‹ La théologie de Saint PaulChapitre 488 sur 630 · I. LA LOI CLOUÉE A LA CROIX DE JÉSUS (Col · texte numérisé non relu

I. LA LOI CLOUÉE A LA CROIX DE JÉSUS (Col

13 cuvstwonoincev duâs oÙv aÜtE, yapt- 13 Convivificavit cum illo, donans GdpEVOc ‘AUTY TÉVTE TÈ TAPATTOLOTE, vobis omnia delicta :

l4 gfahetbac To xaû AUGV yerpéyoæpov 14 delens quod adversus nos erat roïc déyuaotv à Av drevavrioy Auv, xai | chirographum decreti, quod erat conadTo puxey x To uécou, rposnlwoac ar | trarium nobis, et ipsum tulit de me- TD GTAUp@. dio, affigens illud cruci.

1. Sujet de la phrase. — C’est Dieu et non pas le Christ : a) Cela ressort du passage parallèle, Eph. 215. — 5) Dieu est toujours le sujet de verbes tels que ovveyeloetv, sufwonoutv, qui marquent une identification mystique du chrétien avec (oôv) le Christ. — c) Il est grammaticalement beaucoup plus simple de tirer le sujet sous-entendu de 105 @coù que du pronom adrév de la phrase précédente. — d) Les derniers mots du v. 12 : qui suscitavit illum a mortuis ont évidemment Dieu pour sujet, mais Le xat bu& qui suit montre que le même sujet persiste, puisque l’objet est mis en vedette : « Dieu a ressuscité son Fils et vous aussi il vous a vivifiés. » — e) Le seul motif de regarder le Christ comme le sujet de la phrase c’est que le v. 15 ne conviendrait pas à . Dieu; mais nous montrons ailleurs l’inanité de cette raison.

2. Sens des pronoms personnels. — Les pronoms üpäs, buüv, désignent certainement les païens convertis; on pourrait croire que les pronoms Au, Av, qui leur succèdent, désignent par opposition les Juifs convertis. Mais il est préférable d’ entendre par là tous les chrétiens, car les bienfaits énumérés (le pardon des péchés et même l’abolition de la Loi) les concernent tous, quoique d’une manière un peu différente. L’Apôtre

change peut-être de personne parce que les Juifs sont plus directement intéressés dans l’abrogation de la Loi.

3. Sens de yetpdypapov. — Ce mot signifie un «autographe >» quelconque, en particulier un « billet signé par un débiteur qui reconnait de voir une somme et s'engage à la rembourser » (Tob. 5; 9%). Quelques commentateurs regardent l’acceptation solennelle du peuple hébr eu (Ex. 24; Deut. 2714-%) comme la signature apposée à la Loi et lui donnant sa validité ; mais il n’est pas nécessaire de pousser si loin la métaphore : le sens d’acte authentique suffit. Tous sont maintenant d'avis que rù «0° fuüv yetpdypapoy ne peut désigner que la Loi mosaïque ; cela ressort clairement du passage parallèle (Eph. 215 : rdv vépov tüv Evreküv à ddypæaiv). Le datif totc ddyuaoiv, après yetpoypagov, est assez difficile : plusieurs le font dépendre de x40” fp&v (qui était contre nous par ses décrets); d’autres de à %v bxevavtlov uv (qui nous était contraire par ses décrets); le plus simple et le plus conforme à Eph. 21 est de le faire dépendre du participe yeypæupévov, virtuellement contenu dans xepdyeagov (l'acte écrit en décrets). On sait que les Grecs (Théodore de Mopsueste, Sévérien, Chrysostome et son école) ainsi que $. Jérôme, Estius et autres, le font dépendre de éto%elbas (ayant effacé par les décrets évangéliques l'acte de la Loi), ce qui grammaticalement est sans difficulté mais se heurte à des objections d’un autre ordre : a) Le passage parallèle Eph. 245; b) l'impossibilité d'entendre par tà d0yuata, sans plus d'explications, la doctrine évangélique; c) la conclusion de l’Apôtre (22 : ti doyuatlXeole;), qui suppose l’abolition des ücypata.

