‹ La théologie de Saint PaulChapitre 82 sur 630 · Act. 196 : )dlouv te yhwaoouc Kai mpopñtevov · texte numérisé non relu

Act. 196 : )dlouv te yhwaoouc Kai mpopñtevov

4, 1 Cor. 142 : Oùdelc Yo &uover” Flvebuore êè Xadet puorñpuu, CF. 132; 1427,

En réunissant tous les traits relatifs à la glossolalie, nous voyons qu’elle était la faculté surnaturelle de prier ou de louer Dieu en une langue étrangère avec un enthousiasme voisin de l’exaltation. En effet, les apôtres chantent « les magnificences de Dieu », les gens de Corneille « glorifient Dieu », les néophytes d'Éphèse « prophétisent » au sens biblique, ceux de Corinthe « ne parlent pas aux hommes mais à Dieu, personne ne les comprend quand, sous l'impulsion de l'Esprit, ils profèrent des mystères » dont la signification échappe aux auditeurs. D'un autre côté, l'excitation des apôtres est attribuée au vin capiteux, et saint Paul craint pour ses Corinthiens l’accusation de démence s’ils font usage de leur don devant des infidèles ou des catéchumènes !.

Ces manifestations merveilleuses vérifiaient les prophéties, prouvaient sensiblement la permanence du Saint-Esprit au sein de l'Église, symbolisaient la grande unité catholique et l'universalité de l'Évangile destiné à parler toutes les langues et à rassembler tous les hommes dans la profession de la même foi. Mais ce que la glossolalie avait de prodigieux devait frapper vivement les imaginations et la faire désirer avidement des néophytes encore imparfaits et inexpérimentés. Paul s'élève avec force contre cette estime excessive, et il recommande par contre le don de prophétie dont on semblait faire trop peu de cas.

Prophétie et don des langues. — Dans l'Ancien comme dans le Nouveau Testament le prophète est celui qui parle au nom de Dieu ?. Mais, tandis que les prophètes de l'Ancien Testament

1 1 Cor. 14?5 : idtütar À ärtotor.

2. C'est le sens étymologique (xpd oévær, non pas præ fari mais pra fari, « parler devant quelqu'un, en son lieu et place ») qui s’est toujours maintenu dans l’usage profane aussi bien que dans la Bible. Le prophète, dans les sanctuaires païens, était proprement celui qui expliquait les oracles où qui servait d’organe au dieu : mpopñrns A:6c, rpopñtt oiBov, xt). Il signifiait par extension « interprète » comme dans Pindare (fragm 118) :

Mavtedco Moïoa, mpopateüotw à’ Eyw.

Philon (Quis rerum div. heres, 51, Mangey, t. I, p. 510) définit très bien

le prophète : Ipopirns iätov uèv oùdèv éoobéyyeten, &NGtpta Où névra ÜrnxH3vroç érépou. Cet emploi du mot est très frappant dans le passage de

LES CHARISMES. 177

exerçaient une fonction publique et un ministère permanent, ceux du Nouveau le sont plutôt à titre privé et transitoire. Ce sont des prédicateurs inspirés; mais il n'est pas essentiel qu'ils soient porteurs d’une révélation proprement dite. Leur rôle spécifique est « d’édifier, d’exhorter et de consoler ! », comme saint Paul le définit. S'ils lisent au fond des cœurs et soulèvent le voile de l'avenir, c’est en vertu d’une prérogative surajoutée à leur mission officielle. Dans la hiérarchie des charismes, les prophètes viennent toujours immédiatement après les apôtres, et l'on voit que le don spirituel dont ils étaient favorisés les rendait aptes à diriger les communautés naissantes et les désignait aux fonctions du ministère ordinaire.

