‹ La théologie de Saint PaulChapitre 73 sur 630 · Cor. 78. — 2, 1 Cor. 735. — 3. 1 Cor · texte numérisé non relu

Cor. 78. — 2, 1 Cor. 735. — 3. 1 Cor

ae.

que Dieu m'a faite d'être fidèle!. » Que fidèle signifie « digne de foi » ou « fidèle héraut de l'Évangile » cela importe peu : en tout cas, l’Apôtre met en avant son autorité qu'il tient de la miséricorde divine pour mieux appuyer son enseignement. Sur un point relatif à la vie chrétienne, il donne un avis motivé ; il exprime un sentiment qu'il appuie de raisons surnaturelles et qui, en vertu des circonstances, ne peut être qu'un conseil, de quelque nom qu'on veuille l’appeler. Quand il engage les veuves à ne pas convoler, les assurant qu’à son avis (xart vhv why younv) elles seront ainsi plus heureuses, et qu'il en appelle à l'Esprit de Dieu qu’il se flatte de posséder, il donne pareillement un conseil. Par cela seul qu’il présente la virginité et le veuvage comme un état plus parfait, plus avantageux, plus agréable à Dieu, sans être toutefois l’objet d'un précepte, il enseigne l'existence des conseils évangéliques.

La préférence pour le célibat serait-elle dictée par une considération égoïste, par des visées utilitaires, par la fuite des embarras du monde et la recherche d’une existence exempte de troubles et de soucis? Quiconque se flatte de le connaître ne se persuadera jamais qu'il obéisse à des préoccupations si terrestres, à des sentiments si vils; mais il a pris soin luimême de confondre ces interprètes indignes de sa pensée. Il veut que la cessation temporaire des rapports conjugaux ait pour motif le désir de mieux vaquer à la prière. Il sait que l’homme non marié, s’il est vraiment chrétien, « songe à plaire au Seigneur »; et que l'homme marié, même s'il est chrétien, est absorbé par des idées mondaines et doit « songer à plaire à sa femme ». Il sait pareillement que la vierge ou la veuve peut avoir pour unique soin « d'être sainte de corps et d'esprit », tandis que la femme mariée est distraite par l'obligation de « s'occuper des choses du monde » et par le souci « de plaire à son mari ». Au point de vue spirituel, la situation du célibataire est meilleure; il peut se consacrer tout entier au service de Dieu. Or, conclut l’Apôtre, je veux vous fournir le moyen « de vous attacher au Seigneur sans partage Age

1. 1 Cor. 7%. La conclusion est indépendante du sens de yvoun. D NÉE LE

L'instabilité des choses humaines prêche la même leçon : « Je pense qu’il est bon à l’homme d'être ainsi [de rester vierge] à cause de la nécessité présente. Je veux dire, frères, que le temps est court : donc, que ceux qui ont femme soient comme n’en ayant pas, ceux qui pleurent comme ne pleurant pas, ceux qui se réjouissent comme ne se réjouissant pas, ceux qui achètent comme ne possédant pas, ceux qui usent de ce monde comme n’en usant pas; car la figure de ce monde passe !. » Paul serait-il hanté par la perspective prochaine de la parousie? Il ne faut pas le nier à priori. Sur ce sujet, nous l'avons dit, il n’enseigne rien et a conscience de ne rien savoir. Mais faute de science certaine, il pouvait avoir une opinion fondée sur des probabilités ou des conjectures et, du moment qu'il avertit de son ignorance, qu'il se défend de rien enseigner, on ne voit pas d’impossibilité absolue à ce qu'il règle sur ces probabilités sa conduite et ses conseils.

Mariage indissoluble. — Saint Paul proclame avec autant de force que les Synoptiques l’indissolubilité du mariage chrétien, car la loi qu'il promulgue à ce sujet a la même origine. « Aux personnes mariées, j'ordonne ceci, non pas moi mais le

Seigneur : Que la femme ne se sépare pas de son mari. Si elle

venait à s’en séparer, qu'elle s’abstienne d’une nouvelle union ou qu’elle se réconcilie avec son mari. Et que le mari ne renvoie point sa femme ?. » Paul doit avoir connu par tradition orale ce précepte du Seigneur rapporté par les trois Synoptiques; il le présente sous une forme qui se rapproche du texte de Marc avec des différences remarquables. En vertu de ce précepte divin : 1. Il est interdit à la femme de se séparer de son mari (ywpto0ñva) et il est interdit au mari de renvoyer sa femme (äptévu) : nuance d'expression très délicate pour désigner l'autorité maritale, tant au point de vue juif qu’au point de vue romain. — 2. L’Apôtre prévoit cependant le cas où la séparation de corps aura lieu de fait et laisse entendre qu’elle peut être légitime; mais, dans aucune hypothèse, le mariage n’est rompu. En effet, la femme séparée de son mari n’a qu'une

