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1. L'histoire de ses hésitations est curieuse. En 418, Zpist. ad Mercator. 193 (XXXIII, 872) il est très ferme dans l'opinion commune, Ad Dulcit. qu. 3* (XL, 159) il n’a pas encore changé d’avis. Dans la Cité de Dieu, xx, 20 (XLI, 888) l'opinion de l'Ambrosiaster, connue dans l'intervalle, le rend perplexe. Dans les Réfractations, 11, 33, le doute est complet : « Aut non morientur, aut de vita ista in mortem et de morte in æternam vitam, celerrima commutatione, in ictu oculi transeundo mortem non sentient. »
2. IV Sentent. Dist. x : « Horum quid verius sit non est humani judicii definire. »
3. Comment. in Sentent. L. cit. et Summa 1 2%, qu. LXXXI, a. 1 ad um, Les raisons alléguées par le docteur angélique pour préférer comme plus sûre l'opinion de l’'Ambrosiaster, qu’il prend lui aussi pour saint Ambroise, sont dignes de remarque. Elle lui semble : 1. plus conforme à la justice divine qui doit étendre la mort à l’égal du péché dont elle est la peine : 2. plus conforme à l'Ecriture (c’est-à-dire à la leçon de la Vulgate); 3. plus conforme à l’ordre de la nature; car le mouvement du ciel étant en quelque sorte la vie de l’univers, comme le mouvement du cœur est la vie du corps, toute vie devra cesser quand ce mouvement s’arrêtera.
4. Chrysost. Comment. in 1 Cor. 1551 : « Omnes immutabimur, etiam qui non moriemur »; de même Théodoret, Comment. in 1 Cor. 1561; Primasius (LXVIIL, 644); Tertull. De resurr. carnis, 41-42 (Il, 853); Epiph. Haæres. Lxiv, 70 (XLI, 1193); Hieron. Epist. 59 ad Marcel. (XXII, 587); Greg. Nyss. De opif. hom. 22 (XLIV, 208). Pour Origène, comparez Contra Cels. un, 65 (XI, 900) avec S. Jérôme, Epist. 119 ad. Minerv. 9 (XXII, 974-
quer le septième article du Symbole!. Au lieu de chercher dans les morts et les vivants les pécheurs et les justes (saint Augustin), ou les morts et les vivants qui se trouvaient tels avant le trépas de ces derniers (saint Thomas), ou les morts et les vivants relativement à la minute où chacun récite le Symbole (Suarez), on entend tout simplement par morts et par vivants les morts et les vivants que l’arrivée du Juge suprême trouvera sur la terre ?.
975). Le texte de Rufin, Expositio Symboli, 33 (XXI, 369), probablement corrompu, est en tout cas si obscur qu’on ne peut rien en tirer.
1. Cet article, emprunté textuellement à 2 Tim. 4! (qui judicaturus est vivos et mortuos), ou à L Petr. 45 (qui paratus est judicare vivos et mortuos), était un des points fondamentaux de la prédication apostolique, Act. 104? : « Præcepit nobis prædicare populo et testificari, quia ipse est qui constitutus est a Deo judex vivorum et mortuorum. » Toutes les formes du Symbole, tant grec que latin, contiennent cet article, qui passa plus tard dans le Symbole de Nicée. Voir Denzinger, Enchiridion, p. 19. On s’accordait à l’entendre en ce sens que Jésus-Christ jugera tous les hommes, bien qu’on fût divisé sur le sens précis des morts et des vivants. Cf. Rufin, Expos. Symboli, 33 (XXI, 369); S. Cyrille de Jérusalem, Catech. xv, 26 (XXXIII, 909).
2. La question présente fut l’objet d’une controverse entre le P. Delattre S. J., La dernière génération humaine (dans la Revue catholique de Louvain, t. LI, 1881, p. 409-438) et Ms Battandier, Les derniers vivants mourront-ils? (Ibid. t. LIT, 1881, p. 5-26). Le P. Delattre (p. 410) se rangeait résolument « du côté de ceux qui soutiennent qu’à l’avènement de Jésus- Christ les bons, et peut-être les méchants, alors en vie, seront fixés dans leur destinée éternelle sans passer par la mort ». Ne disons rien des méchants dont saint Paul ne s’occupe pas dans les passages en question ; mais, pour les justes, presque tous les exégètes contemporains sont, à notre connaissance du moins, de l’avis du P. Delattre; son contradicteur ne lui opposa que les difficultés connues et résolues depuis longtemps. La réflexion suivante mérite d’être transcrite (p. 437-458) : « La cité céleste arrive à son plein développement en passant par trois évolutions : le judaïsme, qui en est l'ombre et la préparation éloignée; le christianisme, qui en est la figure et la préparation directe; l’état de béatitude, qui en est l’achèvement et le terme immuable. Comme la loi de grâce succède à la loi de crainte sans solution de continuité, de même l'état présent et l’état final se toucheront à un moment solennel qui achèvera l’un et commencera l’autre s’il ne creuse pas entre les deux un abîme profond par l’extermination totale du genre humain sur la terre. » Cf. Corluy (Spicilegium dogmatico-biblicum, t. I, p. 332-338), Fouard (Saint Paul, ses missions, Paris, 1892, p. 214-215), surtout Cornely (Comment. in 1 Cor. p. 509; Comment. in 2 Cor. p. 146, etc.) dont le long enseignement oral à beaucoup contribué à vulgariser l’exégèse que nous adoptons.
