Eph. 310. Sur le Mystère, voir plus loin p
9, 1 Cor. 210, — 3. 1 Cor. 124 : Xprorèv… Oeoù oopiav, 150 : ëyevAin ooptx fuiv &rù Oeoù. Cf. Col. 22, 1°7.
4. 1 Cor. 117 : cogia toù Xéyou est l’art du rhéteur; L Cor. 128 : A6ya cogiaz est le don d'expliquer la sagesse divine. — 5. 1 Cor. 35-23 et 41-15:
À chacune de ces deux idées se rattache un passage célèbre dans l’histoire de la théologie et qu'il est souverainement important de replacer dans son contexte.
L’apôtre collaborateur de Dieu. — Si l'Église est un champ, les apôtres en sont les cultivateurs: si l'Eglise est un édifice, ils en sont les constructeurs. Mais, par eux-mêmes, ils ne sont rien, absolument rien. Paul plante, Apollos arrose, Dieu seul donne la croissance; Paul, en habile architecte, pose le fondement indispensable qui est Jésus-Christ, d’autres bâtissent sur ce fondement, mais c’est Dieu seul qui donne à l’ensemble la solidité et la cohésion. A proprement parler, Dieu est le seul agriculteur, le seul constructeur; les fidèles sont la culture de Dieu, l'édifice de Dieu‘. Les ouvriers apostoliques ne sont que des manœuvres dont, sans Dieu, toute l’activité serait vaine. Ne faisant qu'un avec leur Maître ils ne font qu’un entre eux, et les préférences dont ils peuvent être l'objet sont aussi injurieuses qu'injustes. Paul se met en scène avec Apollos, certain que personne ne se méprendra sur leurs sentiments mutuels ; mais, par-dessus un cas particulier, il vise et condamne toutes les coteries ?.
De ce que les prédicateurs de l'Évangile travaillent en sousordre il ne s’ensuit pas qu'ils n’aient ni mérite ni responsabilité. Bien au contraire, ils ont droit à une récompense, à un salaire (po00c), proportionné à leur travail#. Ce salaire est indépendant des emplois exercés, des talents mis en œuvre et des fruits recueillis; il se mesure uniquement au labeur dépensé (xoos); il est personnel ({ôtc) et incommunicable comme le labeur qu'il rémunère. Et puisqu'il s'agit de salaire c’est
1. 3% : Oeoù yép Équey ouvepyoi: Oeoù yewpytov, Oeod oixodoun écrte.
2. 46: Todra Ôè uetecynmätuon els éaurov xl Anoldv 81” Üuäc. « C’est à cause de vous [à üu&, pour votre profit, pour vous instruire] que j'ai fait de ces choses [depuis 35] une application figurée à ma personne et à celle d’Apollos » : La figure (cxäuæ) consiste à résoudre une question générale en traitant un cas particulier : Zd genus in quo per quamdam suspicionem quod non dicimus accipi volumus (Quintilien, Znstit. IX, 2).
3. 38 : ‘O purebwv GE nai 6 motitwvy Ev eiouv, Exaotoc dE vôv *tov uobov dhYerar xatà Tov Îdov xérov. L'opposition est entre l'identité des ouvriers évangéliques en tant que collaborateurs de Dieu et leur individualité par rapport au travail et à la récompense correspondante.
