I. TENTE TERRESTRE ET DEMEURE CÉLESTE
2 Cor. 51 : Oïôauev yap OT Eav À Scimus enim quoniam si terrestris niyeroc Au@v oixia rob oxnvouc xara)ul%, domus nostra hujus habitationis disoixodouñv ëx Ocoù Éyoyev, oixiav äyespo- solvatur, quod ædificationem ex Deo Tointoy œiwvrov Èv Tois oÙpavotc. habemus, domum non manufactam,
æternam in cælis.
Quelques particularités rendent la Vulgate obscure : le quod est superflu et ne fait que troubler le sens; le quoniam doit s’entendre au sens de que (ëtt); aulieu de terrestris domus nostra hujus habitationis, il faudrait plutôt terrestris domus nostra lentorii pour maintenir l’antithèse qu’on peut mettre ainsi en relief :
‘H oixiæ (La maison) Oixodouñ (Une demeure)
rod cxfvouc (qui est une tente) &yetpomoinros (spirituelle) rp6oxapos (transitoire) oiwvtoz (éternelle)
ëmtyesos (terrestre) êv voïç oùpavois (dans les cieux) uoy (qui est à nous). ëx @coù (qui vient de Dieu).
La fin du chapitre précédent était déjà dominée par le contraste entre le périssable et l’incorruptible, entre ce qui passe et ce qui durera toujours, entre les tribulations du temps présent et la gloire du siècle à venir (416-18). L’Apôtre précise maintenant ces espérances. « Nous savons, dit-il, de science certaine (otapev), que si notre corps mortel (ñ éxéyetos Auwv olxlx voù oxfvous — « notre maison terrestre [qui n’est qu'une] tente » fragile) tombe en dissolution, nous avons dans le ciel une habitation [construite] par Dieu, une demeure éternelle, impérissable (&yetorotnrov — non faite de main d'homme). » On voit : a) que 705 oxfvous est un génitif d'apposition, b) que x @<08 dépend de oixo- Soufv et non de Éxopev, Ce qui détruirait l'harmonie du contraste; c) que &v odpavots se rapporte à Éxomev pour contraster avec Exlyetos.
Qu'est-ce que la demeure céleste? Un certain nombre de commentateurs latins, ayant à leur tête S. Thomas, veulent que ce soit la gloire des élus (Summa, Supplem. qu. LxIX, à. 2; Contra Gent. 1, 91; Contra Græc. 9 et Comment. « Si corpus dissolvatur, id est corrumpatur per mortem, habemus statim, non in spe sed in re, meliorem domum, id est gloriam cælestem, non corpus gloriosum »). Ils se fondent sur le présent habemus, qui coïncide pour le temps avec le conditionnel si . dissolvatur. IL faut convenir que cette explication cadre bien avec la figure (revêtir la gloire céleste par-dessus le corps actuel) et qu’elle fournit aux chrétiens affligés un puissant motif d'espérance. Néanmoins l'explication ordinaire, qui est celle des Pères grecs, de la plupart des
latins et de presque tous les exégètes modernes, doit être maintenue : la demeure céleste est le corps glorieux. Estius paraphrase ainsi : « Certa fide persuasi sumus nos ministri novæ legis, quod posteaquam domus nostra terrestris hujus tabernaculi dissoluta seu destructa fuerit (id est corpus hoc nostrum, in quo velut in tabernaculo moramur ad tempus super terram, morte fuerit dissolutum), habituri sumus ædificium in cælis à Deo nobis præparatum, domicilium, inquam, non manufactum (id est factum non opere humano) qualia sunt quæ sibi manibus suis ad exiguum tempus duratura construunt homines in terris, ut illis merito comparentur corpora nostra mortalia tanquam et ipse sint manufacta, sed opere divino, supra naturæ facultatem, corpus videlicet gloriosum, immortale, æternum. »
II. DÉSIR DE REVÊTIR LE CORPS GLORIEUX SANS DÉPOUILLER LE CORPS ACTUEL.
2 Cor. 5? : Kai yàp v roûtw orevt- Couev, To oixnthprov AuGv To £Ë oùpayvod érevouoac0ar émimoPovres,
3 el ye xai évdvoduevor où yuuvot eûpe- Oncôpeba*
AÉS ee EN er ;
Hat yap OÙ GvrEc EV To oxnvet oTevéto- UEv Bapoüuevor, èp & où Bélouey Exdv-
caca GXV énevdtoacôa, va xatonobt
? Nam et in hoc ingemiscimus, habitationem nostram, quæ de cælo est, superindui cupientes,
3si tamen vestiti, non nudi inveniamur. *
# Nam et qui sumus in hoc tabernaculo, ingemiscimus gravati : eo quod nolumus expoliari, sed super-
TÔ OvnTov Ürd Tic Lwñc. vestiri, ut absorbeatur quod mortale est, à vita.
5 Qui autem efficit nos in hoc ipsum, Deus, qui dedit nobis pignus spiritus.
5 O Gè xarepyaoduevoc fus sic adrd toùto Oe6s, Ô dobc Av Tov appañüva Tod TVEULATOG.
On remarque tout d'abord que le v. 4 est la reprise développée du v. 2. Les mots xa yés (car aussi) montrent que ces versets ne sont pas un simple éclaircissement ou une pure justification du v. 1, mais qu'ils contiennent une idée nouvelle. Les mots àv roërw sont pris par quelques commentateurs au sens local (Meyer, Cornely, etc.) : « dans cette tente, dans ce corps », en suppléant oxfve du v. 1 et en comparant le v. 4 : ëv to oxfver orevétopev. Cependant la plupart les considèrent avec raison comme signifiant : « à cause de cela » (de ce qui vient d’être dit) ou plutôt : « à cause de ceci » (de ce qui va suivre).
