‹ La théologie de Saint PaulChapitre 49 sur 630 · Thess. 415 : Toüro ôuiv léyouev év Xéyw Kupiou · texte numérisé non relu

Thess. 415 : Toüro ôuiv léyouev év Xéyw Kupiou

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Morts et vivants iront ensemble au-devant du Seigneur, les uns avec leur corps actuel transfiguré et transformé, les autres avec leur corps d'autrefois reconstitué et glorifié; ensemble ils seront emportés dans l’espace, ensemble ils rejoindront leur chef et commenceront avec lui un règne sans fin. S'il existe une différence, elle est plutôt en faveur des morts, car ils ressusciteront d'abord (xpürev), avant que la présence du Christ glorieux ne transforme les vivants.

Le tressaillement de la nature, la nuée qui sert de char ou de trône au Juge, le cortège des anges, la clameur des assistants, l'éclat de la trompette sont des traits communs à toutes les apocalypses!. Ils sont empruntés à la terrifiante apparition de Jéhovah sur le Sinaï, qui avait imprimé à l'imagination nationale un ineffaçable souvenir. Dans quelle mesure ces allusions au passé se vérifieront-elles dans l'avenir; et quelle peut, être la part de l’image ou du symbole? C’est le secret de Dieu.

Perspective prochaine. — Fait indéniable : les chrétiens de l'âge apostolique croyaient toucher à la fin des temps et saint

Pierre se voyait contraint de justifier les longs délais du Christ?. Leur erreur, faite en partie de désir et d'espérance, tenait aussi au préjugé universel des Juifs de cette époque, à une appréciation pessimiste des événements contemporains, peut-être à une fausse interprétation de la parole du Sauveur : « Cette génération ne passera pas sans que tout cela n’arrive ®. » On s’obstinait à croire que quelques privilégiés, comme le disciple bien-aimé, vivraient jusque-là. Il n'était pas jusqu'au nom de parousie (présence), par lequel on avait coutume de désigner le retour triomphal du Christ, qui ne réveillât l'idée d’une venue prochaine; et l’on sait que les prophètes, habitués à projeter sur le même plan les événements futurs, semblent faire coïncider le début de l'ère messianique avec la consommation des choses. Paul a-t-il partagé l'illusion commune ? En principe, rien ne s'y oppose; car l'inspiration ne donne pas toute science et ne pouvait pas en tout cas donner la connaissance du dernier jour que le Père céleste s’est réser- —— "TE

1. Trompette et anges (Mat. 2451; cf. Marc. 1327) nuées (Mat. 2450 ; 9664; Marc. 13%; 1452; Luc. 2127; Dan. 715) etc. — 2. 2 Petr. 39, — 3. Mat. 2454; etc.

vée. En dehors de la vérité dont il est le dépositaire, l'écrivain sacré peut ignorer, hésiter, asseoir une opinion sur des pro-

babilités ou des vraisemblances, se porter à la recherche du vrai par les moyens dont disposent les autres hommes. Le tout est qu’il n’enseigne pas l'erreur. Paul, qui sait mieux que personne que la date du dernier jour n'entre point dans l’objet de la révélation, n'enseigne pas que le monde va finir; il déclare formellement que la fin n’est pas imminente; mais, à défaut de lumière spéciale, il s’en tient au mot de l'Évangile!. Pourtant il ne semble pas envisager devant lui une longue série de siècles. Sans doute ces paroles : « Nous les vivants, nous Îles survivants, nous irons au-devant du Seigneur? », ne préjugent rien, l'Église ne mourant pas et tous les chrétiens pouvant s'identifier avec elle comme s'ils devaient assister, dans un avenir lointain, à ses triomphes et à ses épreuves. Néanmoins l’Apôtre parlerait-il de la sorte s’il avait la perception nette que des milliers d'années le séparent du terme? Plus tard la perspective s’éloignera. Plus le monde durera, plus on s’habituera à le voir durer. L'idée de parousie deviendra plus rare; le mot lui-même finira par se perdre. Mais nous ne pouvons admettre, avec certains exégètes modernes, que l'esprit de Paul ait évolué dans le court laps de temps qui s'écoule entre les deux Épitres aux Corinthiens. Aux Corinthiens il parle jusqu’au bout comme aux Thessaloniciens.

Le sort des vivants. — Il n'a pas varié davantage dans son enseignement que la dernière génération des justes sera revétue d’immortalité sans passer par la mort : « Les morts qui sont dans le Christ ressusciteront d'abord; ensuite nous, les vivants, les survivants, nous serons emportés avec eux dans les nuées aériennes à la rencontre du Seigneur et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur. » Saint Augustin avouait qu'il n'avait jamais pu lire attentivement ces paroles sans y

1. Mat. 2454; Marc. 1350; Luc. 2152. — 2. 1 Thess. 416 : ‘Hyeïc oi Lovrec oi napaleurômevos Ga GÙv aÜTOis RE iobnee n’est pas exactement traduit par : Nos qui vivimus qui residui sumus etc. Il faudrait, comme en grec, un participe présent (nos viventes) ou bien un adjectif (nos superstites) lequel étant en corrélation avec un verbe au futur prendrait lui-même le sens du futur : Nous qui vivrons, qui survivrons, etc.

trouver ce sens que la dernière génération des justes sera exempte de la mort. Et ce qui lui inspirait des doutes c'était précisément le texte qui aurait dû l’ancrer le plus dans ce sentiment, qui était le sentiment commun des Pères de l'Eglise, si au lieu de l’inexacte traduction latine : « Nous ressusciterons tous », il avait connu la vraie leçon de saint Paul : « Nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons transformés... La trompette retentira et les morts ressusciteront incorruptibles et nous, nous serons transformés !. » Il est impossible de comprendre ces paroles autrement que ne les comprirent les Corinthiens eux-mêmes qui se prirent à désirer le privilège des derniers survivants du monde. La mort nous est en horreur et parce qu'elle est un châtiment et parce qu'elle brise violemment les liens naturels du composé humain. Nous voudrions, comme les Corinthiens, aller à l'immortalité sans éprouver la mort. Ce désir est légitime, répond l’Apôtre, pourvu qu'il n'ait rien de déréglé; il est surnaturel, pourvu qu'il n’ôte rien à notre confiance et à notre résignation; il est réalisable, pourvu que le second avènement du Christ nous trouve encore en vie : Sitamen vestili non nudi inveniamur. Ce sera le lot d'un petit nombre. Qu'importe après tout? Soit que nous vivions soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur ?.

Comment des affirmations si claires, trois fois réitérées, ont-elles pu laisser place au doute? Nous l’avons dit, la cause en est à l’ancienne version latine qui lisait soit : Omnes resurgemus, Soit : Omnes moriemur, supposant d’une manière et de l’autre la mort universelle. L’Ambrosiaster, pensant tout

concilier, imagina de faire mourir et ressusciter les justes té-

moins de la parousie pendant leur rapide transport aériens. Augustin qui eut connaissance de cette hypothèse fut tenté de l’adopter, sans oser l’embrasser fermement, et il consigna dans ses Rétractations l’aveu de son hésitation invincible : « Ou bien ils ne mourront pas, ou bien ils passeront de la vie à la : TORRES RE. BL 0 OO

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