‹ La théologie de Saint PaulChapitre 589 sur 630 · Cor · texte numérisé non relu

Cor

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gnement de Paul qu'il était possible et qu'il sera de fait le lot de la dernière génération des justes, se mirent à le dé- sirer. L'Apôtre ne les en blâme pas, car ce désir est au fond de notre nature : « Nous ne perdons pas courage — dit-il en parlant de lui-même et de ses compagnons d’apostolat — mais, bien que notre homme extérieur tombe en ruines, notre [homme] intérieur se renouvelle de jour en jour!. » C’est l'espérance qui les soutient : « Car nous savons que si la tente de notre maïson terrestre est détruite, nous avons une demeure {faite ou donnée] par Dieu, spirituelle, éternelle, dans les cieux. C’est pourquoi aussi nous gémissons, désirant ardemment revêtir par-dessus [le corps périssable] notre demeure du ciel... Oui, nous qui sommes dans la tente [de ce corps périssable], nous gémissons dans l’accablement, parce que nous ne voulons pas être dépouillés maïs revêtus [d’immortalité] par-dessus [le corps actuel], afin que ce qu’il y a de mortel [en nous] soit absorbé par la vie [glorieuse]. Or, celui qui nous a disposés à cela, c’est celui-là même qui nous a donné les arrhes de l'Esprit ?. » Grande est la difficulté de ce

passage, indépendamment d’une incise que nous omettons’

maintenant parce qu’elle réclame un examen spécial. La difficulté naît partiellement d’un manque d'harmonie dans les métaphores, Paul se représentant tour à tour notre corps sous l’i-

mage d’un habit etsous celle d’une demeure et mêlant quelque-

fois ensemble les deux représentations; mais elle tient encore à d’autres causes. C’est ici le cas de recourir au principe d’exé-

gèse en vertu duquel ce qui est obscur s'explique par ce qui

est clair. Or Les deux points suivants paraissent hors de doute : 4. « La tente de notre habitation terrestre » désigne le corps

humble, vil et corruptible, qui est ici-bas le séjour de l'âme.

— 2, Nous voudrions ne pas être dépouillés de ce corps, tout abject qu'il est; nous redoutons pour notre âme une nudité contraire à sa nature et à ses aspirations; nous désirons en conséquence revêtir notre vêtement céleste sans quitter notre vêtement terrestre. Telle est la valeur exacte du mot grec (ërevdÜcacôa — mettre par-dessus), intraduisible en français.

1, 2 Cor. 416, — 2. 2 Cor. 51-5, Voir la note Z:, p. 517-520.

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À quoi répond le vêtement céleste? Que signifie la demeure |

éternelle qui est dans les cieux? Ici commencent les controverses. Repoussons d’abord sans hésitation une hypothèse émise par un petit nombre d’exégètes hétérodoxes et même par un ou deux commentateurs catholiques. Les justes recevraient au baptême le germe d’un corps glorieux qui se développerait dès ici-bas par l'usage des sacrements et surtout de l’eucharistie; ce corps provisoire suivrait l’âme après la mort et serait échangé plus tard, au moment de la résurrection générale, contre le corps définitif. Il n’y a pas trace dans saint Paul de cette conception bizarre. Les justes, en mourant, émigrent du corps; en ressuscitant, ils reprennent leur corps transfiguré; nulle part, il n’est question d’un corps intermédiaire entre le corps périssable et le corps glorifié. Cette hypothèse une fois écartée, deux opinions restent en présence. Selon les uns, la demeure spirituelle désigne par métaphore le corps glorieux; au gré des autres, elle exprime la gloire céleste. La première interprétation est la plus commune. Puisque « la tente terrestre » représente le corps mortel, n'est-il pas naturel que « la demeure céleste » représente le corps glorieux? Sans doute nous ne le possédons pas en fait aussitôt après le trépas, comme semble l'indiquer la proposition conditionnelle de l’Apôtre; mais nous le possédons dès lors idéalement, on peut dire que nous y avons droit: nous le possédons, non pas avec la certitude relative de l’espérance, mais avec la certitude pleine et absolue d’une créance à recouvrer. Or l’Écriture exprime couramment par un verbe au présent la certitude d’un bien à venir. La seule difficulté sérieuse, c’est qu’en réalité nous ne revêtons pas le

corps glorieux par-dessus le corps mortel : ée ne sont pas !

