II. USAGE DES PÈRES GRECS ET LATINS
L'évolution sémantique des mots pusrthptov et sacramentum serait très intéressante à suivre; mais ce travail d'ensemble aurait pour condition indispensable une série de monographies sur l'usage spécial à chaque Père. Or, ces études de détail sont encore trop rares. Voir, pour Tertullien, A. Réville, Du sens du mot sacramentum dans Tertullien (Biblioth. de l’école des Hautes-Etudes, sciences relig., t. I, 1889, p. 195-204) et A. d’Alès, La théologie de Tertullien, Paris, 1905, p. 321-3. L'article de H. von Soden, Mustptov und « sacramentum » in den ersten Zwei Jahrhunderten der Kirche (dans Zeitschrift f. die neutest. Wissenschaft. t. XII, 1911, p. 188-227), est instructif mais systématique.
1. Pères grecs. — Les Pères apostoliques nous donnent peu de lumière. Le mot puoriptov ne se trouve ni dans la Lettre aux Corinthiens de S. Clément, ni dans l’Épitre de Barnabé, ni dans le Pasteur d'Hermas. L’unique exemple de la Doctrine des apôtres (uvothptov xosuuxôv, xt, 11, cf. Funk, Patres apost.2, t. I, p. 28-29) est fort obscur. Dans S. Ignace (Magnes. 1x, 1), la mort du Christ est le mystère de notre salut; la virginité et l’enfantement de Marie avec la mort du Sauveur sont tplx puothpix xpauyñs (Ephes. xIX, 1. Cf. Funk, op. cüt., p. 228-9): tandis que ral. 11, 3 (àtaxdvous pusrnelwv I. X.) fait allusion à 1 Cor. 4! et 1 Tim. 3°, Le Oeoceéelas puordpov de l’Épiître à Diognète (rv, 6) fait aussi allusion à 1 Tim. 3!5 et les autres exemples de la même Æpître (1, 2; vu, 10; x, 7; x1, 2, 5) n'ont rien de bien saillant.
. Parmi les apologistes du n° siècle, S. Justin est le seul dont la ter-
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minologie présente quelque intérêt : Aristide, Tatien et Athénagore n'ont même pas le mot. Dans son Dialogue contre Tryphon, Justin emploie fréquemment uvusticioy « sens caché », comme synonyme de parabole, de symbole, de type. Il dit par exemple que « le mystère de l’agneau était le type du Christ » (Dial. 40), il appelle mystère le sens typique ou allégorique de certaines prophéties (Dial. 24, 44, 68, 78, 85, 138), il parle assez souvent du mystère de la croix (Dial. 74, 91, 106, 131; Apol. 1, 13), c’est-à-dire de sa signification et de sa valeur sotériologique. Dans l’Apologie, il signale l’immoralité des mystères paiens (Apol. 1, 25, 27; 11, 12) et mentionne en l’approuvant un écrit destiné à montrer que le christianisme ne connaît pas ces sortes de mystères (Apol. 1, 29); en même temps il soutient la thèse que les prophètes mal compris ont suggéré certaines idées aux inventeurs des mystères de Bacchus (Apol. 1, 54) et que les mystères de Mithra sont une imitation diabolique du rite chrétien de l’eucharistie (Apol. 1, 66). — On sait que S. Irénée et, à son exemple, S. Hippolyte n’emploient guère le mot de « mystère » qu’en connexion avec l’hérésie des gnostiques qui s'étaient en effet approprié ce terme (S. Irénée, Hæres. I, 1, 1; I, xx, 3; S. Hippolyte, Philosoph., Proæmium). — Clément d’Alexandrie le leur ravit, comme celui de gnostique lui-même, pour l’appliquer au chrétien parfait. Pour lui la sagesse chrétienne est une gnose et en même temps une initiation. Cf. Stromat. 1, 1 (VIII, 705); 1v, 1 (VII, 1216) ; v, 10 (IX, 93-101), etc.
® 2. Pères latins. — Les acceptions de sacramentum dans Tertullien peuvent se réduire à trois : A) Serment militaire (par suite, initiation ou consécration); B) règle de foi ou de vie religieuse; C) secret d’une personne ou d’une chose (mystère ou symbole). A. d’Alès (op. cit., p. 322) pense que « de cette dernière acception est sortie l’acception plus spéciale de sacrement, au sens technique de la théologie chrétienne; car un sacrement est essentiellement un signe mystérieux. Quatre des sacrements de la loi nouvelle — baptême et confirmation, eucharistie, mariage — sont désignés par ce nom chez Tertullien ». Pour le baptême, on serait tenté de prendre comme sens fondamental l’acception militaire de « serment »; mais il est probable qu'avant de signifier « serment », sacramentum désignait une cérémonie religieuse dont la prestation du serment n’était d’abord qu’une partie. Voir deux exemples très intéressants de Tite-Live cités par H. von Soden (loc. cit.,
. p. 220-221). S. Cyprien suit en général Tertullien, tandis que Lactance revient volontiers au sens philosophique : sacramentum hominis, nativitatis, etc.