I. L'HOMME DANS SES RAPPORTS AVEC LE CHRIST
AL La nature humaine. — La psychologie paulinienne est t fonciè- |
| rément biblique (II, 67-8). Le cœur y résume toute l’activité sensible, intellectuelle et morale (Il, 68-9), tandis qu’à la tête appartient non
seulement l'impulsion et la direction mais le principe et la mesure de la croissance (I, 423; II, 69-70). Cependant l'influence hellénique s’y
révèle par l’usage des mots « conscience » (II, 70-1) et « raison » (II, 72) et peut-être aussi par l’opposition entre « l’homme extérieur » et
« l’homme intérieur » (II, 72-3). Ce qui la caractérise le mieux, c’est l'unité du composé humain formé par la fusion intime d’un élément matériel, la chair ou le corps, et d’un élément formel, l’âme ou l'esprit (II, 73-8). Elle se distingue ainsi du dualisme platonicien et de l’éclectisme flottant de Philon (II, 78-9). Il y a lieu d'étudier de plus près les quatre notions suivantes : le « corps » (C2, 105), la « chair » (C:, 106-7), l’ « âme » (C:, 107-8), l’ « esprit » (C:, 108-110). — Le spectacle de la création conduit spontanément l’homme à la connaissance de Dieu
. (E, 267-270; K, 277) et le témoignage de la conscience est pour lui une
promulgation intérieure de la loi naturelle (I, 270-2; K, 277-8).
2. L'homme et le péché. — À) L'origine du péché. — Un fait d’expérience vulgaire, confirmé d’ailleurs par l’Ecriture, c’est la domination universelle du péché (I, 272-6; II, 84-7). Le récit de la Genèse, que
l’Apôtre suppose connu de tous ses lecteurs, nous apprend comment le
péché est entré dans le monde et, avec le péché, la mort (II, 79-81). Sur ce fondement, S. Paul établit deux thèses : Le péché dérive d'Adam
(II, 81-3) et la mort dérive du péché (I, 83-4 ; II, 222-302). Toutefois dans
le passage classique où il traite la question ex professo, Rom. 51?21, son but est moins de prouver l'existence du péché originel que de montrer comment Jésus-Christ est l’antithèse vivante d'Adam (I, 292-302). L'idée de la chute était en effet assez familière aux contemporains de $S. Paul (M, 305-6) et même l’idée d’un second Adam relevant les ruines du pre-. mier ne semble pas leur être restée tout à fait étrangère (M:, 2614). Quoi qu’il en soit, l’Apôtre se plait à développer le contraste des deux Adam eninsistant sur ce point que, le rôle historique du premier une fois admis, la mission du second devient très rationnelle (M, 3035; II, 249-254; M:, 264-5).
B) Le règne du péché. — D'après Eph. 2°, tous les hommes sont par nature enfants de colère, les péchés actuels étant la conséquence du péché originel (II, 85-7). C’est que la faute originelle, en viciant notre nature, la livre sans défense aux attaques du désir pervers (I, 322-4). L'homme devient charnel (N, 327-8) et son corps devient une chair de péché qui ne peut plus être guérie sans l’antidote de l'Esprit (1, 324-6). Ce n’estpas que S. Paul professe le dualisme pur ou mitigé qui fait de la matière un principe mauvais (Il, 9%5-8); il reconnaît seulement le désordre actuel de notre nature, désordre qui a son point culminant dans la partie matérielle de notre être, ce qui a fait donner le nom de « chair » à la nature corrompue (II, 100-4). — L’Apôtre aime à person-
fluences hostiles à Dieu (1, 292). Il montre comment le péché naît de
. lui-même (1, 272-3), se sert de la Loi mosaïque comme d’un instrument
de règne (I, 247-9) et étend indéfiniment son empire (IT, 84-7). Cetempire
est dirigé et gouverné par une puissance ennemie de Dieu que S. Paul
désigne sous le nom collectif de Satan (II, 87-92); mais il n’y a point
place, dans la théologie paulinienne, pour des esprits intermédiaires
qui ne seraient ni anges ni démons (II, 92-5). Sa doctrine est cependant à rapprocher de la démonologie contemporaine (D:, 111), en particulier sur l’origine, l'habitat et la hiérarchie des démons (D:, 111-5). Pas plus dans ie Talmud que dans la Bible, on ne rencontre un dualisme qui soustrairait au contrôle de Dieu l’action des esprits mauvais (D:, 116).
3. L'homme et la rédemption. — Les ressources morales de l’homme après la chute, connaissance de Dieu et de la loi naturelle
(I, 268-270) et libre arbitre (II, 123-4), ne suffisent pas à lui assurer la béatitude éternelle à laquelle il est destiné (II, 95-6). Il faut que Dieu lui tende la main (II, 117) et que Jésus-Christ l’aide à triompher de la
chair (II, 244-5; Le, 258-261). Cependant l'humanité a une part active
à la rédemption, parce qu’elle est contenue moralement dans Jésus- Christ, le nouvel Adam (II, 249-254; M:, 264-5), qui la représente et agit en son nom comme notre premier père agissait au nom de sa race (II, 290-304). De plus, chaque homme en particulier doit s’approprier la rédemption (I, 284), ce qu’il fait par l’acte de foi ([I, 335-344), qui implique une relation essentielle avec le baptème (IX, 375-7) et par la coopération à la grâce (II, 125-6) sans laquelle l’homme ne peut rien dans l’ordre du salut (I, 145-6; J, 203-4).