Nouvelles craintes. — Quelques mois s'étaient à peine écoulés depuis le premier message aux Thessaloniciens, lorsqu'un nouveau malentendu vint à surgir. Bien rassurés maintenant au sujet de leurs morts, les néophytes étaient plus que jamais convaincus de l’imminence de la parousie et cette persuasion, loin de les exciter au bien, les troublait et les paralysait. Quelques-uns même, négligeant leurs devoirs d'état, erraient de porte en porte, dans la paresse et le désœuvrement, comme des gens dont les jours sont comptés. D'où provenaient leurs folles terreurs? Saint Paul l’insinue assez clairement dans le conseil qu’il leur adresse : « Au sujet de la parousie de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de notre réunion avec lui, nous vous prions, frères, de ne pas vous laisser aussitôt alarmer et jeter hors de votre sens, soit par un esprit, soit par un discours ou une lettre qu'on dirait venir de nous, comme si le jour du Seigneur était imminent. » Trois causes d'erreur pouvaient être en jeu : une révélation supposée ou mal comprise, une parole attribuée à tort ou à raison à saint Paul ou peut-être à quelque autre personnage de marque, une lettre apocryphe de l’Apôtre ou une lettre authentique entendue de travers. Ce n'était pas la première Épître aux Thessaloniciens qui avait pu prêter à l’équivoque et les mots « comme étant de nous » semblent bien indiquer un faux. Pour couper court aux supercheries, Paul ajoutera désormais de sa propre main la salutation finale qui servira de signature. L'habitude, alors générale, de dicter les lettres rendait cette précaution nécessaire. Nous pensons que l’« esprit » auquel il fait allusion est une manifestation du genre des charismes. Dans leurs prières extatiques les glossolales devaient répéter souvent : Maranatha. Nai, épyoua voyv. Etiam venio cito! Encore peu experts dans le discernement des esprits, les auditeurs avaient pu les prendre non pour de pieux désirs mais pour des prophéties véritables, destinées à se réaliser à brève échéance. L'origine du malentendu importe d'’ailleurs assez peu. L’Apôtre se défend d'y avoir donné lieu par ses discours ou par ses écrits. Non, la fin n'est pas si pro-
de
che. « Que personne ne vous trompe en aucune manière. Il faut qu'auparavant vienne l’apostasie et que soit manifesté l’homme d'iniquité, le fils de perdition, l'adversaire qui s’élève au-dessus de tout ce qui s'appelle Dieu ou objet de culte, jusqu’à s'asseoir dans le Temple de Dieu, se proclamant lui-même Dieu. Ne vous souvient-il pas que quand j'étais au milieu de vous je vous disais ces choses? Et maintenant vous connaissez l'obstacle qui l'empêche de se manifester dans son temps. Car le mystère d'iniquité opère déjà : seulement celui qui fait obstacle est là, jusqu'à ce qu’il disparaisse. Et alors sera manifesté l’impie que le Seigneur Jésus détruira d'un souffle de sa bouche et qu'il anéantira par l'éclat de son avènement; cet impie, dis-je, dont l’avènement, grâce à l’opération de Satan, sera accompagné de toute sorte de miracles, de prodiges et de prestiges mensongers !. »
Paul ne fait ici que rappeler à demi-mot quelques traits dé sa prédication orale. Il suppose les Thessaloniciens familiers avec ces idées, car les instructions données aux néophytes comprenaient toujours un chapitre sur les fins dernières groupées autour de la parousie. L’Apôtre se contente d'en rafraichir la mémoire. Il à enseigné jadis de vive voix et il répète aujourd'hui par écrit, mais en termes dont le laconisme est énigmatique pour nous, que le dernier jour doit être précédé de deux grandes crises, l’apostasie et l'apparition de l’Antéchrist.