4. Traitement infligé à la Loi. — La Loiest effacée, mise de côté, clouée à la croix : A) Effacée. Le mot Æxkeloeiv signifie « essuyer » (des larmes), « effacer » (un nom, un écrit, par exemple en égalisant avec le revers du style à écrire la cire d’une tablette); s’il s’agit d’une loi, « abroger, abolir ». Le participe aoriste é£aAelbas pourrait être grammaticalement simultané à yxaptoduevos. Le sens serait alors : < nous ayant pardonné toutes nos fautes en abrogeant la Loi »; mais cela est à peine intelligible. Il vaut donc mieux maintenir au second aoriste son rapport d’antériorité : « nous ayant pardonné toutes nos fautes, aprés avoir aboli la Loi ».Il y a dans ce cas deux bienfaits distincts et le second est la condition et la préparation du premier. — B) Mise de côté. L’expression aïpeuv ëx toù péoov veut dire simplement « faire disparaître » ce qui gêne, ce qui fait obstacle, ce qui se met à la traverse. L'idée que cet obstacle existe entre deux personnes n’est pas exprimée. Le parfait ñexev indique que le résultat persiste encore. — C) Clouée à la croix. La croix est celle de Jésus-Christ : de là l’article. Dieu par une sorte de revanche vengeresse cloue à la croix de son Fils la Loi qui a contribué à le crucifier. Il ne faut pas affaiblir cette idée grandiose en supposant qu’il était d'usage d’abolir les lois en les perçcant d'un clou : hypothèse qui n’a d’ailleurs aucun fondement historique.

Il. LA LOI RENVERSÉE ET ANÉANTIE (Eph. 213-16,

18 Nuvi Oè év Xpior ‘Inooù dmeïs | 15 Nunc autem in Christo Jesu vos, o! note Ovtec maxpav Éyevhônte éyydc év | qui aliquando eratis longe, facti estis T@ aimatr Toù Xprotoÿ. prope in sanguine Christi.

NOTE P. — LA MORT VIOLENTE DE LA LOI. Joe

14 Adtôc yép EoTIV À Eipivn UV, Ô 14 Jpse enim est pax nostra, qui rorhoasrà aupétepa Èv xai Td HLEGOTOLLOV fecit utraque unum, et medium parod pouyuoù XÜcac, rhv Eypav, ëv rÿ capxi | rietem maceriæ solvens, inimicitias aÿToÿ, in carne SUa :

15 rèv vôuoy Tov ÉVro®v Ëv OOYUUOt 15 legem mandatorum decretis evaxatapyfous iva ToÙs düo wrion év adTr® eic | CUANS, ut duos condat in semetipso Eva xatvov &vBpwTov Touwv Eiphvny, in unum novum hominem, faciens

pacem,

16 xoù amoxaralldEn vods duporépous | 6 et reconciliet ambos in uno cordv év cœouart To Oc® dx Toù ataupoÿ, | POre, Deo per crucem, interficiens gmoxteivac TAy Éxpay ÉV aûTé. inimicitias in semetipso.

1. Contraste entre les deux états des païens convertis. — Autrefois (2" : <& xuç6 Exelw), privés qu’ils étaient du Christ (xwps Xgtotoÿ), ils étaient: a) bannis de la théocratie d'Israël et de ses privilèges religieux (érn?- Aotpwwuévor ts nodrelas to ’lopañh); b) étrangers aux alliances de la promesse et aux bienfaits qui en dérivaient (kévot rüv dafnrüv tis Érayye- Mac); c) sans espérance, puisque les promesses divines ne les regardaient pas directement (êkxidx pu Exovtec); d) athées dans le monde, puisque les dieux qu’its adoraient n’étaient rien (&eor èv Tù xdouw). Ce n’est pas tout : e) Ils étaient jadis (2!! : roté) les incirconcis traités avec dédain par les fils de la circoncision matérielle (ct Xeyopevor &xpobuotla nd ris Reyouévne reprropie EV oaprt xetporouitou). — Maintenant au contraire (vuvt à), étant unis au Christ Jésus (ëv Xpistë ’Incoë) : a) ils ont été rapprochés du véritable Israël, de manière à ne faire qu’un avec lui (215 : éyevônte éyybs); b) ils sont les concitoyens des saints et les familiers de Dieu (217 : êorè suurodfrat tüv &ylwv at olxetot roù Geoë) ; cils ont acquis la paix et avec Dieu et avec les Juifs. Ainsi se réalise en eux la parole d’Isaïe (571?) et celle de Michée (55208