1. Nature divine. — L'idée transcendante que Paul se fait du Christ, son contemporain etson compatriote, est un phénomène extraordinaire d’une très haute portée pour la théologie et l’apologétique (IT, 165-7). Avant son apparition sur la terre, le Christ jouissait d’une existence réelle et personnelle auprès de Dieu (1, 207; Il, 168-171). Pour S. Paul, il se substitue insensiblement à Jéhovah et prend à ce titre le nom de « Seigneur », traduction du nom ineffable (IT, 172-4); il en joue aussi le rôle et en remplit les fonctions (II, 174-6). Paul le prie comme Dieu lui-même et attache à son nom des doxologies réservées à Dieu (II, 176-181). Parmi les textes qui établissent la divinité de Jésus-Christ, au point de vue exégétique et traditionnel, il faut citer en première ligne le passage christologique de l'Épitre aux Philippiens, 95411 (I, 438-451; II, 187-8), celui de l'Épître aux Colossiens, 115-? (I, - 398-403; II, 185-6), ceux où il est appelé « Dieu béni à jamais », Rom. 9% (II, 181-4), « grand Dieu et Sauveur », Tit. 213-411 (II, 184-5), « le Dieu qui acquiert l'Église par son sang », Act. 2028 (H2, 193-4). Mais la meilleure preuve en faveur de la divinité du Christ c’est sa qualité de créateur du monde (II, 214-6; cf. I, 522-4) et de Fils de Dieu (IT, 207- 210), à laquelle se rattache l'expression « premier-né de toute créature », Col. 115 (1, 399-401; H:, 196-7). De tous ces traits réunis résulte une
CA
js à figure d’une indiscutable transcendance (II, 187-8) qui n'a rien de commun avec les puériles apothéoses des païens (G:, 189-190).
2. Nature humaine. — Pourexécuter le plan divin, le Christ avait
besoin d’être réellement homme (If, 227-8); il n’est pontife accompli
qu’à cette condition (I, 524-5). La rareté relative des allusions aux paroles et aux actions de Jésus s’explique par l’existence d’une catéchèse apostolique ayant précisément pour but de donner aux néophytes
cet enseignement élémentaire (B:, 64; II, 235-6); d’ailleurs il y a dans
|les lettres pauliniennes plus d’allusions à la vie terrestre de Jésus
qu'on ne le suppose généralement et plus, proportions gardées, que
dans les autres écrits du N. T., à part les Evangiles (II, 233-7). 3. Union des deux natures. — Elle s'exprime par cette formule,
Col. 2? : « En lui habite corporellement la plénitude de la divinité » (II, 230-1). Elle résulte aussi de Phil. 26-7 (II, 232-3). La théorie bizarre
& appelée « kénose » qui se rattache à l’arianisme et à l’apollinarisme (K:, 239-240), et qui s’est produite au sein du protestantisme sous les
formes les plus diverses (K;, 240-1), n’a aucun fondement dans S. Paul ni dans les Pères des premiers siècles (K:, 241-2). Cela n'empêche pas
qu’iln’y ait eu dans la nature humaine du Christ des limitations économi-
ques qui n’affectent pas l’intégrité de la nature elle-même, mais bienles privilèges naturels d’une humanité théandrique (II, 233).
4. L'envoyé de Dieu. — Deux passages des Épiîtres décrivent 14 mission que le Fils de Dieu recoit de son Père en vue de sauver le monde : le premier, Gal. 4*, énumère les quatre principales circonstances de la mission (II, 243-4; Le, 257-8): le second, Rom. &, en explique le but multiple (2445; L., 258-261). Cette mission constitue le Christ médiateur, quoique S. Paul ne lui en donne qu'une seule fois le nom, 1 Tim. 2 (II, 245-9). C’est que Jésus-Christ n’est pas un média-
teur ordinaire; il estle second Adam (IT, 249). L’Apôtre le met en pa-
rallèle avec le premier dans deux textes célèbres, 1 Cor. 1541-49 (II, 250- 2; M, 264 5)et Rom. 512-% (II, 253-4; I, 299-302). Ce nom de second Adam n’est pas emprunté à la théologie judaïque, mais il est possible que l’idée même existât du temps de S. Paul (M:, 261-4). Pour être apte
. à son rôle de second Adam, le Christ devait être sans péché et de plus
vraiment homme (II, 254-6). L'impeccabilité du Christ est affirmée par S. Paul en une formule énergique (II, 294-5); il n'appartient pas à la
théologie biblique d’expliquer comment l’impeccabilité se concilie avec
la liberté que le Christ dut posséder aussi pour faire acte d’obéissance et pour nous mériter la grâce (II, 274-5).
5. La primauté du Christ. — Image du Dieu invisible (I, 398-9), rayonnement de la gloire du Père (I, 520-1), empreinte de sa substance (1, 521-2), premier-né de toute créature (I, 400-1; H:, 196-7), le Christ possède la primauté en tout (I, 403-4). Tout est par lui, tout est en lui, tout est pour lui (I, 401-3; II, 214-6). Par suite, il est au-dessus des anges (I, 518); il est leur « chef » (I, 405). A cette occasion, $. Paul énumère diverses catégories d’esprits célestes formant entre elles une sorte de hiérarchie conforme aux idées juives contemporaines (R, 406-7), mais sans qu’il soit possible de fixer le nombre ou la dignité relative de ces différents « ordres » d'esprits (R, 407-9).
1. Le fait de la rédemption. — Jésus-Christ est venu en ce monde . pour réparer le péché, rendre Dieu propice, relever l’homme déchu; et rien ne permet d'affirmer qu’il fût venu sans ce motif (II, 254-5). Il opère tout cela par sa mort et par l’oblation de son sang qui est un . sacrifice véritable (IT, 266-7), ayant pour type l’agneau pascal (1; 268-9),