1. 1 Cor. 7261, 2. 1 Cor. 710-11, Cf, Mat. 582; 199; Marc. 1011-12; Luc. 1618.

double alternative : ou de se réconcilier avec lui, ce qui montre que le lien subsiste, ou de s'abstenir d’une nouvelle union, ce qui prouve que la première dure encore. — 3. Le renvoi de la femme par le mari est prohibé sans restriction et sans exception, parce que ce renvoi (àgtévu) s'entend pour les Juifs comme pour les Gentils d’un acte qui aurait pour effet d'annuler légalement le contrat conjugal. Ce cas ne devant jamais se produire, il n'y a pas lieu de bâtir là-dessus d’autres hypothèses. L’indissolubilité du mariage chrétien ne recoit donc chez saint Paul aucune limitation. Comme il aime à le répéter, le mariage n’est rompu que par la mort. Une femme sera toujours appelée adultère si elle contracte une nouvelle union du vivant de son mari et il en serait de même de l’homme qui se remarierait du vivant de sa femme; car ces deux termes sont corrélatifs, et l'Apôtre établit entre les époux, au point de vue conjugal, égalité parfaite de droits et de devoirs.

Privilège de Paul. — Le mariage mixte a moins de force. Paul ne l'appelle même pas un mariage, réservant ce nom au sacrement qui unit entre eux les fidèles. « Quant aux autres, je leur dis, moi, et non pas le Seigneur : Si un frère a pour épouse une femme infidèle et que celle-ci consente à cohabiter avec lui, qu'il ne la renvoie pas. Et la femme ayant pour mari un infidèle qui consent à cohabiter avec elle ne doit pas renvoyer son mari!.» Ici encore les nuances de pensée et d'expression sont admirablement observées. Ce n’est plus le Seigneur qui parle, c’est l'Apôtre, sans aucun doute avec l'esprit du Seigneur. Il s'adresse aux autres {rois hoîmouc), à cette catégorie de fidèles qu’il ne peut ranger ni parmi les gens r1ariés, puisqu'il réserve ce mot au mariage chrétien, ni parmi les gens non mariés, puisqu'ils vivent réellement dans l’état de mariage. Mais il n’interpelle que le seul conjoint chrétien, car l'Église n'a pas à régler la vie de ceux qui ne lui appartiennent pas. Il défend donc — la forme prohibitive absolue de la phrase (un dptére) nous fait penser à une véritable défense plutôt qu'à un conseil — il défend à l'époux chrétien de renvoyer son conjoint infidèle au cas où celui-ci consent à cohabiter. Une répugnance

1. 1 Cor. 712-135, Noter l’égalité absolue de droits et de devoirs.

T7 7e ra +

CR

«Le Dr M

ve

ns

instinctive mal entendue ou des scrupules peu fondés ne sont point un motif suffisant de séparation. « Car l’homme infidèle est sanctifié dans la femme [fidèle] et la femme infidèle est sanctifiée dans le frère. » Les deux époux étant une même chair et l'époux chrétien étant sanctifié par le baptême, sa sainteté rejaillit sur le conjoint infidèle. Il ne peut être question de

sainteté intérieure laquelle est incommunicable, mais d'une ” sainteté extrinsèque provenant d’une relation avec les choses

saintes, d’une séparation des personnes profanes et d'une consécration initiale au culte de Dieu. Les Corinthiens admettaient cela pour leurs enfants, nés presque tous avant leur conversion, puisque le baptème des premiers néophytes datait à peine de trois ou quatre ans; saint Paul leur fait remarquer que la même raison milite en faveur de la sanctification des

époux par leur conjoint chrétien.

