IV. BAIN DES PROSÉLYTES ET BAPTÊME CHRÉTIEN
1. Si la controverse au sujet du baptème des prosélytes dure encore, c’est peut-être parce que le problème est fort mal posé. On confond d'ordinaire deux questions très distinctes : « Les prosélytes avaient-ils à se baigner avant d’être admis à participer aux rites et aux privilèges religieux du judaïsme? » et: « Ce bain avait-il une signification qui l’assimile au baptême chrétien? » Sur la première question, la réponse des historiens devrait être unanime. On peut discuter sur le sens précis des textes d’Arrien (Dissert. Epict., 1, 9) et des Livres Sibyllins (1v, 165 : ëv rotayots Aobauode BAov Détias devéotouy), quoiqu'il soit difficile de n’y pas voir une allusion claire au bain des prosélytes; mais toute la tradition judaïque, à partir du n° siècle, suppose ce bain comme allant de soi, et il n’est pas probable que l’usage s’en soit introduit depuis l'apparition du christianisme. Pour devenir prosélyte, au sens strict du mot, il fallait : 1. la circoncision, 2. le bain de purification (n5a10), 3. un sacrifice. Après la destruction du Temple, la
troisième condition ne fut plus possible pour personne, et, pour les THÉOLOGIE DE SAINT PAUL. — T. I. 26
femmes, tout se réduisit au bain. Le Talmud est formel : Kerithoth, 8la; Yebamoth, 46a. Déjà la Mischna ne laisse aucun doute sur la pratique traditionnelle. Voir les traités Gerim, 1, 1-2; Pesachim, Vi, 8 (= “Eduyoth, v, 2). Ce dernier texte résout un cas de conscience intéressant. Il s’agissait de savoir si un prosélyte circoncis le 14 nisan pouvait manger la pàque. L'école de Schammaï l’y autorisait, pourvu que le même jour il eût pris le bain requis ; l’école de Hillel au contraire assimilait le païen converti à l’homme souillé par le contact d’un cadavre. Les deux écoles considéraient donc le prosélyte comme impur ; Mais, pour Schammaï, c'était une impureté mineure durant seulement jusqu'au soir, à condition de s'être purifié préalablement; pour Hillel, c’était une impureté majeure devant durer sept jours (cf. Num. 19112); mais, pour l’un comme pour l’autre, le bain des prosélytes circoncis allait de soi. :
2. Le « baptême » des prosélytes était donc une purification lévitique destinée à mettre fin à l’impureté légale inhérente à l'état d’idolâtrie d’où sortait le prosélyte. Schürer, Geschichte*, t. III, p. 185, demande en quoi ce baptême différait du baptême chrétien, puisque des deux côtés le nom était identique (nan) et le rite aussi (un bain
- complet). Mais il indique lui-même en note une différence essentielle,
c’est que le baptème des prosélytes tendait à restaurer la pureté lévitique tandis que le baptême chrétien symbolisait la pureté morale [qu’il produisait en la symbolisant], Maintenant, que le choix du symbole ait été suggéré par la pratique juive, c’est possible, mais ce n’est pas démontré. En réalité, le symbole était suggéré par la nature des choses. Un mot du Talmud, s’il était moins isolé, offrirait un rapprochement intéressant avec la doctrine de S. Jean et de S. Paul : « Le prosélyte (13) est comme un enfant nouveau-né » (Yebamoth, 48t). Cf. Joan. 3-12. Voir, parmi les études les plus récentes, S. Krauss, article Baptism dans The Jewish Encyclopedia, t. 11, 1902, p. 499-500; C. Clemen, Das Evang. Christi, Leipzig, 1905, p. 97-102; Isr. Lévi dans Revue des études juives, t. LIII, 1907, p. 59.61; Schürer, Geschichte des jüd. Volkes!, t. III, 1909, p. 181-185, où l’on trouve la bibliographie plus ancienne.