéchumènes; il cherche à convaincre les Juifs etles païens en leur présentant, sous le jour le plus favorable, les convenances de l’incarnation. Nous ne faisons pas difficulté d’avouer que le frère de saint Basile abuse des comparaisons médicales, qu’il se complaît à l’excès dans la description des procédés pharmaceutiques, mais la doctrine catholique de la rédemption par la croix de
Re #25
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Jésus n’est ni dissimulée ni passée sous silence; elle descend à larrière-plan, voilà tout.
3. Car c’est ce qu’oublient trop les modernes critiques des Pères de l'Eglise : les Pères présentent la rédemption sous tous ses aspects et on ne leur rend pas assez justice en ne citant d'eux que des phrases où la présentation du dogme paraît incomplète. Nous allons choisir des exemples chez ceux dont la doctrine est le plus sévèrement critiquée. Voici d’abord S. Grégoire de Nysse, le bouc émissaire des rationalistes : « Notre nature était malade, elle avait besoin d’un médecin; l’'hommé était tombé, il attendait qu’une main le relevât; frappé à mort, il fallait qu'on lui rendit la vie; égaré dans les sentiers du mal, il lui fallait un guide vers le bien; enfermé dans les ténèbres, il soupirait après la lumière. Il fallait au captif un rédempteur, au prisonnier un secours, à l’esclave un libérateur. » Orat. catech. magna, 15 (XLV, 48). — Eusèbe qui se complaît aussi aux comparaisons médicales (cf. Demonstr. evangelica, 1V, 10, XXII, 276, 280-281) n’est pas moins formel sur la valeur du sacrifice du Christ, qui est ro péya zal rlov ütoov, td toû révroc 266 pou 2a0dpotov, révruv évOpbruwv àvrlbuyov, rd néons xnAidos ai &uaptlac 2aOapov fepetov, 6 dpuvos toù Oeoû xtA. (Jbid. 1, 10, XXII, 88).