9, Paix apportée aux Gentils par le Messie. — De quelle paix s’agit-il? De la paix avec Dieu, ou de la paix entre les parties constituantes de l’Église? Haupt (Meyer’s Kommentar?) défend énergiquement le premier sens pour deux raisons principales. Rien dans le contexte, dit-il, ne fait penser à une guerre entre Juifs et Grecs; dans ce qui précède, il est dit que les Gentils étaient éloignés d'Israël, mais cela n'implique pas d’hostilité; dans ce qui suit, il est question d'union et cela prouve qu’ils étaient séparés mais non qu'ils étaient en guerre. De plus Jésus-Christ est venu « annoncer la paix à ceux qui étaient loin et la paix à ceux qui étaient près » (217); la répétition du mot « paix » marque une signification distributive; ce n’est pas une paix relative et réciproque, c’est une paix absolue qui est prêchée d’un côté aux Juifs, de l’autre aux Grecs. — Ces raisons ont quelque force, mais elles ne sont pas décisives. Haupt est obligé de regarder comme interpolée « l’inimitié » (tv &y8pav) mentionnée au v. 16 et qui ruine totalement sa thèse. En outre nat éroxaral\dEn vob dyuporépous ne peut s’entendre que d’une réconciliation mutuelle entre les deux peuples; or la réconciliation suppose un état antérieur d’hostilité auquel met fin le Christ, « notre paix ». — On doit cependant se demander si l’on est forcé de choisir entre les deux sens. Quand l’Apôtre dit, d’après le prophète, que le Christ est notre paix, ne peut-on pas laisser au mot « paix » son acception la plus étendue qui se restreindra ensuite, selon

les besoins du contexte, à la paix avec Dieu ou à la paix entre les fractions hostiles de l'humanité? La paix avec Dieu est en effet la condition de l’autre. Ewald, dans son commentaire (collection de Zahn), propose cette explication qui nous paraît de tout point satisfaisante.

3. Destruction de la Loï,condition d'unité. — Pour rapprocher ce qui était éloigné et réunir ce qui était séparé, il fallait : détruire le mur de séparation, former un tout d'éléments disparates et pacifier les hommes entre eux et avec Dieu. — A) Dieu détruit le mur de séparalion, c’est-à-dire la Loi et les privilèges d'Israël, La phrase xx rd peoÜtotyov To opayuoÿ Aoaç, rhv Éyfpav, êv T7 oapxl adtoÿ toy vouov Toy évroldv év Ddypaot xatapyhoa à été construite d’au moins quatre manières ; mais les meilleurs exégètes conviennent avec raison qu'une seule construction est acceptable, quoique non sans quelque difficulté, celle qui fait de tv Éxôpav une apposition à +b peséroryov et voit dans 2v tf sagat abroÿ un complément circonstantiel de Xéoa. Le sens est alors : « ayant, dans sa chair, détruit le mur intermédiaire qui servait de barrière, c’est-à-dire l’inimitié, ayant aboli la loi des préceptes [consistant] en décrets »., Le mot pesdtoyov est extrêmement rare, mais n'offre pour le sens aucune obscurité. Le génitif roë vpayxo est un génitif d’apposition : « le mur intermédiaire consistant en une barrière »; pays signifie proprement « clôture, barrière » et l’idée de séparation appartient plutôt à peodroyov. Cette barrière, c'était tout ce qui isolait le peuple hébreu et le préservait des contacts étrangers : la Loi, les privilèges religieux, l’esprit national et particulariste; tout cela provoquait et fomentait la haine des autres peuples et pouvait par synecdoque s’appeler « l’inimitié (#/0px) », au même titre que le Sauveur s'appelle « la paix ». Le verbe grec Aïetv, « détruire », se construit également bien avec efyos (ou pesdroryov) et avec Ex0px. Nous venons de voir que le mur de séparation (esÜtoyov) est plus général que la Loi; mais l’abrogation de la Loi elle-même méritait une mention spéciale : elle est réduite à néant (xosapyety veut dire au juste « rendre vain, nul, sans effet, énerver, priver de sa force »). L'expression rov vopov rüv évro\üv êv Ddypaot offre une certaine difficulté. Il n’est pas douteux que la Loi ne soit la Loi mosaïque; le génitif rüv évroA&v est un génitif d’apposition : « la Loi consistant en préceptes, en commandements ». Quant à ôdyua il signifie « décret, ordre péremptoire » (Luc. 12; Act. 16*; 177). Mais il est impossible de joindre ëv déypactw à xarapyfoas et de l’entendre au sens instrumental, comme le font Chrysostome et son école, ainsi que Théodore de Mopsueste : « ayant aboli par ses décrets (par la Loi évangélique) la Loi des préceptes (la Loi mosaïque) ». — B) Unification des éléments disparates. — à) Ils sont rapprochés lun et l’autre du Christ et par conséquent l’un de l’autre (v. 13); b) les deux ne forment plus qu’un seul être de l’ordre moral (v. 14 : Ÿ rouous rà dupirepa Ev); c) l’être moral ainsi constitué est « un homme nouveau » (v. 15), le Christ mystique; d) l'union se fait dans le corps mystique du Christ (v. 16), dans l’Église, dont les fidèles, Juifs ou Gentils, sont les membres vivants.

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