une vaine argutie de prétendre qu’il est octroyé selon le labeur et non pas en pue du labeur. Le mérite et le démérite sont corrélatifs. L'un et l’autre supposent la responsabilité. Paul qui a fondé l’église de Corinthe comme un sage architecte, avertit ses successeurs de veiller à bien continuer l'œuvre commencée. « Que chacun regarde comment il bâtit.. Selon les matériaux qu’on superpose à ce fondement, — or, argent, pierres de prix, bois, foin ou paille, — le travail de chacun sera reconnu [pour ce qu'il vaut]. Le Jour [du jugement] le fera paraître, car il se révélera dans le feu et le feu éprouvera la qualité du travail de chacun. Celui dont l'œuvre résistera recevra une récompense; celui dont l'œuvre sera brûlée souffrira dommage. Quant à lui, il sera sauvé, mais comme à travers le feu. Ignorez-vous que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous? Que si quelqu'un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira : car le temple de Dieu est saint et ce temple c’est vous !. »
L'intelligence de ce difficile passage est subordonnée à la manière dont on entend l'édifice. Et d’abord ce n’est certainement pas l'édifice intérieur que chaque chrétien bâtit en son âme, depuis l'éclosion de la foi qui en est la base jusqu'à la perfection de la charité qui en est le faîte. Ce n'est pas davantage l'Église, ce temple du Saint-Esprit bâti en pierres vivantes sur la pierre angulaire du Christ. Il s’agit clairement de l'Évangile dont Paul a posé à Corinthe la première assise, en prêchant Jésus-Christ mort pour notre justification et ressuscité pour notre gloire. Personne n’a le.droit de déplacer ce fondement ou de lui en substituer un autre; mais tout prédicateur de l'Évangile a le droit et le devoir de parachever l’édifice. Or, comme la construction est de même ordre et de même nature que le fondement, les parties surajoutées à l'édifice fondé par Paul seront nécessairement les doctrines du christianisme, non pas des doctrines mortes, purement spéculatives, sans influence aucune sur l'accroissement du corps mystique, mais des doctrines vivantes, agissantes, capables de transformer l'esprit et le cœur de ceux qui en font leur
L 1 Cor. 310-17, Voir, ci-après, la note G, p. 157-138.
règle de vie. L'or, l'argent, les pierres de prix sont à divers degrés les doctrines utiles et fructueuses; le bois, le foin, le chaume, substances fragiles et peu durables, symbolisent, non pas les erreurs et les hérésies, mais les enseignements frivoles, les récits futiles, bons à repaître la curiosité des auditeurs mais sans action sérieuse sur leur vie morale. Le souverain Juge paraît soudain. Un feu dévorant le précède. L'or, l'argent, les pierres de prix résistent à l'épreuve : le bois, le foin, le chaume sont consumés et les imprudents ouvriers qui les employaient, voyant périr leur œuvre, se sauvent à travers les flammes.
L'Apôtre, à son ordinaire, supprimant les perspectives, projette au dernier jour, qu'il appelle le Jour par antonomase, le discernement des bons et des méchants, la distribution des peines et des récompenses. [1 nous représente les ouvriers de l'Évangile en train d'élever l'édifice de la foi. Ils se divisent en trois classes. Les uns démolissent ou ébranlent au lieu de bâtir : leur châtiment sera terrible; Dieu les détruira comme ils s'efforcent de détruire le temple de Dieu. D’autres construisent un monument solide et n'emploient que les meilleurs matériaux : ils recevront la récompense spéciale due aux sages et fidèles ouvriers. Les derniers enfin font usage de matériaux périssables : ils souffriront dommage (énuwôñoerai) ; saint Paul ne dit pas précisément en quoi, mais tout au moins seront-ils frustrés des distinctions honorifiques accordées aux apôtres et auront-ils le chagrin d’avoir travaillé en pure perte. Ce n’est pas tout : « Ils se sauveront comme par le feu », pareils à l’ouvrier qui, employant des matériaux combustibles au lieu de matériaux à l'épreuve du feu, verrait l'incendie se déclarer dans l’édifice en construction et s’enfuirait à travers les flammes non sans quelques brûlures, en dehors de la crainte et de l’effarement. Il y a donc des fautes qui ne sont pas assez graves pour fermer le ciel et pour ouvrir l'enfer et qui sont punies néanmoins d’un châtiment proportionné. Le dogme catholique des péchés véniels et celui du purgatoire trouvent ainsi dans notre texte un très solide appui.
