‹ La théologie de Saint PaulChapitre 75 sur 630 · II. N° CXI (t. I, p. 177), 1° siècle · texte numérisé non relu

II. N° CXI (t. I, p. 177), 1° siècle

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Chez tous les peuples, la table forme entre les convives une sorte de lien sacré qui devient plus intime et plus saint quand le banquet est la consommation du sacrifice. Il y a dans le festin religieux : 1. l'union ordinaire entre hôtes et convives: 2. l’union avec le prêtre sacrificateur, car la consommation de la victime est le complément du sacrifice; 3. l'union vraie ou supposée avec le dieu, censé présent au milieu de ses adorateurs; 4. l'union avec la victime elle-même, véhicule de bénédictions. Il est manifeste que ces unions — du moins les trois dernières — constituent un lien religieux. Ce n’est donc plus la charité ou l'édification qui est en jeu, mais la religion ellemême. Un acte du culte fait en l’honneur d’une fausse divinité, qu'on le veuille ou non, est un acte idolâtrique. Non pas que les idoles aient une existence réelle ou que l'offrande aux idoles souille une créature. Saint Paul vient d'affirmer qu'il n'en est rien et il ne se contredit point. Seulement les sacrifices qu’on n'offre pas au vrai Dieu sont par le fait même offerts aux démons : c'est le démon qui en tire avantage.

On s’est demandé comment Paul s'accorde avec le décret apostolique d'une part et avec la tradition ecclésiastique de l’autre. Le décret de Jérusalem était temporaire et local. Simple mesure de discipline, essentiellement variable, proposée par saint Jacques dans un but de conciliation, pour adoucir

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I. L'invitation faite par Chérémon « de diner à la table du Seigneur Sérapis et au Sérapéum » ne pouvait être acceptée par un chrétien, d’après les principes de Paul, car il s’agit d’un banquet sacré dans un lieu sacré, c’est-à-dire d’un acte idolätrique (Cf. 1 Cor. 810 : &gv vez tôn ce. êv eldwliw xaraxeimevov..….). — II. Un chrétien était pareillement tenu de décliner la seconde, car bien que le banquet sacré eût lieu chez Claude fils de Sérapion, c'était toujours un banquet sacré donné en l'honneur du Seigneur Sérapis et la table où devaient s'asseoir les convives était la table (xetvn, c'est l'orthographe usuelle des papyrus pour xivr) du dieu (Cf. 1 Cor. 1021 : où Güvactle rpamétnç Kupiou metéyetv ai tparétns doupoviwv). — III. Mais il pouvait répondre à la troisième malgré la crainte qu’on ne servit au festin des noces quelque victime offerte aux idoles à l'occasion de ce mariage si, comme le nom le ferait supposer, Héraïs était païenne (Cf. 1 Cor. 1027). Il aurait dû seulement, pour éviter le scandale, s’abstenir de tout plat signalé comme provenant d’un sacrifice.

THÉOLOGIE DE SAINT PAUL. Il

les heurts entre néophytes Juifs et Gentils dans les églises mixtes, il ne s'imposait directement qu'aux fidèles d’Antioche, de Syrie et de Cilicie. Saint Paul avait cru devoir le promulguer encore en Galatie et probablement aussi en Asie où la composition des communautés chrétiennes était la même: mais il n'avait aucune raison de l’étendre à Corinthe où l’élément judéo-chrétien devait être presque nul. D'un autre côté, la solution libérale donnée pour Corinthe n’engageait pas l’avenir. Il était naturel qu'après le triomphe du christianisme on adoptât une solution plus rigoriste. On ne pouvait plus invoquer alors la nécessité morale, et l’on n'avait plus aucun motif de donner aux sacrifices païens cette sorte de coopération matérielle qui semblait être un encouragement. Les idolothytes furent donc prohibés comme les jeux du cirque, soit à cause du scandale désormais inévitable, soit à raison du danger prochain. Il ne faut pas s'étonner non plus si quelques, Pères, perdant de vue l’enseignement de saint Paul, en vinrent à regarder les idolothytes comme souillés par la seule offrande aux idoles et défendus par le fait même.

Assemblées chrétiennes. — Partout où se trouvait un noyau de fidèles, des réunions publiques s’établirent. On choisit de préférence le premier jour de la semaine appelé, dès le temps de saint Jean, le jour du Seigneur'. Y eut-il d'abord, comme cela se pratiquait sous Trajan, deux assemblées distinctes, l'une pour l'instruction, l'autre pour la fraction du pain? La première Épître aux Corinthiens le fait supposer : en effet les catéchumènes et les païens assistent aux réunions où prophètes et glossolales déploient leurs charismes ?, et il n’est

1. Apoc. 110: ’Ev tÿ xuptaxÿ nuépa. Ce n’est pas encore xvptaxn tout court, comme dans Ignace, Magnes. 1x, 1, ou xvpiaxà Kupiou, comme dans la Didachè, xiv, 1. Cest le premier jour de la semaine ou dimanche qu’a lieu l’assemblée religieuse, 1 Cor. 162 (rat iav «x66arovu) et la célébration de l’eucharistie, Act. 207 (èv rh mu& Tüv o266dtwv). Barnabé, Epist. xv, 9, l'appelle le huitième jour.

2. L Cor. 1428-24 (&rtoros à idtwrns, ce dernier n'étant ni fidèle m infidèle ne peut être que catéchumène).

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pas probable qu'on les admit à la célébration des mystères.

Paul n’a pas en vue de nous décrire ces assemblées; il se propose uniquement de corriger les abus qui se sont glissés depuis son départ. Les détails les plus familiers s’écrivent peu. Quand on les touche en passant, ce n’est guère que par voie d’allusion. Grâce aux difficultés des Corinthiens un coin du voile se soulève, trop peu pour satisfaire notre curiosité, assez pour nous permettre de jeter un regard discret sur le fonctionnement des églises à leur origine.

Voile des femmes. — Dans les cités grecques en général, les femmes jouissaient d’une liberté très grande et Corinthe n'était pas pour elles une bonne école de retenue et de modestie. Il paraît que plusieurs assistaient sans voile aux assemblées religieuses et se permettaient même d'y prendre la parole. Paul condamne cette pratique comme inconvenante, comme contraire à la coutume des autres églises et comme opposée à ses propres enseignements ‘. Il est évident que, dans les mœurs de l’époque, aller tête nue était signe d'autorité et d'autonomie, tandis que le voile symbolisait la crainte, 1è deuil, la sujétion. Or, le christianisme qui venait émanciper la femme, relever sa condition sociale, lui rendre son rang d'honneur au foyer domestique, ne lui assignait aucune place dans les fonctions sacrées de la hiérarchie ecclésiastique. De par la loi de Dieu et l’ordre de la nature, la femme est soumise à son mari et son maintien extérieur doit exprimer cette dépendance. L'Apôtre le lui rappelle et lui fait un devoir de s’en souvenir à l’église : « Le chef de la femme est l'homme, le chef de l’homme est le Christ, le chef du Christ est Dieu?. » Telle est la hiérarchie légitime. Le Christ, chef suprême de l'Église sous la haute suzeraineté de Dieu, a réservé à l’homme seul le pouvoir de l’ordre, et c’est par l’homme qu'il exerce sa juridiction; la femme est au dernier rang, sans autorité propre. L'homme et la femme, on le voit, sont pris au sens collectif, et rien ne s'oppose par conséquent à leur inégalité individuelle ni à leurs relations mutuelles de supérieur

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