Le désir que nous éprouvons est de revêtir le corps glorieux pardessus le corps actuel (èxevdioasdat), nous ne voulons pas étre dépouillés (éxè6oasd) de ce corps mortel, de manière à nous trouver nus (youvoi, v. 3). Ce désir qui nous presse (ëxtofoëvres) et nous arrache des gémissements (èv toltw... orevétouev), avec la répugnance qui naît de ce désir (ëp° & où 0éopev), nous causent une véritable angoisse (Bapoëmevot). Si ce désir se réalise, ce qui est mortel en nous sera absorbé par la vie (va xataro0ÿ td Ovnrbv drd tic tofs) : et c’est justement ce à quoi nous aspirons. En d’autres termes, l’Apôtre et les fidèles désirent vivre jusqu'à la parousie, où les justes encore vivants seront revêtus de gloire Sans dépouiller leur corps (1 Thess. 417(15); 1 Cor. 1552-5t), Cette opération s'exprime ailleurs (1 Cor. 15%) par le verbe simple (èv365xoûat)
Dr RTE LU er er . " : ARS æ re LI = NOTE Z. — LE CORPS GLORIEUX DES ÉLUS. 519
parce que là c’est le composé humain (vd pÜapthv toûto) qui aspire à revêtir l'immortalité, tandis qu'ici c’est l’âme (ou l’homme intérieur, 2 Cor. 416) qui désire revêtir son vêtement supérieur (la gloire ou le corps glorieux) sans quitter le vêtement inférieur (le corps actuel).
Le v. 3 est expliqué de facon très diverse par les exégètes anciens et modernes; mais comme il ne modifie pas les résultats acquis, de quelque manière qu’on l’entende, on pourrait, à la rigueur, en faire abstraction. Tout d’abord, la leçon occidentale ëxôvoduevor (pour vdvodpevot) est trop faiblement attestée pour avoir chance d’être authentique. Bisping est, parmi les modernes, presque le seul à s'y rallier. Nous regardons aussi comme certain que la double métaphore « vêtus » (vOuoduevor) et « nus » (yvuvot) doit se prendre au sens physique (revêtus, dépouillés du corps) et non au sens moral (revêtus, dépouillés de vertus et de bonnes œuvres) : ce qui répandraitsur tout le contexte une inextricable confusion.
L’explication ordinaire est la suivante : Nous désirons revêtir le corps glorieux par-dessus le corps actuel, « si toutefois [au moment de la parousie] nous sommes trouvés revétus [du corps actuel] e{ non pas nus [dépouillés par la mort de cette enveloppe mortelle]. » Le sens est tellement simple et naturel qu’on ne saurait s’étonner de le voir adopté par tant de Pères (Tertullien, saint Jérôme, saint Cyrille d'Alexandrie etc.) et de commentateurs catholiques (Estius, Cornely, Corluy, Spic. t. I, p. 232 etc.) et protestants (Grotius, Bengel, Meyer etc.). Second et Crampon s'accordent à traduire : « si du moins nous sommes trouvés vêtus et non pas nus ». La survivance jusqu’au moment de la parousie est en effet la condition indispensable à la réalisation de notre désir. Quelque simple que cette explication paraisse, elle ne va pas sans difficultés au point de vue philologique. Elle exige qu’on regarde où youvot comme synonyme de évbvoguevot, construction singulière qui n’a pas son pendant dans les phrases dont on la rapproche pour la justifier, 1 Cor. 3° (yékx où Bpoua); Rom. 2? (ëv ueduart où yeépuart); 1 Thess. 217 (roosbrw 09 xapôt4). Surtout elle oblige à prendre adjectivement évôvauevor, ce qui serait possible avec le participe parfait évüeduuévor, mais non, semble-t-il, avec le participe aoriste. Ce dernier garde toujours sa valeur de participe et, joint à un verbe au futur, il prend le sens du futur passé ; il devient alors sujet au lieu d’être attribut.
L’autre explication évite toutes les difficultés philologiques, mais le sens qu’elle offre est un peu embarrassé. Le v. 3 n’est plus la condition à remplir pour la réalisation du désir énoncé au v. 2, mais l’objet même de ce désir ou, si l’on veut, la circonstance qui rend cet objet désirable. On peut traduire : [Nous désirons revêtir le corps céleste sans quitter le corps mortel], attendu que, une fois revétus [de ce corps céleste] nous ne serons pas trouvés nus (dépouillés de notre corps). L’on voit que, dans cette explication : 1. elye n’a pas un sens dubitatif mais un sens affirmatif sous la forme dubitative du style indirect (non pas si tamen mais siquidem, sens que possède réellement etys); — 2. évdvoauevot équivaut à éxevdvaduevot et le participe aoriste en concordance avec le futur sbpcünoôue0 équivaut au futur passé (quand nous aurons été revêtus); — 3. oùx ebpelnodpeta à la valeur de oùxért (nous ne serons plus trouvés) : une fois revêtus de notre corps céleste, nous ne risquons
plus d’être trouvés sans notre corps, puisque la mort n’est plus à craindre.