III. INFLUENCE DES MYSTÈRES PAÏENS SUR LA LANGUE CHRÉTIENNE
Il y a là trois questions bien distinctes qu’on a coutume de confondre au grand détriment de la clarté : 1. L'influence dont il s’agit concernet-elle les écrivains du Nouveau Testament ou les écrivains ecclésiastiques? — 2. Porte-t-elle sur la seule terminologie ou s’étend-elle aux idées et aux institutions? — 3. Veut-on parler d’une influence consciente ou inconsciente ?
Anrich dans sa magistrale étude (Das antike Mysterienwesen in sei-
un
nem Eïnfluss auf das Christentum, 1894) nie toute influence, même sur la terminologie du baptême : « Dies ist weder direkt nachzuweïisen, noch wird ein derartiger Schluss von allgemeinen Erwägungen aus mit Notwendigkeit erfordert » (p. 120). Carman (Bibliotheca Sacra, t. I, 1893, p. 613-639) l’exagère au delà de toute mesure et de toute raison. Il s'appuie surtout sur les mots uuorfptov, rehëtn et èronteix, qui appartiennent, en effet, à la terminologie des mystères, mais dont les deux derniers ne se trouvent pas dans le N. T. et n’y sont représentés que
par des mots de même racine (comme téketoc) pris dans un sens très
usuel, tandis que le puozhpuov du N. T. n’a rien de commun avec les pvotrotæ. G. Wobbermin (Religionsgesch. Studien zur Frage der Beeinflussung des Urchristentums durch das antike Mysterienwesen, Berlin, 1896) tient le milieu entre Anrich et Carman : « Wir meinen, es sei zu erweisen, dass die Verwendung der termini oopayk und vwrttoude zur Bezeichnung der alten Kirche nicht ohne den Einfluss des Mysterienwesens erfolgt ist » (p. 144). Dans ces termes, la thèse est soutenable. Il est évident que Clément d’Alexandrie emprunte assez souvent la terminologie des mystères; par exemple, Protrept. 12 (édit. Stählin, Leipzig, t. I, 1905, p. 84) : "© rüv &ylwv üç SAn0G< puotrnptwy, D vwtos &xnpétou: daDouyoüpar robe oùpavobe xai rov Oeby érontebour, &ytos yvouar puoëwevoc, iepopavret DE 6 xbptos nat Tov pÜoTrnv oppayiCetat puraywyGv, xad rapatiferat to
ratpt Tv rentoteuxoTa œidot tnpoduevov. Tadra rüv uüv puornplwv tà Baxyebuara
th. I] est possible que le souvenir des mystères ait contribué à faire appeler le baptème gwrioués, nom qui était commun avant S. Justin,
. Apol. 1, 61 : Kakeïrar dE robro ro Aoutpov owrioués.
En ce qui touche le Nouveau Testament, la question est tout autre. Sans doute on pourrait admettre que la terminologie des mystères passée dans la langue populaire, aurait été employée inconsciemment par les auteurs sacrés. Avec un peu de bonne volonté, on entendra dans
Hebr. 61-5 (noter ërt riv reketdtnta pepopela, pwztolévras, yevsauévous, u:t6-
£ovs) un vague écho de la langue des mystères; mais, en pressant un peu les rapprochements, tout s’évanouit. Soit le mot puothotov. Il est certain qu’il passe dans le Nouveau Testament avec le sens qu’il a dans les Septante. Voir Hatch, Essays in Biblical Greek, Oxford, 1889, p. 57- 62. — 1. Le mystère du N. T. est au singulier, les mystères païens sont au pluriel. — 2. Ceux-ci sont secrets et doivent rester secrets; celui-là est dévoilé et doit être publié partout. — 3. Les mystères païens sont réservés aux seuls initiés, le mystère chrétien est pour tous les hommes. On pourrait soutenir, il est vrai, avec Lightfoot, que S. Paul fait allusion aux mystères paiens par voie de contraste, pour montrer que le mystère chrétien est tout le contraire; mais cette hypothèse paraît bien peu naturelle, car l’opposition n’est indiquée d'aucune manière.
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