1. 2 Thess. 25-12, Il faut relever les nombreux rapports d'idée et d’expression entre ce passage et l'apocalypse synoptique. — 1. Ilapouoiæ (21), Mat. 24 5°27-37:39, __ 9, ’Emiouvaywyh (21), Mat. 2451; Marc. 1327 : itelar toc éxleutodc aùrod. — 3. ‘H dvouia (23-7), Mat. 2412. — 4. ‘H émipéverx rc mapouoias aüroù (28), Mat. 2427 : Gonep À dotpann paivetar…. oÙtuwc Éctat à mapouoia. — D. ‘Evépyeux ndlävns (211), Mat. 2424 : dore mdavioat xai rods &xlextouc, Marc 13°? : mpès td àmomdaväv.
Il n’est pas moins nécessaire de rapprocher les allusions à l'Ancien Testament. — 1. Le nom de l’Antéchrist (6 ävouoc, 28; 6 &vüpwroc tñc ävoyias, 25, variante : tñc rue peut avoir été suggéré par Ps. 88 [89125 : vid ävouios, Où Ps. 95 [94]20 : Gpévos ävouias. — 2. La description de l’Antéchrist (23-4) contient des réminiscences d'Ézéchiel, 282 : Oeéc eiue ëyw, xatotxtæv EOÙ aTOÉXLX êv xapôtx Balaoonc, et surtout de Daniel : üwbfoerar ni navra 0eov nai ëmt Tov Oedv rüv begv Ééxo Aakfoer. Cf. 725; 927, Comparer aussi pour l’idée Isaïe, 1415-14, — 3, La défaite de V'Antéchrist (25) rappelle Isaïe, 114: nai matäËer yñv T@ À6y» Toû otéuaros aùrod, mai Èv nveÿmatt CS yelhewv GvEdEt &oe6ñ.
Il parle de l’une et de l’autre comme de choses connues qui se passent d'explication, L'apostasie désigne certainement une défection religieuse, une révolte contre Dieu ou ses représentants; elle paraît étroitement liée aux agissements et aux prestiges du grand adversaire. Celui-ci, formellement distinct de Satan qui lui prête son appui et s'en sert comme d'un suppôt, est décrit sous les traits et avec les caractères des personnages dont il est l’antitype. Il s’élèvera au-dessus de tout ce qui est Dieu ou s'appelle Dieu, comme Antiochus Épiphane; il se fera passer pour Dieu et voudra qu’on le traite en Dieu, comme le prince de Tyr dans Ézéchiel et le roi de Babylone dans Isaïe; il siégera dans le temple même de Dieu, comme l’abomination de la désolation prédite par Daniel. Ces réminiscences sont moins des prophéties nouvelles que des allusions à des textes anciens; il n’est pas nécessaire d’en attendre la vérification littérale; ce sont des symboles réalisables selon une loi de proportion qui nous échappe. Lorsque nous lisons que le Seigneur Jésus « détruira l’Inique d’un souffle de sa bouche », ces paroles nous font penser à la manière dont le Fils de David, d’après Isaïe, doit anéantir l’impie; mais qu'en pouvons-nous conclure sur le mode véritable dont les choses se passeront ? Ce qui est dit sans figures c’est que l’Antéchrist opérera de faux miracles, des prodiges et des prestiges, qu'il séduira un grand nombre d'âmes, qu'il provoquera un déchirement dans l'Église, qu'il sera finalement vaincu, que sa chute sera le signal de la parousie.
L’obstacle. — Sur un seul point, Paul dépasse ses devanciers. H nous parle d’un obstacle qui s’oppose à l’irruption immédiate de l’Antéchrist et nous en donne la description suivante : 1. C'est une personne ou une chose personnifiée (6 xaréywv au masculin) et c’esten même temps une force physique ou morale (xd xatéyov au neutre). — 2. L’obstacle est déjà en activité (&p) et il refrène le mystère d’iniquité (xd uuorñptov rñs évouiac) ; il l’empêche de donner passage à l'Inique (6 &vomos). — 3. Aussitôt qu’il disparaîtra, le champ restera libre à l’'Antéchrist dont l'apparition (ræpovota) précédera de peu, semble-t-il, l’apparition (rapousia) du Fils de Dieu.
