‹ La théologie de Saint PaulChapitre 550 sur 630 · MINISTÈRE ORDINAIRE ET MINISTÈRE EXTRAORDINAIRE · texte numérisé non relu

MINISTÈRE ORDINAIRE ET MINISTÈRE EXTRAORDINAIRE

Nous appelons ministère ordinaire où hiérarchique celui qui est conféré par l'Église visible ou par ses représentants officiels au moyen d’un rite extérieur; ministère extraordinaire où charismatique celui qui est conféré par l'action intérieure et invisible de lEsprit- Saint. L'Église devait bien reconnaître et sanctionner ce dernier ministère, mais elle n’en avait pas l'initiative.

1. Ministère ordinaire. — La désignation du ministre ordinaire s’appelle proprement élection (xetporoviæ). Le mot getporovetv voulait dire à Athènes « voter à mains levées », en particulier « élire quelqu'un à mains levées », dans l'assemblée du peuple. Mais, en dehors des républiques grecques, le sens étymologique se perdit de bonne heure et, à l’époque néo-testamentaire, dans Philon et Josèphe, xetporoveiv signifie couramment « élire de n'importe quelle façon », ou même « désigner, instituer, établir », sans aucune idée accessoire de vote ou d'élection. Cf. Josèphe, Antig. VII, xt, 1; XIIL, 1, 2 (grand-prêtre); VI, x, LE VII, 1x, 3 (roi); Philon, édit. Mangey, t. Il, p. 58 et 76 (Joseph établi gouverneur) ete. — Le mot ne se trouve que deux fois dans le Nouveau Testament, une fois au sens d’élire (2 Cor. 819 : xetporovnbels brd Tüv Ésmnoüv ouvéxdnuos huüv), l’autre fois au sens d'établir (Act. IE zeporovhoavres aûtois xat’ ExxAnolav pscévtépous). Il est rare chez les Pères apostoliques, Doct. Apost. XV, 1 (élire aux fonctions d’irioxoxos et de diacre), S. Ignace, PAül. x, 1; Smyrn. x1, 2; Polyc. vu, 2 (désigner un diacre pour porter un message à Antioche). — Beaucoup plus tard, la langue ecclésiastique revint partiellement à l’acception suggérée par l'étymologie et yeporovetv (avec le substantif {etporovia) se dit soit de l'élection des ministres sacrés, soit de leur ordination par l'imposition des mains, soit des deux actes à la fois. Pratiquement, yetporovla et xetpolesta sont souvent synonymes. — Mais, en soi, l’élection et limposition des mains furent toujours distinctes; et, tandis que la dernière était réservée à ceux qui en avaient reçu le pouvoir, l’autre pouvait être attribuée à la communauté. Le droit sur ce point dut varier dans les diverses églises.

2. Ministère extraordinaire ou charismatique. — En dehors de S. Paul et de la Prima Petri (41°), le mot xéptaux n’a été rencontré que dans Philon (De leg. alleg. 11, 30, Mangey, I, 102), où il semble synonyme de xépw. Les Pères apostoliques et les écrivains ecclésiastiques plus récents, empruntant le mot à S. Paul et l’employant dans un sens très général, ne peuvent nous être d'aucun secours (Clément, Ad Corinth. ‘xxxvin, l; Ignace, Ephes. xvnr, 2; Smyrn. Inscript.; Polyc. 1, 2). Il ne se trouve ni dans Ja Didaché ni dans l'Xpître de Barnabe. Nous avons dit que S. Paul, qui d’ailleurs lui donne les sens les plus variés, s’en sert souvent dans une acception qu'on peut appeler technique pour désigner un don gratuit, surnaturel et passager, conféré en vue de l'utilité commune de l'Église. Cf. t. I, p. 180. D’après lui, chaque