Ce n’est pas que le feu dont parle l’Apôtre soit le feu du purgatoire. [1 n'est pas davantage, à notre avis, le feu de la
conflagration finale qui est étrangère à l’enseignement de saint Paul. C’est le feu du jugement qui fait presque partie obligée de toutes les théophanies. Il faut éviter de donner au mot « feu » deux ou trois sens différents dans une courte phrase, et on doit choisir un sens qui cadre bien avec l’allégorie. Or l’édifice, nous l'avons dit, est celui du dogme chrétien; les prédicateurs de l'Évangile en sont les architectes ; les doctrines en sont les matériaux, excellentes et durables comme l'or, l'argent et le marbre, fragiles et périssables, comme le bois, le foin et la paille : le feu intelligent qui les éprouve au dernier jour — car c’est à ce moment qu'est reportée toute la scène — ne peut être que le feu du jugement. Ce même feu sonde les consciences des imprudents architectes et leur inflige le châtiment mérité. « Ils seront sauvés, mais comme par le feu. » Ici le mot « feu » a son sens ordinaire; seulement il y a une comparaison qu'on peut développer ainsi : « Ils seront sauvés, mais non sans douleur et sans angoisse, comme se sauvent ceux qui sont obligés de s'échapper à travers le feu. »
L’apôtre serviteur du Christ. — Les apôtres sont encore « les serviteurs du Christ et les dispensateurs des mystères de Dieu » ! : non pas les hérauts seulement, mais les dispensateurs; car les mystères comprennent, avec des vérités à croire, des institutions salutaires à administrer. Comme serviteurs, ils ne dépendent que de leur maître; comme dispensateurs, ils n’agissent qu'au nom et par les ordres de celui qui les envoie. D'une manière et de l’autre, ils ne relèvent que du jugement de Dieu. Les verdicts prononcés sur eux sont sans profit, sans certitude et sans justice. Paul les appelle dédaigneuse-
1. 41 : Oüruc Auäs Aoyitéclew Gvôpwnos w: Ünnpéta: Xpuotod xai oixovépous puornpiwv @e05. — 1. Le pronom âu& englobe Paul et les autres prédicateurs, tels qu’Apollos. — 2. Le mot ürnpétnc (que Suidas explique par Goÿ)os) semble désigner une domesticité inférieure à celle du Gi&xovoc. — 3. Bien que les puothpue, dans la langue de Paul, soient les dispositions secrètes du plan rédempteur, l’'Apôtre les considère ici plutôt comme institutions que comme enseignements, ainsi qu'il appert du mot cixovéuot (intendants ou administrateurs). Avec beaucoup de réserve, le concile de Trente (Sess. xx1, cap. 2) dit que dans ce texte l’Apôtre semble insinuer clairement (non obscure visus est innuisse) le pouvoir qu'a toujours eu l'Église d'apporter à la dispensation des sacrements divers changements accidentels, selon les différentes conjonctures de temps, de lieux, de personnes.
todo
ment « le jour de l’homme » par opposition au « Jour du Seigneur ». Il n’en fait aucun cas. Bien plus; il s’abstient de se juger lui-même. Pour n'avoir conscience d’aucune faute dans l’accomplissement de ses devoirs apostoliques à Corinthe, il n'est pas sûr d’être justifié devant Dieu ‘. Grande leçon d’humilité et enseignement inoubliable. Serait-on un autre Paul, il faudrait faire son salut avec crainte et avec tremblement. Non seulement les Corinthiens jugeaient les ministres de l'Évangile et leur assignaient des rangs au gré de leurs préférences et de leurs caprices, mais ils tiraient vanité de leurs relations avec eux et se vantaient d’appartenir à l’un plutôt qu'à l’autre. Paul décoche un dernier trait satirique à ce ridicule travers : « Qui donc te distingue? » Qui songe, en dehors de toi, à te reconnaître une supériorité quelconque? Mais supposé que ces avantages dont tu te targues ne soient pas imaginaires, « que possèdes-tu que tu n’aies reçu? Et si tu las reçu, pourquoi t'en glorifier comme si tu ne l'avais pas
1. 4f : OÙdèv yap Epaut® oüvorôx, &XN oùx Ev Toûtw Cedtxalwuar. Le oùx ëv roûtw (non in hoc, non propter hoc)nie que le témoignage de la conscience soit un motif suffisant pour se croire justifié (deduxatouu, au parfait, marque un état qui a commencé dans le passé et qui dure encore). Le cas est particulier mais la raison est générale. Le concile de Trente (Sess. vi, cap. 16) paraphrase ce texte qui est mis en pleine lumière par le rapprochement d’autres passages semblables, 1 Cor. 927, Phil. 212 etc.
