II. BAPTISER AU NOM DU CHRIST (sis to üvoua
1. Cette formule a été spécialement étudiée par J. Bœhmer, Das biblische M NAMEN. Eine sprachwissenschaftl. Untersuchung über das hebräische DŸ2 und seine griechischen Æquivalente (im besonderen Hinblick auf den Taufbefehl, Matth. 28, 19), Giessen, 1898. L’auteur croit que les cinq expressions suivantes sont synonymes parce qu’elles remontent à la même origine et sont la traduction du même pa : A) ëv r& ôvôpart, 1 Cor.5*; 61'; Eph. 5%; Phil. 210; Col. 317; 2 Thess. 36
(nous n’indiquons que les textes de S. Paul) : — B) ei ro évoe 1 Cor. 11845; — C) d1ù to8 ôvouaros, 1 Cor. 11°; — D) ënt 1ù ôvduarr, — E) rù Gvépart,. — Le sens de la formule serait partout « avec la puissance,
l'autorité de quelqu'un » ou bien « en compagnie, en présence de quel- 1e qu’un ». Mat. 28!* signifierait : « Machet alle Vôlker zu meinen Jün- DE: gern, indem ibr sie tauft im Beisein des Vaters, etc. » (p. 75). L’exégèse des textes de $S. Paul n’est pas toujours très heureuse. Maïs surtout l’auteur, comme le lui reproche Deissmann (Theol. Literaturzeitung, t. XXI, 1900, p. 71-74), part d’un double postulat qui n’est pas prouvé et qui ne peut pas l’être, à savoir que la formule sis ro voux est née sur le sol palestinien et que les cinq expressions énumérées ci-dessus répondent toutes à l’hébreu Dw2. Brandt (’Ovoua, En de doops formule in het Niewe Testament, dans Theol. Tijdschrift, Leyde, t. XXV, 1891, p. 565-610) avait déjà montré que l'équivalent de et td vou dans le bas judaïsme est où et non pas Dw2. L'expression se trouve en effet dans le Talmud (Yebamoth 48?) : « Le prosélyte doit se baigner aunom de Jéhovah » (Din nv). De plus, bien que la différence entre 2 et st tende à diminuer vers l'époque néo-testamentaire, l'identification est loin d’être faite et il faut dans chaque cas s’en rapporter au contexte. Or, l'affirmation de Bæœhmer (op. cit. p. 85) que la formule es to üvoua, aussi bien que la formule èv r& ôvépart, affecte toujours le ministre du baptême et non pas le récipiendaire (gehürt zum Subjekt, dem Täufer, nicht zum Objekt,'dem zu Taufenden), est insoutenable; car, sauf dans Mat. 2819, cette formule se trouve précisément avec un ‘verbe au passif où le ministre du baptême n’est ni nommé ni indiqué (Act. 816; 195; 1 Cor. 11335), Tout au plus pourrait-elle affecter, soit le ministre du
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baptême, comme auteur de la relation nouvelle du baptisé au Christ, soit le baptisé lui-même sujet de cette relation. | 2. Le sens de la formule en question a été discuté dans The Journal of Theol. Studies par Armitage Robinson {/n the Name, t. VII, 1906,
p- 186-202) et Chase (The Lord’s command to baptize, t. VI, 1905,
p- 481-521 ett. VIII, 1907, p. 161-184). Le premier soutient l’équivalence
. des deux formules ëv 16 ôvopuart et sk ro Gvoux. Voici son résumé (p. 197) :
« Une confession de foi au Nom était le prélude du baptême; l’invocation du Nom était une partie essentielle de la cérémonie. La personne baptisée acceptait un nouveau Maître. Grâce au mandat [donné aux
apôtres, Mat. 281°] de faire des disciples en les baptisant au Nom des
trois personnes divines, le ministre du baptême agissait avec autorité en ce Nom; il avait le droit d'invoquer ce Nom : pensée qui n'exclut pas
la précédente. » Chase combat, avec beaucoup d’érudition et de logique,
la thèse de Robinson; mais il affaiblit à notre avis sa démonstration par l’outrance de ses conclusions : le mot Garriew signifierait partout « plonger », et devrait être traduit dans nos langues modernes au lieu
d'être transcrit; dans ei; ro vou, ëvoua serait synonyme de « personne »
et Partiterv els td Évoua Xptotoÿ voudrait dire « plonger dans la personne du Christ », autrement dit « dans le Christ lui-même »: la formule ëv rù vépart serait susceptible du même sens.
3. Trois considérations nous aideront à préciser le sens de notre formule : À) Les Pères ne semblent mettre aucune différence entre « baptiser au nom du Christ » (sk) et « baptiser au Christ ». S. Cyrille de Jérusalem, Catech. xv1, 19 (XXXIIT, 945) : elxérus Barriôueha êle ratépa xat els viov zat sic &ytov rveüux. S. Athanase, Contra Arian. IV, 21 (XX VI, 500) : [le baptême] oùx ets Aôyov, AN es ratépa nat vibv xat &yrov Tvedua didorat. Epist. 1v ad Serap. 1? (XXVI, 653) : Puisque le baptême sis rattpæ xat vtov za &yiov rvsüua Bidotu, Ceux qui pèchent après le baptême commettent un sacrilège eis thv &ylav xat ddtalperov rouédx. S. Grégoire de Nazianze. Orat. XxxIV, 17 (XXXVI, 236) : eiçti E6arrloOnç; ets tov ratépa xrk. « Baptiser au Père » et « baptiser au nom du Père » c'est tout un. La même équivalence se trouve dans $S. Grégoire de Nysse, Contra Eunom. xt (XLV, 881); /n baptism. Christi (XLVI, 585); Epist. y (XLVI, 985); dans les Constit. apost. vir, 41 (I, 1041-2) ; le Pseudo-Ignace, Philipp. 1 (édit. Funk, t. Il, p. 106); les Canons apostoliques, 49 etc. Tertullien, comme les Grecs, dit, Adv. Prax. 26 : « Novissiine mandans ut tingerent in Patrem et Filium et Spiritum sanctum, non in unum. » —
- B) A l’époque néo-testamentaire, le « nom » était quelquefois à peu
près synonyme de la « personne » : Act. 115 (ëyXos évouétwy &get Exatov elxoot — une foule d'environ cent vingt personnes); Apoc. 3*; 1113. Voir les exemples profanes dans Deissmann, Bibelstudien, p. 1435 et Neue Bibelst., p. 24-6. Dans S. Matthieu (10“-2), recevoir quelqu'un cb Ovouua rpopfrou, Ouralou, Lafntod, c'est le recevoir en tant que prophète, juste, disciple. Même façon de parler dans le Talmud; cf. Lightfoot, Horæ hebraïcæ, t. IT, p. 118. L'on connaît l’axiome rabbinique : « Son Nom c’est Lui et Lui c’est son Nom » (mat 11 Na MY). Etant donné le rapport étroit entre le nom et la personne, il ne faut pas s’étonner si la plupart des Pères n'ont vu aucune différence entre « baptiser en (+%) quelqu'un » et « baptiser au nom (eis to Gvoux) de
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