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fidèle possède un ou plusieurs charismes. Il est possible que dans 1 Cor. 77 (Exaoros totov Éyet yépioua ëx Oeoë) charisme doive se prendre au sens plus général de « grâce »; mais dans Rom. 126 (Eyevres Laplopata xarè Tuv yépuv tv dobeïsav futv dtépopa) l'énumération qui suit montre qu'il s’agit bien des charismes proprement dits; or ils sont distribués à chacun des croyants (123 : Exdotw de 5 eds éuéptoev pétpov rlareux). Mëème conclusion à tirer de 1 Cor. 127 (Exdorw dldotat ñ pavépoais toù Ilvebuatos) surtout comparé avec 1211 (Gtarpoëv (dla Exdotuw aaûdbs BobAetai); ce serait faire violence au texte que d'expliquer : « à chacun de ceux qui, en fait, possèdent des charismes ». D'ailleurs cette exégèse forcée ne conviendrait pas à Eph. 47 (£vi d éxdotw fuü&v éd6n A xéets 2aT% To uétpov tie Dopeäs toù Xproroë), où le mot xégts est évidemment employé au sens de charisme. Comparez aussi 1 Petr. 41°. — Parmi les charismes, il y en a plusieurs qui se rapportent directement à l’enseignement et au gouvernement de l’Église. C’est le cas en particulier pour les noms de la liste de l’Épitre aux Éphésiens (4!! : apôtres, prophètes, évangélistes, pasteurs et docteurs), puisque ces charismes sont destinés « à rendre aptes les saints à l’œuvre du ministère, pour l'édification du corps du Christ ». Les pasteurs et docteurs, étant compris sous le mème article défini, semblent appartenir à la même catégorie. Quant aux évangélistes, mentionnés ici seulement, ils paraissent être une simple variété des trois autres charismes entre lesquels règne une sorte de hiérarchie : « Dieu a placé dans l’Église premièrement des apôtres, deuxièmement des prophètes, en troisième lieu des docteurs » (1 Cor. 128). — Il fallait cependant que docteurs, prophètes et apôtres fussent reconnus par l’Église où devaient s'exercer leurs charismes. S. Paul propose dans ce but un critère négatif (l'absence de doctrines pernicieuses, 1 Cor. 12°) et un critère positif (le jugement des autres possesseurs de charismes, Î Cor. 142), critères qui en pratique pouvaient se trouver insuffisants. La Didaché revient sur la question et assigne comme critères : pour le docteur, l'orthodoxie de la doctrine (Mt, 1-2); pour le prophète, une conduite irréprochable et le désintéressement (x, 7-12); pour l’apôtre, le désintéressement aussi et la fidélité à sa mission qui l’obligeait à ne pas séjourner, sans besoin absolu, dans les églises constituées (x1, 4-6).

3. Ministère mixte. — Naturellement, les apôtres et leurs délégués, ou les fidèles quand l'élection leur revenait, choisirent pour les charges ecclésiastiques ceux qu'ils voyaient ornés d’un charisme de gouvernement. Lorsqu'il fut question d’imposer les mains aux sept premiers diacres hellénistes, on eut soin de s'assurer qu'ils étaient « remplis d’Esprit-Saint et de sagesse » (Act. 6%); la mission officielle et la consécration de Paul et de Barnabé eurent la même origine charismatique (Act. 132); Timothée devait son office à la prophétie dont il était doué ou plutôt aux prophéties qui le désignaient (1 Tim. 4!*; cf. L'8), quoique cet office lui eût été conféré par l'imposition des mains de Paul. Dans tous ces cas, il y avait eu intervention de l’Esprit-Saint et on peut croire qu’il en fut de même là où manquent les témoignages explicites; car quelle garantie meilleure pour un bon choix que le témoignage du Saint-Esprit? Par suite, les dignitaires, même élus par les fidèles et établis par les apôtres, n’avaient pas moins été préposés par

le Saint-Esprit au gouvernement des églises (Act. 2028). Il pouvait

donc y avoir dans les communautés naissantes trois sortes de direc- «

teurs spirituels : A) Des dignitaires établis par les apôtres ou leurs délégués en considération des charismes dont ils se trouvaient revêtus (ministère mixte), — B) des personnages investis par les apôtres ou

leurs délégués d’une fonction officielle pour d'autres raisons (par «

exemple à cause de leur influence, de leurs relations, de leur qualité de premiers convertis, etc.); — C) enfin des personnes, hommes ou femmes, qui possédaient un charisme extraordinaire de ministère ou de gouvernement. — À l'origine, les ministères durent être généralement mixtes, en entendant le charisme au sens large qu’il a dansS. Paul. Plus tard, quand les charismes disparurent ou devinrent rares, le ministère ordinaire en tint lieu et survécut seul. La Didachè nous fait assister à la transition : « Choisissez-vous donc des éxloxorc: et des diacres dignes du Seigneur... car ils remplissent, eux aussi, auprès de vous, l'office sacré des prophètes et des docteurs » (xt, 1).

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