C’est pourquoi Paul conseille de désirer la prophétie plus que les autres charismes, et en particulier que le don des langues ?; elle a, en effet, sur celui-ci deux avantages principaux : elle est comprise des auditeurs et conférée pour l'utilité des fidèles aussi bien que des infidèles. 1. Tout le monde comprend le prophète et peut profiter de ses instructions, Dieu seul comprend le glossolale, à moins qu’un interprète ne l’assiste ?. Le prophète édifie l'Église; le glossolale n'édifie que lui-même. Quand il se sent sous l’action de Dieu, il a conscience de le louer : mais qu'en revient-il aux assistants 4? Tout dans la nature a une voix, et ce n’est pas un si grand mérite de former des sons susceptibles de signifier quelque chose”; mais à quoi sert une langue incomprise? « Dans l’église, conclut l'Apôtre, je préfère cinq paroles exprimant ma pensée, pour instruire les autres, à dix mille mots proférés en vertu du don des langues ©. » 2. Dieu avait menacé son peuple infidèle de lui faire entendre une langue étrangère qu'il ne comprendrait pas. Faut-il tant se glorifier d'un privilège promis à l'infidélité 7? Encore si la glossolalie convertissait les infidèles! Mais elle

VExode (71) où Moïse objecte qu’il ne sait point parler en public. Dieu lui répond : « Je t'ai constitué le Dieu de Pharaon et Aaron ton frère sera ton prophète »; c’est-à-dire : Tu traiteras avec Pharaon par intermédiaire, comme Dieu traite avec les hommes, et Aaron te servira d’interprète. — Mais, pour être l’organe de Dieu, il faut que le prophète soit initié aux secrets de Dieu, qu’il soit inspiré; aussi a-t-il pour synonyme « voyant » et est-il censé connaître les mystères et même l'avenir.

est pour eux un sujet de dérision, comme au jour de la Pentecôte. « Quand l'église est réunie en assemblée plénière, si tous se mettent à parler en langues et qu'il entre des catéchumènes et des infidèles, ne diront-ils pas que vous délirez? Au contraire, qu'un infidèle ou un catéchumène entre dans l’église, si tous ont le don de prophétie, il est aussitôt convaincu par tous, jugé par tous; les secrets de son cœur sont manifestés ; et ainsi tombant la face contre terre il adorera Dieu et reconnaïîtra que Dieu est vraiment au milieu de vous ". »

Règles à suivre. — Comme l'usage du don de prophétie peut être sujet lui-même à des abus, saint Paul le réglemente aussi bien que le don des langues. Trois avis sont adressés au glossolale, deux au prophète. 1. Si les glossolales sont nombreux, que deux seulement, trois au plus, prennent la parole à chaque réunion. — 2. Qu'ils ne parlent pas à la fois mais l’un après l'autre ; et qu'un assistant, doué du charisme d'interprétation ou sachant la langue parlée, explique ce qu'ils disent. — 3. S'il n'y avait pas d'interprète, que le glossolale garde le silence en public et s'entretienne avec Dieu à voix basse?. Les dispositions suivantes règlent l'usage de la prophétie : 1. Deux ou trois prophètes, à chaque réunion, exhorteront alternativement le peuple; les autres ou les fidèles doués du charisme de discernement des esprits jugeront de leur inspiration et de leur doctrine. —2. Si, pendant que l’un parle, un autre se sent inspiré, le premier, par déférence et par modestie, lui cédera la parole. L'Apôtre résume ses avis d'un mot: « Que tout se passe avec décence et en bon ordre ‘. »

Dans leur désir de faire parade des dons spirituels, les Corinthiens perdaient trop de vue que les charismes n'ajoutent ni ne supposent un atome de mérite dans celui qui les possède et qu’ils lui sont accordés moins pour son profit particulier que pour le bien général de l Église. Les étaler avec complaisance est un enfantillapl Le don des langues spécialement est

1. 1423-25, On ne peut guère donner à iäwrns un autre sens que « Catéchumène », puisqu'il n’est ni fidèle ni infidèle. — Il est à remarquer que ls prophètes sont censés favorisés du don de pénétrer les cœurs.

2, 1427-28 : &và pépos, « successivement, lun après l’autre ».

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