Quel est cet obstacle? Les Thessaloniciens l'avaient appris
de la bouche de l’Apôtre mais nous l’ignorons maintenant et tout porte à croire que nous l'ignorerons toujours. L'obscurité proverbiale de ce passage a donné lieu à d'innombrables systèmes. Je ne parle pas des hétérodoxes. Avec une fraternelle unanimité, cathares, vaudois, hussites, wicléfistes, luthériens, calvinistes, anglicans anciens et modernes, presque jusqu'à nos jours, ont vu dans l’Antéchrist le pape et dans l’obstacle qui s'oppose à la victoire et au triomphe de l’Antéchrist l'empereur romain d’abord, puis l'empereur germanique. Pour un des derniers tenants de cette exégèse, le pape est toujours l’Antéchrist, naturellement; mais le mystère d’iniquité c’est le jésuitisme, le temple de Dieu c’est la confession luthérienne et l'obstacle qui s'oppose à l'avènement non pas de l’Antéchrist, comme l’exigerait le texte de saint Paul, mais de Jésus, c’est encore le pape. Les critiques indépendants se sont frayé des voies nouvelles et ont imaginé une foule de solutions dont chacune ne satisfait guère que son inventeur. On ne peut pas dire non plus que les commentateurs catholiques soient d'accord. Cependant, malgré d’infinies divergences de détail, ils regardent à peu près tous la parousie comme le retour personnel de Jésus-Christ venant juger les vivants et les morts; ils voient dans l'Antéchrist un individu, bien que saint Augustin songe plutôt à une tendance; dans l’apostasie, une défection et une révolte, soit religieuse, soit politique, soit religieuse et politique à la fois; dans le mystère d’iniquité, soit Néron et les persécuteurs, soit les hérétiques et les schismatiques; dans le temple de Dieu, soit le temple de Jérusalem rebâti, soit l’Église chrétienne; dans l'obstacle enfin, soit l'empire romain, soit l’état chrétien héritier de l'empire. Mais quel est aujourd'hui l’état qui oppose une digue à l'invasion du mal? En désespoir de cause, plusieurs se rejettent sur la foi encore vivante au cœur d’un grand nombre ou sur le décret divin de faire précher l'Évangile dans le monde entier : mais l'obstacle doit être une personne aussi bien qu'une force ; et comment la foi ou le décret divin peuvent-ils être personnifiés ?
Non seulement l'obstacle n'est pas encore trouvé mais nous doutons qu'on l’ait jamais cherché dans la bonne direction. Paul se tient sur leterrain de l’eschatologie juive et chrétienne.
Comme Daniel, comme saint Jean, il décrit une lutte du mal contre le bien, qui a son retentissement sur la terre mais dont le théâtre et le siège principal sont ailleurs. C'est, en effet, Satan qui l’engage et la soutient en prétant à son suppôt toute l’énergie de son concours (xxr’ évéoyeav +oÿ Zaravä). L'antagoniste doit être une puissance de même ordre. Dans la prophétie de Daniel, c'est le généralissime des armées célestes, le chef du peuple de Dieu, Michel, qui prend en main la cause de la nation sainte, spécialement au temps de la grande tribulation et à la veille de la résurrection des morts‘. Dans saint Jean, c’est encore Michel à la tête de ses anges qui combat contre le Dragon, l’antique Serpent, Lucifer, le Diable, Satan, et qui finit par assurer la victoire au Christ?. La lutte de Michel et de Satan se poursuit à travers les siècles. Il n'est pas besoin d'interroger les apocryphes — le livre d'Énoch, le Testament des douze patriarches, l’Apocalypse de Moïse — pour savoir quel rôle capital l'archange Michel doit jouer au dernier jour. C’est lui, d’après saint Paul, — la chose est à peine douteuse, — qui donnera le signal de la résurrection et du jugement. Ne serait-ce pas également lui, le protecteur de la Synagogue d’abord et de l'Église ensuite, qui avec ses milices barrera le passage aux puissances infernales jusqu’à la plénitude des temps? Tous les traits de la description de Paul lui conviennent : être personnel (6 xaréyuv), 1l commande une armée et représente une force (rù xaréyov); il est immortel, et sa lutte contre Satan, engagée dès l'ère apostolique (&px), se prolonge à travers l’histoire pour atteindre à la fin son apogée. Sisa disparition momentanée (£ws ëx éco yévnræ) signifiait une défaite ou une destruction, ce caractère ne lui serait pas applicable; mais les paroles de l'Apôtre n'ont pas ce sens et rien n’oblige à le sous-entendre. Jusqu'au jour où les exégètes aux aboïis auront trouvé une explication meilleure, c'est de ce côté que nous chercherons l'obstacle mystérieux qui retarde l'apparition de l’Antéchrist.
1. 1013-21; 121, Cf. 1 Thess. 416, — 2. Apoc. 127-2. 3. Références dans le Dictionnaire de la Bible de Hastings, art. Michael.