I. OPINIONS RÉCENTES SUR LA FOI DU CHRIST
J. Haussleiter (Der Glaube Jesu Christi und der christ. Glaube, ein Beitrag zur Erklärung des Rômerbriefs, dans Neue kirchl. Zeitschrift, t. IT, 1891, p. 109-145 et 205-230), tout en reconnaissant qu'il va contre lopinion commune, soutient que La foi de Jésus-Christ doit signifier, au moins dans l'Epître aux Romains, la foi qu'avait Jésus (génitif subjectif) : 4. Les lecteurs de Paul n’auraient pas compris autrement Rom. 37% (Gtxuoÿvra rov ëx mlstews ’In0ÿ); car, pour les premiers chrétiens, Jésus n’était devenu Christ et Seigneur qu'après sa résurrection; il ne pouvait donc être question pour eux d’une foi en Jésus. — 2. L'expression parallèle Rom. 416 : :5 êx mioteuxc ’A6padu, qui signifie évidemment la foi subjective d'Abraham, nous invite à prendre *ov x ristews ’In605 dans le même sens. — 3. « L’Apôtre choisit à dessein la locution zlotis ’Insoë pour montrer qu’il veut parler de la foi qu’eut Jésus lui-même durant sa vie mortelle. La locution xls Xptotoë serait équivoque. » Rom. 322 : Gi rlotews ’Insoë Xptoroë devra s'entendre de mème, parce que le nom de Jésus précède. — Haussleiter, dans Veue kirchl. Zeitschrift, t. 11 (1891), p. 507-520, reprend son sujet sous ce titre : Eine theol. Disputation über den Glauben Jesu. Il a découvert une dissertation d’un certain Ritter, lue à l’université de Greifswald, le 29 août 1704 (De fide Christi, sive utrum Christus habuerit fidem?) où le dit Ritter soutient la thèse de la foi subjective du Christ et cite à l'appui quatre théologiens protestants.
Malgré ce patronage, la thèse de Haussleiter fut mal accueillie. Hilgenfeld, Zeitschrift für wissensch. Theol. t. XXXV, p. 391, la juge très sévèrement : « Den Gedanken des gläubigen Jesus Christus und aller nach seinem Vorbilde Glaubenden sollte man Rationalisten tiberlassen und nimmermehr dem Paulus aufdrängen. » A peu près seul, G. Kittel (Morts ’Incoë Xptotoë bei Paulus, dans Stud. und Krit. LXXIX, 1906, p. 419-436) lui donna son adhésion, sans apporter d’arguments nouveaux : « En soi, dit-il (p. 419), les-deux opinions sont également vraisemblables; grammaticalement elles sont également possibles; en fait, s’il y a une foi au Christ, il a dû y avoir une foi de Jésus. » Pourquoi ?
Schläger, Bemerkungen zu riotte ’MhooëXptoroù dans Zeitschrift für neutest. Wissenschaft,t. VII (1906), p.356-8, à propos de l’article de Kittel, propose une solution radicale: dans Rom. 32 et 3% les mots ’Inooë et ’Inooë Xptoroù n’appartiendraient pas au texte primitif. Pour Gal. 216 et 32%, même remède. Sans doute il n'ya, en faveur de cette suppression, ni témoignage ni indice quelconque. Mais c’est le cas ou jamais, dit Schläger, de recourir aux principes de la haute critique pour amender un texte difficile. On voit que la critique d'imagination n’est pas le monopole de l’école dite hollandaise.
Autre solution nouvelle. Berlage, dans T'heologisch Tijdschrift,
CR de ne +
t. XXVI (1892), p. 79-85, repousse lui aussi le génitif objectif; mais au lieu d'admettre, comme Haussleiter et Kittel, le génitif subjectif, il propose le génitif d’origine ou d’auteur : « het geloof (in God) door Jesus Christus verweckt ».