2. AT : Tic yép ce druxpive; Le verbe Gtaxpiveuv signifie « distinguer » entre plusieurs et par suite « préférer »; il ne signifie pas donner la supériorité ou l’avantage ». Les Pères sont en désaccord sur l’extension du 6e (te), où plusieurs ne voient que les chefs de faction tandis que les autres, dont le sentiment nous paraît mieux fondé, y voient tous les fidèles qui prennent parti pour tel ou tel maître. Mais ils semblent bien supposer que la réponse à la question de l’Apôtre doit être négative : Personne ne te distingue. Chrysostome est très net. Origène (Cramer, Catena in 1 Cor., Oxford, 1841, p. 78), dont Théodoret copie mot pour mot le commentaire, ne l’est pas moins. Sévérien de Gabala (/bid.) a une explication remarquable : ZE toy Bouropevoy dnd vobde xaleïobar À TOvÈE HATAXUUT ÉveLv tic ux- Hpivets oÙyi évauéveus Tov xpurhv; Saint Éphrem (Comment. in epist. Paul, Venise, 1893 : Quis enim est qui discernat istud quod tu habes quum tu gratis atque ex gratia acceperis ?) suppose aussi la réponse : Nemo.
L’explication de saint Augustin : Quis te discernit a massa perditorum ? qui suppose la réponse : Deus, peut être irréprochable comme formule théologique maïs non comme interprétation de la pensée de Paul.
Le second concile d'Orange (Araus. II, can. 6 et conclus.) ne s'appuie que sur les mots : Quid habes quod non accepisti? pour prouver la nécessité de la grâce.
reçu? » Que tu le tiennes de Pierre, d’Apollos ou de Paul, qu'importe après tout? En dernière analyse, c’est toujours à Dieu qu’il faudra remonter. Ainsi se vérifiera la maxime : « Qui veut se glorifier, qu'il se glorifie dans le Seigneur » et non dans les hommes. 4
Rien n’autorise l’opinion de certains exégètes qui supposent que les chefs de faction sont seuls visés dans cette sortie. Les chefs de faction ne sont ni nommés ni désignés d'aucune manière. Paul s'adresse à tous les Corinthiens et il les avertit de ne pas « s’enfler en faveur de quelqu'un au détriment d'un autre »; pas plus en faveur de Pierre ou de Paul qu’en faveur d'Apollos ou de quelque autre prédicateur inconnu. « Car, ajoute-t-il, qui donc te distingue? » Qui te reconnaît ces chimériques avantages dont tu fais honneur à tel ou tel ouvrier
apostolique? Immédiatement après, les Corinthiens sont tou- :
jours en cause : aucune trace des meneurs.
La question : « Que possèdes-tu que tu n’aies reçu ? » étant générale, l’argument qu’on en tire pour la nécessité de la grâce — argument classique depuis saint Augustin — acquiert ainsi plus de force probante et il n’est plus besoin de recourir à l’analogie. On sait que vers la fin de sa vie saint Augustin, contrairement à l'opinion commune, entendit le Quis te discernit du discernement divin que la grâce établit entre les hommes. Il ne sera pas inutile de remarquer que les documents conciliaires déduisent la nécessité de la grâce non pas de cette incise mais de tout le contexte, ou plus précisément du Quid habes quod non accepisti? d'où elle se déduit en effet avec évidence. |
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