deux choses entièrement distinctes; les éléments matériels sont communs aux deux; seule, la manière d’être diffère. Cette difficulté n'existe point dans la seconde opinion. L'âme sainte revêt réellement la g loire céleste dès que le corps mortel est séparé d'elle; et les justes témoins de la parousie revêtiront cette même gloire par-dessus leur corps véritable dont ils n'auront jamais été dépouillés. L'allégorie s'harmonise donc et le langage de Paul est d’une rigoureuse exacti-

ne un à

tude. Si nous mourons, nous avons aussitôt notre vêtement de gloire (24v... #youev); et si nous vivons jusqu'au dernier jour, la gloire nous enveloppera comme d’un manteau royal, selon le désir que le Saint-Esprit allume dans nos cœurs (ob Béhouev Endboacdar SAN Exevdioacha), afin que ce qu'il y a de mortel en nous soit absorbé par la vie.

Ill. LE JOUR DU SEIGNEUR.

La parousie. — Parousie, littéralement « présence » et par extension « venue »,est un terme technique usité dans le Nouveau Testament pour désigner le second avènement de Jésus-Christ, qui s'appelle aussi « la révélation » ou « l’apparition » ou « le jour du Seigneur ! ».

Au moment où saint Paul écrivait ses lettres, on nommait « parousie » la visite solennelle d’un souverain ou de quelque grand personnage, en particulier de l’empereur lui-même. Cette circonstance extraordinaire, célébrée par des fêtes, des jeux, des sacrifices, perpétuée par des statues, des fondations, des médailles commémoratives et quelquefois par l'établissement d’une ère nouvelle, était de nature à frapper l'imagination des peuples et laissait un souvenir durable dans la mémoire des hommes ?. Aucune expression ne convenait donc mieux au retour triomphal du Christ venant inaugurer son règne.

1. Parousie et synonymes. — A) Ilapouoia (du Christ ou du Seigneur) 1 Thess. 219; 318; 415; 523; 2 Thess. 21°8; 1 Cor. 1523: Jac. 57°8; 2 Petr. 116; 34:12: 1 Joan. 2%; Mat. 243-27-37:39, Le mot s'emploie aussi pour la visite, la présence d’autres personnes : Stéphanas (1 Cor. 1617), Tite (2 Cor. 767), Paul (2 Cor. 1010; Phil. 126; 212), l'Antéchrist (2 Thess. 29). — B) ‘Huépa (du Seigneur) 1 Cor. 18: 55; 2 Cor.11#;1 Thess. 52; 2 Thess. 2? (du Christ); Phil. 161:1; 216 (le Jour par antonomase), 2 Thess. 410: 2 Tim. 112-18; 48 (ñ huépa Exeivn); 1 Cor. 315 (à väp Auépa niboer). CF. Rom. 216 et 1317; 1 Thess. 54, Ailleurs, Act. 220; Hebr. 1025 (Blénete Eyyitouoav av Auépav); 1 Petr. 310-1?; Apoc. 1614 (roÿ @soÿ). — C) ÆEruodverx, 1 Tim. 61*,2 Tim. 110; 418; Tit. 218.

À noter 2 Thess. 28 (tÿ émipavela thç mapouaia adroÿ). — D) ’Aroxduue, 1 Cor. 12592 Thess: 17. Cf. 1 Petr. 17:13; 48,

9, Voir à ce sujet Deissmann, Licht vom Osten, Tubingue, 1908, p. 270. — La parousie de Saitapharnes à Olbia (rrr° siècle av. J.-C.) coûta 900 pièces d'or. Dittenberger, Sylloge ?, n° 226, L. 85-86. — Le texte suivant de Polybe est doublement intéressant pour nous (Hist. XVI, 31) : &TOxApPAÜOKELV TAV ’Avruéyou mæpouctæav. Le mot änoxapadoxia est employé deux fois par saint Paul (Rom. 81°; Phil. 120), une fois au moins dans un sens eschatologique.

La parousie emprunte largement la mise en scène et le. coloris du jour de Jéhovah dont elle est la réalisation typique. Des deux côtés, le jour du Seigneur clôt l’histoire de l'humanité et marque la fin des âges. Des deux côtés, le jour du Seigneur paraît proche, sans qu'on puisse dire s’il l’est en

effet ou si l'illusion tient au style prophétique qui, supprimant

les perspectives, projette sur le même plan des événements éloignés. Des deux côtés, le jour du Seigneur arrive escorté d’un apparat redoutable, s'annonce par des convulsions cosmiques et laisse la nature entière purifiée et renouvelée.