Cependant « si l'infidèle se sépare, que le chrétien se sépare. . Le frère ou la sœur n’est pas asservi dans ces circonstances. Au contraire, Dieu vous a appelés dans la paix. Car que sais-tu, femme, si tu sauveras ton mari; et que sais-tu, homme, si tu sauveras ta femme??» La permission est claire; la condition ne l'est pas moins. Le chrétien peut se séparer. Il n'est plus lié dans ce cas : l’'Apôtre le déclare libre en vertu de l'inspiration. Cependant, à moins d’un danger moral couru par lui, il lui est loisible de renoncer à son privilège. Paul permet; tout au plus conseille-t-il; il ne commande pas. Mais il ôte à la partie chrétienne tout regret et tout scrupule, en lui rappelant que Dieu nous invite à la paix et que l'espoir lointain et aléatoire de con- —————————————

1. 1 Cor. 714. Le sens de &yritecba et de &yroçs dans ce verset est sans parallèle dans le Nouveau Testament. On peut rapprocher 1 Tim. 45 : Toute créature de Dieu, si on la reçoit avec action de grâces, est bonne; « car elle est sanctifiée par la parole de Dieu et la prière ». Dans les deux cas, il s’agit d’une sanctification extrinsèque; mais, nulle part ailleurs, cette sanctification n’est appliquée aux personnes.

9. 1 Cor. 715 : Ei 5è 6 émioros ywoiterat, ywpitéolw. Il est clair que le seul fait de rester infidèle ne vérifie pas le ywpiteru : il faut un refus positif de cohabiter. Ainsi l’entendent entre autres saint Basile (KXXIII, 673), saint Chrysostome (LXI, 155), l'Ambrosiaster (XVII, 219), saint Ambroise

(XV, 1767), saint Augustin (XL, 216). Saint Chrysostome note avec raison qu’une tentative de perversion de la part de l'infidèle équivaut à un

refus.

vertir un jour son conjoint resté infidèle ne saurait lui imposer le sacrifice de la paix, de la joie et de la liberté. Il faut seulement — et cette condition est essentielle — que l'époux non chrétien s'éloigne le premier, soit en refusant de cohabiter, soit en rendant Ja cohabitation dangereuse ou moralement impossible par des blasphèmes, des sévices ou des menaces, qui apporteraient le scandale ou la guerre au foyer conjugal. Du reste ce privilège accordé en faveur de la foi n’est qu’une dérogation à la maxime générale : « Que chacun persévère dans l’état que le Seigneur lui a départi, dans le genre de vie où il était quand Dieu l’a appelé. »

Les trois cas. — La religion gréco-romaine était toute en rites et en pratiques. On pouvait penser et dire des dieux immortels à peu près tout ce qu’on voulait pourvu qu’on s’astrei-

1. On a vu mal à propos une application du privilège de Paul dans la constitution de Pie V (Romani Pontificis, 2 août 1571) qui prescrit aux Indiens convertis de garder celle de leurs femmes qui recevra avec eux le baptême, en renvoyant les autres, et dans le décret de Grégoire XIII (Populis ac nationibus, %5 janvier 1585) qui dispense les néophytes d’Angola, d’Éthiopie, du Brésil et autres contrées indiennes d’interpeller le conjoint païen pour savoir s’il veut cohabiter, au cas où cette interpellation est impossible, déclarant les mariages contractés en vertu de cette dispense valides quoi qu'il arrive. Dans le privilège de Paul, linterpellation est essentielle, si l’on n’a pas d’autre moyen de connaître la volonté du conjoint. L’éloignement moral de ce dernier suffit, mais il est nécessaire; l'éloignement physique accidentel ne suffirait point. Les cas de Pie V et de Grégoire XIII sont très différents. Ces deux pontifes, pour des causes de force majeure, font usage du pouvoir qu’ils ont de dissoudre un mariage chrétien non consommé et, à plus forte raison, un mariage contracté dans l’infidélité. Dès que la dispense pontificale sera notifiée, le premier mariage sera rompu; tandis que, dans le privilège de Paul, il ne le serait que par la conclusion d’un nouveau mariage. Cf. J. Biederlack, S. J. dans Zeiüschrift für kath. Theol., Innsbruck, 1883, p. 304 seq. L'auteur montre bien la différence entre ces deux actes pontificaux et le privilège de Paul : 1. Pour la cause : d’un côté dispense divine promulguée par Paul, de l’autre dispense papale. — 2. Pour le temps, la dispense papale rompt le mariage dès qu’elle est appliquée, le privilège de Paul le laisse subsister jusqu’à la conclusion d’un nouveau mariage. — 3. Pour les conditions : le pape les détermine suivant sa sagesse; Paul en assigne une seule, le refus formel ou équivalent de cohabiter.

