‹ La théologie de Saint PaulChapitre 547 sur 630 · PES PA · texte numérisé non relu

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l'Évangile doivent avoir leur part? Dans la première hypo: thèse, le dogme de la communion des saïnts est directemen! enseigné. Dans la seconde, nous apprenons du moins que Jésus Christ a fondé le salut du genre humain sur le principe de la

solidarité et que ses continuateurs doivent partager s ses tra-

vaux pour réaliser ses desseins de miséricorde.

Qui dit solidarité dit réversibihté de mérites et de démérites. Cette idée. était courante chez les contemporains de Paul. Aussi l’Apôtre ne s’attarde pas à la justifier : il affirme que l’église de Corinthe expie par des maladies et des deuil: l’irrévérence apportée par quelques-uns dans la célébration de l’eucharistie !; il affirme que le mari chrétien sanctifie la femme infidèle et que la femme fidèle sanctifie le mar

païen ?; il affirme que l’aumône comble en quelque sorte

l'inégalité entre les disciples, les riches donnant aux pauvres le superflu de leurs biens temporels et les pauvres le leur rendant en biens d'un ordre supérieur. 11 a tellement eonfiance dans cet échange de grâces spirituelles qu'il ne cesse d'implorer les prières de ses correspondants, de leur offrit en retour le secours des siennes et de leur recommander de prier les uns pour les autres : :« Faites en tout temps par l'Esprit toute espèce de prières et de supplications:.. priez pour tous les saints et aussi pour moi, afin que Dieu me donne de parler hardiment et de prêcher avec liberté'le mystère de l'Évangile #, » C’est qu’il compte sans balancer sur l’efficacité des prières auxquelles il attribue sa délivrance, la protection dont Dieu l'entoure, et le succès de sà prédication: Lorsque la supplication acquiert un tel degré d'intensité qu'on peut l'appeler une lutte, un combat”, elle est toute-puissante auprès de Dieu.

La prière des justes n’est pas seulement utile aux vivants, elle est aussi profitable aux morts. Un chrétien d’Éphèse, Onésiphore, venait de mourir après avoir prodigué à Paul les marques les plus touchantes d'affection et de dévouement. Pour payer sa dette de reconnaissance, l’Apôtre ne se contente pas de recommander à Timothée la famille d'Onési-

1. 1 Cor. 1150-82, — 2, 1 Cor.714. — 3. 2 Cor. 818-15, — 4, Eph. 618-19.

5. Rom. 1550 : Topaxal& duâs…. cuvaywviouchai por èv raie mpocevyaic ÜTèp oÙ.

phoré, il recommande lui-même à Dieu l'âme du défunt : « Que le Seigneur lui donne de trouver miséricorde auprès du Seigneur en ce jour-là!. » Plusieurs commentateurs protestants enregistrent le fait d'assez mauvaise grâce et non sans étonnement. Mais qu'y a-t-il de plus naturel, si l'Église est une et si elle embrasse les morts aussi bien que les . vivants? | 3

Situation spéciale des fondations de Paul. — Nous avons dit, dans le premier volume de cet ouvrage, comment les chrétientés fondées par Paul restaient tonjours sous sa tutelle 2. Aucune n'eut de son vivant une organisation autonome. À proprement parler, il en était le seul évêque. Il les administrait par lui-même et les faisait régulièrement visiter par ses coadjuteurs. Silas, Tite, Timothée, Luc, Clément, Crescént, Tychique et plusieurs autres étaient sans cesse en campagne pour y maintenir Pordre, la ferveur et l'unité. Jusqu'au terme de sa carrière, les missions qu'il confiait à ses lieutenants furent temporaires et révocables. Tite, laissé en Crète pour y organiser les églises récemment évan-

gélisées, devait le rejoindre dès l'arrivée d’un suppléant *.

Timothée, qui ne jouissait pas à Éphèse d’une position plus stable, fut bientôt rappelé lui aussi et remplacé, selon toute apparence, par Tychique #. Bref, toutes les fondations de Paul relevaient directement de lui; sur lui seul pesait vraiment « la sollicitude de toutes les églises ? ».

On peut se demander si cette centralisation excessive ne retarda pas l’organisation monarchique dans les fondations pauliniennes et si ces dernières jouèrent le rôle que semblaient leur assigner leur importance locale et leur origine apostolique. Cette question sort de notre cadre. Qu'il suftise de noter qu’en étudiant l'évolution de la hiérarchie dans les églises fondées par saint Paul, on doit s'attendre à rencontrer un système moins uniforme et une période de tâtonnements

1. 2 Tim. 118. — 2. T. I, p. 478-480. — 3. Tit. 312, — 4, 2 Tim. 49-1218, 5. 2 Cor. 1128 : à mLépruva Tac@v TV ÉXXANGLÈV.

plus longue. Ce n’est pas à dire que ces églises fussent privées de tout gouvernement propre. Dès qu'une chrétienté avait franchi le stade embryonnaire, elle recevait des directeurs chargés de sa conduite. C’est ainsi qu’au retour de son premier voyage apostolique, Paul ordonna des anciens dans chaque communauté établie par lui peu auparavant !. Dans l'église de Corinthe, qu'on cite volontiers comme type d’assemblée démocratique, on célébrait l’eucharistie, on faisait des collectes, on jugeait les conflits, ce qui suppose des fonctionnaires régulièrement constitués; mais il est vrai que l’Apôtre garda toujours cette communauté turbulente sous sa dépendance directe ?. À Thessalonique, quelques mois seulement après la fondation de cette église, nous constatons la présence d'ouvriers, de présidents et d’admoniteurs, à qui les fidèles doivent amour, respect et gratitude ?. Nous ignorons s'ils ont assumé spontanément cette charge ou si elle leur a été confiée par l’Apôtre; toujours est-il qu’elle ‘st reconnue et sanctionnée par lui. Une ancienne tradition, vieille déjà du temps d'Origène, regardait Caïus, l’hôte de Paul à Corinthe, comme le premier évêque de Thessalonique #. Cette tradition a toute chance d’être sérieuse, car rien ne faisait penser spécialement à Caïus pour ce poste lointain : seulement on ne dit point et il n’est pas probable que Caïus fût évèque du vivant de Paul. Les Actes des apôtres ne font aucune allusion à l’organisation de l’église de Philippes ; mais comme saint Luc, dans son récit, s’en tient à un petit. nombre de faits représentatifs, son silence ne préjuge rien. En effet saint Paul, environ dix ans après la fondation de cette chrétienté, salue les irisxoror et les diacres conjointement avec les fidèles” ; il appelle Épaphrodite, le délégué des Philippiens, son frère, son collaborateur et son compagnon d’armes ©; il qualifie un autre membre de cette chrétienté d’excellent compagnon de joug’: ce qui porte à croire que ces deux personnages étaient investis d’une autorité officielle.

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