‹ La théologie de Saint PaulChapitre 508 sur 630 · II. JUSTICE DE DIEU DANS SAINT PAUL · texte numérisé non relu

II. JUSTICE DE DIEU DANS SAINT PAUL

Jusqu'à ces dernières années, il était universellement admis que S. Paul donne à l’expression « justice de Dieu » deux sens non pas disparates mais différents (justice qui est en Dieu et justice qui vient de Dieu) : le premier se trouve dans Rom. 35-%:%, le second dans Rom. RE : 32:22: 103: 2 Cor. 521; cf. Phil. 3°. En 1890, dans l’explication de l'Épitre aux Romains qui fait partie du Pulpit Commentary, p. x, J. Barmby modifiait ainsi l’opinion commune : « Dans toute l’Épitre, ôtxæocûvn @coù signifie la justice éternelle de Dieu et, même dans les passages où une justice qui vient de la foi est mentionnée comme communiquée à l’homme, l’idée essentielle qui est au fond est la propre justice de Dieu enfermant en elle les croyants. » La suggestion fut acceptée avec quelques réserves par Robertson (The Thinker, nov. 1893), reprise par son auteur dans un article de l'Expositor (5° série, t. IV, 1896, p. 124-139) et appliquée à Rom. 117; 32122, mais sans aucune allusion à Rom. 103 et2 Cor. 521 où l’application semblerait contraire à toute saine exégèse. H. Beck (Die Atxatosèvn 805 bei Paulus, dans eue Jahrbücher f. deutsche Theol., t. IV, 1895, p. 249-261) s’empara de la thèse de | Barmby, mais sans le citer, suivant un usage assez répandu chez les érudits d’outre-Rhin. Beaucoup plus solide est la dissertation de Kælbing (Studien zur paulin. Theol. dans Theol. Stud. u. Krit., t. LXVIIT, 1895, p. 1-51) qui se renferme exclusivement dans l’exégèse de Rom. 117 et 3%. D'après Kælbing, dans les deux versets en question, la justice de Dieu doit s’entendre « d’une conduite juste de Dieu, qui consiste dans l'octroi de la justice à l’homme ou plutôt renferme en elle cet octroi (ein gerechtes Verhalten Gottes welches in der Verleihung von Gerechtigkeit an den Menschen besteht, oder genauer eine solche Verleihung in sich schliesst) ». L'année suivante parut la monographie de Häring (Atxatooôvn 005 bei Paulus, Tubingue, 189,6) approuvée par Holtzmann (Theol. Literaturzeitung, t. XXI, 1896, p. 645-6) qui regrette de n’avoir pas pu l'utiliser pour sa T'heologie des N. T. Un peu plus tard C. Bruston (La notion de la justice de Dieu chez saint Paul dans Revue de théol. et des questions relig., t. VII, 1898, p. 86-95) se ralliait à l’exposition de Barmby en reprochant à Sanday de n’y pas adhérer. Plus récemment, M. l'abbé Tobac (Le problème de la justification, etc.) a défendu avec ampleur et conviction l’exégèse nouvelle. Il constate que l'expression justice de Dieu se trouve huit fois dans S. Paul et ajoute (p. 116) : « Dans la presque totalité de ces passages [un peu exagéré, seulement cinq fois sur huit], d’après l’exégèse généralement reçue, * jusqu’en ces dernières années, S. Paul n’exprimerait pas par la locu-

tion « justice de Dieu » un attribut divin, mais une qualité de l’homme :

le génitif 6:06 n'étant pas un génitif swbjecti, mais un génitif auctoris ou originis, ce serait la justice dont Dieu est la source et l’auteur, la justice qu’il communique aux hommes. » Voilà bien clairement exposée l’opinion commune, voici maintenant celle de M. Tobac (p. 117-8) : « Ritschl entendait par justice de Dieu dans le N. T., non pas une qualité de l’homme, mais un attribut divin; non pas la justice répressive ou rétributive, mais la conduite normale et conséquente conformément à laquelle le Père céleste demeure fidèle à ses promesses et poursuit dans le monde le salut définitif de ses enfants. Depuis Ritschl, cette conception de la justice de Dieu comme attribut divin (gén. subj.) s’est fort répandue, mais en se nuançant d’une facon si complexe qu’il serait impossible d'entrer dans le détail des différentes explications. » Parmi les auteurs qui admettraient sa thèse « plus ou moins explicitement » (p. 129), M. Tobac énumère Tixeront, Lemonnyer, Ritschl, Häring, Van Leeuwen, Weïzsäcker, Sabatier, Goguel, Wiesinger, Bruston, Titius. Cette liste est fort incomplète (car M. Tobac ne tient jamais compte des auteurs anglais); mais elle est d’autre part beaucoup trop longue et plusieurs noms n’y devraient pas figurer. Les textes cités de M.Tixeront et du P. Lemonnyer ne visent en aucune façon la généralité des passages de $. Paul et n’ont pas la portée qu’on leur attribue. Sabatier explique absolument comme nous et comme la majorité des exégètes Rom. 117; 3212; 103 (L’Apôtre Paul5, p. 319) : « La Dtxatooûvr, 6:05 est la justice dont Dieu est l’auteur et qu’il donne gratuitement, paropposition à la justice que l’homme poursuit par ses propres efforts, Bôla Gtxatoobvn. » Mais le malentendu le plus extraordinaireconcerne Wiesinger qui combat expressément, juste à l'endroit indiqué, la thèse défendue par le Prof. Häring et acceptée par M. Tobac. Pour Wiesinger, comme pour Hofmann dont il fait sienne la pensée, il s’agit d’une justice « qui doit se trouver en nous » : ce qu’il prouve par le texte d'Habacuc (Wiesinger, Ueber Glaube und Rechtfertiqung dans Neue kirchl. Zeitschrift, t. XIV, 1905, p. 387-8).

Nous avons dit quelles raisons nous empêchent d'adopter l’exégèse inaugurée par Ritschl : A) Dans Rom. 117: 3 #:2 le contexte réclame une justice qui soit dans le chrétien et non pas hors de lui. — B) Dans Rom. 10% et 1 Cor. 5*, cette explication s'impose avec plus d’évidence encore. — C) Phil. 3° définit sans doute possible le caractère subjectif de cette justice. — D) Enfin la conception de la justice de Dieu comme attribut divin, dans le système de Ritschl, est inadéquate. Cf. Ed. Frutsaert, La justice de Dieu dans saint Paul (Recherches de science religieuse, t. II, 1911, p. 167-182).

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