‹ La théologie de Saint PaulChapitre 561 sur 630 · Rapport d'identité mystique avec Jésus-Christ · texte numérisé non relu

Rapport d'identité mystique avec Jésus-Christ

k. Rapport de solidarité entre les membres du Christ.

Analyser ces quatre rapports et en déduire les corollaires serait exposer en détail toute la morale de l’Apôtre. Tel n’est pas ici notre but; nous ne voulons que jalonner notre route; mais ce simple coup d’œil nous fera voir à quelles hauteurs Paul s'élève et nous élève avec lui.

1. Entre la filiation adoptive du Nouveau Testament et la filiation théocratique de l'Ancien il y a un abime. La dernière était collective et n’arrivait à l'individu que par l’intermédiaire du peuple élu. C'était proprement Israël et non l’Israélite qui était fils de Dieu. Si quelque personnage de l'antique alliance reçoit ce titre exceptionnellement, c’est qu'il porte sur son front un reflet prophétique du Fils par excellence. Le chrétien, lui, est fils de plein droit et personnellement; l’Esprit-Saint lui met sur les lèvres le nom de Père qui marque ses nouvelles relations avec Dieu; mais, avec les prérogatives de fils, il en assume aussi les devoirs de gratitude, de confiance, d'amour #.

2, L'habitation du Saint-Esprit est tellement voisine de la filiation adoptive qu’elle semble se confondre avec elle. Le chrétien est-il fils de Dieu pour avoir reçu les effluves de l'Esprit ou, au contraire, reçoit-il les arrhes de l'Esprit parce

1. Col. 31-2. — 9, Gal.327; Rom. 1314, 3. Eph. 118; 2 Cor. 318, etc. —4. Rom. 815-117,

qu’il est fils de Dieu? Toujours est-il que la présence de cet hôte divin le consacre comme un sanctuaire ! et crée entre Dieu et lui un lien nouveau, difficile à définir, mais impossible à nier, qui fait dire à saint Jean, au grand scandale des exégètes pusillanimes, qu'avant la glorification du Christ il n’y avait pas encore d'Esprit?. Or toute relation nouvelle est une source de nouvelles obligations : de là, pour le chré-

tien, le devoir de ne pas contrister l'Esprit *, de ne pas étein-

dre l’Esprité, et surtout de ne pas détruire ou profaner son temple. Mais c'est aussi la source de glorieux privilèges. Hôte de l’âme juste, l'Esprit n'y est pas inactif; il y opère les charismes, les dons, les fruits, les grâces d'état: il y verse l’onction et la lumière; il y grave la Loï de Dieu en caractères indélébiles. Ainsi. s'explique le mot énigmatique de saint Paul : « Si vous êtes conduits par l'Esprit, vous n'êtes pas sous La loi6. » Le chrétien peut obéir à la loi sans être sous la loi, parce que la Loi n’est plus pour lui un joug extérieur mais un principe intime qui le guide et le pousse. Loin de l’asservir et de l’accabler, « la loi de l'Esprit de vie l’affranchit de la loi du péché et de la mort ? ».

3. Le rapport d'identité mystique avec Jésus-Christ est un mobile encore plus puissant. On a prétendu à tort que saint Paul, à la différence des évangélistes, ne propose pas à notre imitation la personne de Jésus-Christ. Mais, s’il est faux qu'il ne nous donne pas le Christ pour modèle, il est vrai qu'il aime à s’interposer entre le Christ etnous, comme une vivante image du Maître. Il dit volontiers : « Imitez-moi comme j'imite le Christ $. » L'exemple est le plus court et le plus efficace des enseignements. On peut affirmer que sa vie entière fut une perpétuelle morale en action. Ce qu'il y à de curieux dans cette prédication muette, c’est qu'elle était un

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