Des deux côtés enfin, le Seigneur se présente comme juge, . Sauveur et vengeur : juge universel, sauveur des siens, vengeur des opprimés. Mais, à la différence du jour de Jéhovah, la parousie se lie toujours intimement à la résurrection des morts ; le caractère en est plus spirituel; c'est le Christ, plutôt que Dieu, qui prononce le jugement. |

Dans toute prophétie et toute apocalypse, la part du type, du symbole et de l'allusion aux prophéties antérieures, est difficile à démêler. Ni la prophétie ne devrait s'expliquer comme un récit historique, ni l'apocalypse comme une prophétie ordinaire. Ce genre littéraire comporte des symboles traditionnels qu’il serait dangereux de prendre à la lettre et dont le sens, conditionné par une série de prédictions plus anciennes, reste toujours mystérieux et flottant. Comme toutes les compositions de même espèce, l'apocalypse de Paul se fait l'écho d’autres apocalypses. On y trouve en foule des réminiscences de Daniel, d’Isaie, d'Ézéchiel, des Psaumes, avec divers traits empruntés au discours eschatologique de Jésus. Difficulté toute spéciale : elle se réfère à un enseignement oral dont nous ignorons la teneur.

Le décor extérieur de la parousie est à peu près le même que dans les Synoptiques. L’éclat de la trompette convoque morts et vivants aux grandes assises de l'humanité ; le Fils de l'Homme s’avance, avec les anges pour escorte et les nuées pour char; un coup de théâtre change en un clin d'œil la face du monde et remplit les spectateurs de surprise, de consfternation et d’effroi. Le bouleversement physique de l'univers, si accusé dans l’eschatologie des prophètes, est à

peine indiqué par saint Paul et nous ne trouvons chez lui aucune trace certaine du feu de la conflagration, dont la

première Épitre de saint Pierre fait le dramatique tableau !.

Des trois signes avant-coureurs de la parousie — en dehors des phénomènes physiques — la conversion finale des Juifs est spéciale à Paul, l’apostasie générale est commune à tous, et il en est probablement ainsi de l'apparition de l’An-

téchrist, bien que les Synoptiques parlent d’une multiplicité

de faux Christs et que saint Jean semble partager entre plusieurs personnages le rôle assigné par saint Paul à l'Homme d'iniquité, au Fils de perdition. Comme saint Jean nous

apprend que la venue d’un Antéchrist unique faisait partie

de l’enseignement des apôtres, on peut admettre que les

4. Voici les traits relatifs au sapréme appel et au cortège triomphal.

A) Le suprême appel. — a) Le commandement (1 Thess. 416 : aÿrèc 6 Kôpuos êv xeletopurt xaTubñoeTat &r’odpavoÿ). Kékevoua désigne le cri par lequel on excite des animaux (chevaux, chiens etc.) ou des hommes (matelots, soldats etc.). Qui pousse ce cri? Est-ce Dieu donnant au Christ le signal de la parousie (Tillmann, Die Wiederkunft Christi, p. 152)? Est-ce le Christ rassemblant les anges de son escorte (Wohlenberg, Thessalonicherbriefe, p. 100)? — b) La voix de l'archange (1 Thess. 416 : y pwvÿ &pxayyékou). On s'accorde à croire que c’est Michel. Cf. Dan. 1021; 121. — c) Le son de la trompette (1 Cor. 1552 : év rÿ écxdrn odhmeyyt. — 1 Thess. 416 : &v od\mryyr Oco). La trompette annonçait d'ordinaire les théophanies, Ex. 1915-16; Ps. 46 (47)6; 18. 2718; Joel, 21; Soph. 116; Zach. 914. Mais ici elle sonne l’appel des morts. Cf. Mat. 2431. Elle est dite dernière, non qu’elle soit la dernière d’une série mais parce qu’elle retentira au dernier jour. Elle est dite de Dieu parce qu’elle proclame l’ordre de Dieu. La note d'Estius est sage : « Significatur metaphorice signum aliquod universale, evidentissimum et præclarissimum, quo velut instrumento divinæ virtutis omnes mortui suscitandi sunt ad vitam

etconvocandi ad tribunal judicis Christi, quomodo tubæ sonitu solebat olim

populus convocari. » Cf. S. Augustin, Epist. ad Honorat. cap. 34.