Voir dans Denzinger, Enchirid., n°* 350-353, les décrets d’Innocent III relatifs au privilège de Paul.

gnît aux usages religieux de la nation ou de la cité. Mais ces usages envabhissaient la vie presque entière. Deuils et joies de famille, vœux et actions de grâces, solennités rituelles, jeux du cirque, anniversaires, mille autres circonstances donnaient lieu à des sacrifices. Les victimes, quand elles n'étaient pas consommées sur place, dans les dépendances du temple ou dans le bosquet sacré, servaient au festin familial ou étaient distribuées aux proches et même cédées à vil prix aux détaillants. De là, pour le petit noyau de néophytes perdus dans la masse idolâtre, une perpétuelle source de difficultés, de scrupules et de dangers. Il est à croire qu'ils avaient proposé à Paul trois cas de conscience d’une occurrence plus fréquente : 1. Devaient-ils retirer leur pratique aux bouchers idolâtres, suspects de débiter les viandes offertes dans les temples ou de faire des invocations superstitieuses sur les animaux qu'ils abattaient? — 9, Pouvaient-ils s’asseoir à la table de leurs parents ou amis païens, malgré la crainte trop fondée d’y trouver des mets consacrés aux idoles? — 3. Leur était-il même loisible, par raison d'office ou de convenance, de prendre part au banquet sacré qui accompagnait d'ordinaire le sacrifice?

Avant d'aborder la question de front, l'Apôtre établit deux principes : il montre que l'idolothyte ne contracte aucune impureté intrinsèque et il prouve qu’une action indifférente peut devenir illicite eu égard aux circonstances.

Qu'est-ce qu'un idolothyte? Une victime immolée aux idoles. Mais qu'est-ce qu'une idole? C’est une chimère, une entité de raison, un néant. L'idole passe pour une divinité : or, «iln’y a qu'un seul Dieu » et ce n’est pas celui que figure l’idole; d’où il suit que l’idole est une image sans modèle, une représentation sans réalité, une idée sans objet. En un mot « l’idole n’est rien dans le monde ». Le fait d’être immolé aux idoles ne peut souiller un être ni le soustraire au domaine de Dieu : « La terre est au Seigneur avec tout ce qu'elle contient » et elle lui appartient d'un droit inaliénable. Sans doute qui mangerait l'idolothyte « en tant qu'idolothyte », c'est-à-dire avec la persuasion que l’offrande aux faux dieux l’a rendu impur, contracterait la souillure d’une conscience mal formée, mais ce serait faute de science.

Eh bien! c'est de ces esprits faibles, de ces pusillanimes, qu'un chrétien éclairé, doué de science, doit tenir compte : « Car le faible, ce frère pour qui mourut le Christ, se perdrait par ta science. Ainsi, péchant contre vos frères en scandalisant leur conscience faible, vous pécheriez contre le Christ. Si un aliment scandalise mon frère, je m'abstiendrai de viande à jamais pour ne point le scandaliser !. » Voilà le cœur et l'esprit de Paul. Dans la longue digression qui suit il semble perdre de vue l'affaire des idolothytes. En réalité, ilen prépare la solution. Il montre par son exemple l'application de cette maxime : « Si tout est permis, tout n’est pas expédient; si tout est permis, tout n’édifie pas. Que nul ne cherche son propre avantage, mais celui du prochain ?. » Est-ce que lui, Paul, use de ses droits ? Il est apôtre au même titre que les Douze : en tout cas il est l’apôtre incontesté des Corinthiens. Il pourrait donc vivre aux frais des fidèles; il pourrait comme les autres apôtres, comme Pierre, comme les frères du Seigneur, se faire accompagner d’une femme chrétienne chargée de le servir. Tout travailleur est nourri par celui qui l’'emploie : Moïse défend même de museler le bœuf qui foule l'aire. Sous l’ancienne comme sous la nouvelle loi, le prêtre vit de l’autel. Pourquoi lui, Paul, a-t-il renoncé à son droit? Parce qu'il ne veut pas que sa conduite mette obstacle à la diffusion de l'Évangile; parce qu'il tient à son bon renom et à son indépendance; parce qu'il aspire au mérite d’un apostolat absolument gratuit et désintéressé ; parce qu'il veut être pour les néophytes un modèle de détachement et un exemple vivant d’abnégation; parce qu’en se faisant tout à tous, Juif avec les Juifs, Gentil avec les Gentils, il espère en sauver au moins quelques-uns; parce qu'enfin il veut pouvoir dire aux néophytes : Imitez-moi comme j'imite le Christ.

Solution. — À la lumière de ces principes, les deux premiers cas de conscience sont déjà résolus. Le chrétien peut, comme tout le monde, acheter au marché les viandes qui s’y trouvent sans s'inquiéter de leur provenance. Auraient-elles été offertes aux idoles cette offrande n’y change rien. Il peut aussi accepter les invitations et manger sans scrupule de ce qu’on lui présente.

1 ICor. 818%— 2. 1022; cf. 612,

LR

Far

Fe E +

Page 1