I. POINTS DE CONTACT AVEC L'ESCHATOLOGIE JUDAÏQUE
Difficulté du sujet. — Sous le nom compréhensif d’eschatologie, on désigne souvent la mort et l’état intermédiaire qui l'accompagne, la parousie avec ses signes avant-coureurs, la résurrection et le jugement, la rétribution des bons et des méchants, la consommation des choses. On réserve le nom spécial d’apocalypse à la crise morale et religieuse qui précédera le dernier jour, avec ses phases préliminaires et la lutte dramatique engagée entre les puissances célestes et infernales au sujet du genre humain. Ces termes sont passés en usage et nous les emploierons, pour abréger le discours, concurremment avec celui de « fins dernières » qui embrasse, outre les destinées individuelles, le sort final de l'humanité et la transformation définitive de l'univers.
On sait que l’enseignement eschatologique de saint Paul suivit une marche nettement décroissante. Après avoir joué un si grand rôle dans les lettres aux Thessaloniciens et rempli encore une place notable dans les grandes Épitres, il ne parait plus qu’incidemment et à de longs intervalles dans les écrits de la captivité et dans les Pastorales!. À partir du jour où la théorie du corps mystique a été gravée en haut relief, elle concentre toute l'attention : l’eschatologie n’est plus désormais que l'aboutissement normal, le couronnement régulier,
1. Les principaux textes eschatologiques sont, par ordre de date : 1 Thess. 1n5-56: 2iThess. 1412; 2-8, 1 Cor. 15; 2 Cor. 51-10; Rom. 817.23 ; 1125-29; Phil. 321; 2 Tim. 418.
de la vie morale. Loin d'être la partie la plus originale de la théologie de Paul, l’eschatologie n’en serait qu'un appendice de peu d'intérêt si.elle ne se rattachait d’un côté à l’enseignement primitif des apôtres et par là même à la première transfiguration des espérances juives, de l’autre à la doctrine du Corps mystique dont saint Paul a fait son particulier apanage. Nous en esquisserons les traits les plus saillants en les groupant sous quatre chefs : I. Points de contact avec l'eschatologie judaïque. — II. Mort et résurrection. — IT. Parousie et jugement. — IV. Consommation des choses.
Si la connaissance précise du milieu néo-testamentaire n’est nulle part plus désirable à l'historien des origines du christianisme que dans les questions d’eschatologie, nulle part aussi elle n’est d’un plus difficile accès. Les écrivains hellénistes de cette époque, Philon et Josèphe, jaloux d’accommoder la pensée juive, l’un au goût de ses lecteurs païens, l’autre aux postulats de la philosophie grecque, n’ont pu que l’altérer, la voiler ou l'atténuer. Les productions du rabbinisme, d’une date si incertaine et en général si tardive, ne doivent être utilisées qu'avec uneextrême circonspection. Seraient-ils du premier siècle, comme on le croit communément, et non pas du troisième, comme le soutiennent avec vigueur quelques récents critiques, les Targums d’Onkelos et de Jonathan nous fourniraient peu de lumière sur l’eschatologie contemporaine, car l’un, même en paraphrasant, n'entend pas abandonner son rôle d’interprète, et l'autre n’est qu’un traducteur exact jusqu’au scrupule. Les sources les moins troubles des traditions judaïques — je parle de la Mischna, écrite apparemment au déclin du second siècle, et de la Tosephta, rédigée peutêtre à l’aube du troisième — vu leur caractère de pandectes, ne touchent que très incidemment à l'eschatologie. C’est dans la Ghemara des deux Talmuds et dans les Midraschim que les idées eschatologiques coulent avec le plus d’abondance ; mais qu'on lise la Jüdische Theologie de Weber ou tout autre ouvrage semblable et l'on verra ce qu'on peut tirer de ce fatras confus, incohérent et contradictoire.
Restent les apocalypses juives, si nombreuses aux environs de l'ère chrétienne. Ici encore, nous sommes assaillis par des
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