B) Le cortège. — a) Anges (2 Thess. 17 : per’ &yyélov duvapeuws adroÿë). C’est l’escorte ordinaire de Dieu et du Christ juge, Mat. 255! ; Marc. 858; Luc. 926 etc. — b) Saints (1 Thess. 315 : perà mévrwy Tüv &yiwv adroÿ). L'allusion à Zach. 145 (na HËer xÜpros 6 Oedc al mévrec of LOL ET” airoù) semble manifeste. Mais, de ce que dans le texte de Zacharie et ailleurs les saints désignent les anges, on ne peut pas conclure (avec Lüdemann, Bornemann et d’autres exégètes) qu'ilen soit de même dans S. Paul. Le mot saints, pour signifier les anges, est sans exemple dans le Nouveau Testament. Il s’agit donc des

. âmes de {ous les élus (æévrwv), qui accompagneront le Sauveur et repren- * dront leur corps au signal donné. — c) Les nuées (1 Thess. 417) font partie

du décor de la parousie (Mat. 2430; 2664; Marc. 1326; 1462; Luc. 2127) comme en général des théophanies. — d) Le feu aussi (1 Cor. 313: ëv rupi àToxa-

x6mcera, — 2 Thess. 18 : év mupl ghoyos didovros Exdixnouv). CF. Act. 750 (le buis-

son ardent); Ex. 1911-18-16-17:18 (apparition du Sinaï, avec les principaux traits des théophanies : trompette, voix, nuée, feu). Sur ce feu voir t. I, p. 138.

LE JOUR DU SEIGNEUR. BA ere

antéchrists multiples étaient considérés comme les suppôts ou les précurseurs du grand adversaire !.

Le jugement dernier. — Ayant déjà parlé des deux points particuliers à l’apocalypse de Paul — l'obstacle mystérieux | qui s'oppose à la manifestation immédiate de l’Antéchrist et le privilège des justes témoins de la parousie — nous n’ajouterons que peu de mots sur le jugement dernier, où d’ailleurs la théologie paulinienne ne présente rien de bien original. Le jugement est si intimement lié à la parousie qu'il est impossible de séparer ces deux scènes d’un même drame réunies par l'Église sous un même article du symbole. Jésus-Christ vient et il vient pour juger les vivants et les-morts. Les apôtres ne manquaient pas de faire entrer ce dogme dans leur premier discours aux païens : saint Paul avec plus d’insistance que les autres parce que, au moins au début, il donnait à la parousie un très grand relief.

Le jugement sera universel et fondé sur les œuvres : « Tous nous devons comparaître devant le tribunal du Christ, afin que chacun y recoive la rétribution de ce qu'il a fait pendant qu’il était dans le corps, soit en bien soit en mal 2. » Il ne s’agit ici que des adultes, seuls capables d'actions morales; et malgré l'autorité de saint Augustin qui a entrainé

1. Les signes avant-coureurs du dernier jour sont : A) L’apostasie générale (2 Thess. 2 : éèv à En À érootacta rp@rov). Ce n’est pas une défection polilique, comme l'ont cru plusieurs Pères, car S. Paul se tient ici constamment sur le terrain religieux, ni une hérésie au sein du Judaïsme, comme le pensent plusieurs commentateurs modernes réfutés par Tillmann (Die Wiederkunft Christi, 1909, p. 131-133) mais une apostasie de la foi chrétienne, prédite par J.-C. dans le grand discours eschatologique (Mat. 2412; Luc. 188)et annoncée aussi par S. Paul (2 Tim. 31-10), — B) L’Antéchrist (2 Thess. 25-8 : « l’homme de perdition, l'homme d’iniquité, l'inique »). Ce n'est pas Satan en personne, Car il est expressément distingué de Satan (2 Thess. 22), ni Bélial non plus (2 Cor. 615), quoi qu’en dise Bousset (Der Antichrist in der: Ueberlieferung des Judentums, des Neuen Testaments und der alten Kirche, Geœttingue, 1895, p. 99). C’est un être personnel comme l’indiquent ses titres, en particulier sa qualité d'adversaire du Christ. L’apostasie dont il est parlé ci-dessus préparera les voies à l’Antéchrist (2 Thess. 27) qui à son tour propagera l'esprit de séduction et d'erreur (2 Thess. 21012), H. Kellner (Jesus von Nazareth und seine Apostel im Rahmen der Zeitgeschichte, Ratisbonne, 1908, p. 320) a renouvelé l'hypothèse de Grotius identifiant l'Antéchrist avec Caligula et l'obstacle avec Pétrone, gouverneur de Syrie. Mais Caligula était mort depuis environ dix ans quand saint Paul écrivait. Sur l'obstacle qui s'oppose à l'apparition de l’Antéchrist, voir t. I, p. 115-117 et 120. — C) La conversion des Juifs. Voir t. I, p. 369-370,

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