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L'ÉGLISE

Les noms de l'Église. — La race élue était tantôt la vigne gardée et cultivée par Jéhovah, comme dans la célèbre allégorie d’Isaïe à laquelle se réfèrent les Synoptiques!, tantôt

le cep de vigne transplanté en Chanaan et susceptible d’une

croissance illimitée :

« Son ombre couvrait les montagnes,

ses branches ressemblaient aux cèdres de Dieu; elle envoyait ses rejetons jusqu’à la mer

et ses provins jusqu’au grand Fleuve?. »

Saint Jean donne un tour différent à ce symbole si cher aux prophètes; saint Paul lui substitue celui de l'olivier.

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1. Is. 52-7, Cf. Mat. 2128-41 ; Marc. 12 1-9; Luc. 209-16, L'idée la plus approchante dans saint Paul serait 1 Cor. 39 : Dei agricultura (Yewmpyrov) estis.

2. Ps. 79 (80)11-12. La vigne était la reine des plantes (Judic. 912), Pline a dit du cep : Nullo fine crescit.

3. Os. 101; Jer.2?1 ; Is. 273-6 ; Cant. 16 ; 812, etc. — Dans saint Jean (151-5), ce n'est plus Israël qui est la vigne, mais l’épithète de « vraie » montre l’allusion à la vieille allégorie.

4. Rom. 1116-2#, Le nouveau symbole adopté par saint Paul peut s’autoriser de Jer. 1116; Os. 147-9. Tandis que le cep de vigne se propage surtout par boutures et par marcottes, on ente sur l'olivier sauvage des branches d’olivier cultivé. Saint Paul décrit le procédé inverse, comme Origène l’a remarqué dans son commentaire (trad. Rufin) : « Sed ne hoc quidem lateat nos in hoc loco, quod non eo ordine Apostolus olivæ et oleastri similitudinem posuit quo apud agricolas habetur. Iili enim magis olivam oleastro inserere et non olivæ oleastrum solent; Paulus vero apostolica auctoritate ordine commutato res magis causis quam causas rebus aptavit. »Il est donc oiseux de recueillir dans l’antiquité des exemples du procédé décrit par saint Paul. Voir cependant Ramsay, The olive-tree and the wild-olive, dans l’'Expositor, 6° série, t. XI, 1905, p. 16-34, 152-160.

Paul, en effet, se représente le baptème comme une greffe qui, nous enfant sur le Christ, nous fait aspirer la sève divine:; il était donc naturel qu’il conçüt l'Église sous l’image d’un olivier plongeant ses racines dans les profondeurs de l'économie antique et croissant à l'infini par l’adjonction de nouveaux rameaux. L'allégorie est transparente : la « racine sainte et le tronc béni », ce sont les patriarches; l'olivier, c'est l’Église, sortant de la Synagogue par une sorte de processus vital; les rameaux, ce sont les membres de l’'Église, les uns (les chrétiens de race juive) venus naturellement sur l'olivier franc, les autres (les chrétiens de la gentilité) tirés du sauvageon. C'est l'incrédulité qui arrache les premiers; c'est la foi qui greffe les seconds; mais ni les rameaux brisés ne le sont sans espoir, ni les rameaux entés sans crainte de rejet.

Israël était encore la maison, le royaume, le peuple de Jéhovah : Jéhovah était son père, son roi, son Dieu. L'Églisé, héritière de la Synagogue, sera aussi tout cela d’une manière éminente. Le point de départ de la métaphore « maison de Jéhovah » semble être l'idée de famille plutôt que celle d'édifice et tel paraît être le sens des passages de saint Paul qui transfèrent cette figure à l’Égliset. L'Apôtre n'applique guère à l'Église militante la notion de la théocratie juive, car le « royaume de Dieu » a presque toujours chez lui une valeur eschatologique?. Il ne lui donne pas non plus le nom de peuple de Dieu si ce n’est dans les allusions et les réminiscences de l'Ancien Testament*.

Le grand honneur de la nation sainte, c'était d'être la fille et l'épouse de Jéhovah. Mais, en passant dans l’économie

1. Num. 127; Os. 81; Jer. 127. — Cf. Hebr. 36 : « Christus tanquam filius in domo sua, quæ domus sumus nos. » Les domestlici (otxetoi) fidei (Gal. 610) et les domestici Dei (Eph. 219) appartiennent au même ordre d'idées. Ce dernier texte offre un curieux exemple du passage graduel de l'idée de famille (v. 19) à celle d’édifice (avec fondations et pierre angulaire v. 20-21) et de temple (v. 22) dont les fidèles sont les pierres vivantes (auvotxodometole). Les chrétiens sont le temple de Dieu parce que Dieu habite en eux (2 Cor. 616); mais cette habitation de Dieu suggère l’idée d’une construction matérielle qu'on bâtit et qu'on peut détruire (1 Cor. 39-17).

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