NOTION DES CHARISMES
Le mot yéptoux, propre à saint Paul (sauf 1 Pet. 410), revient seize fois dans ses lettres. Sept fois il a certainement le sens technique dont il est ici question (Rom. 126; 1 Cor. 17; 124-2-28:30-31), Ailleurs il est à peu près synonyme de grâce : la grâce de la rédemption (Rom. 515-16; 622), la grâce sacramentelle de l’ordre ou la grâce d’état qui est le fruit de ce sacrement (1 Tim. 414; 2 Tim. 16), enfin un don spirituel différent du charisme {Cor 77; 2 Cor. 1!1;: Rom. 1115 1122)
On peut définir le charisme au sens technique : un don gratuit, surnaturel et passager, conféré en vue de l'utilité générale pour l'édification
du corps mystique du Christ.
1. Gratuit en ce sens qu’il n’a aucune connexion avec la grâce sanctifiante et qu’il est indépendant du mérite, bien qu'il y ait espoir de l’obtenir en le demandant (1 Cor. 1427). Comme il n’est point nécessaire au salut, le Saint-Esprit l'accorde « à qui il veut et quand il veut » (1 Cor. 1211 : Gtatpoëv die Exdotw rade Boÿlerat).
2. Surnaturel, car c'est une opération du Sant-Esprit qui peut par métonymie prendre le nom d’espyit (rveüuata, 1 Cor. 1412-52; TVEUHLATIXS, 1 Cor. 121; 141); mais le charisme peut se greffer sur une aptitude naturelle.
3. Passager, car l'Esprit l’accorde et le retire à son gré et, bien que le prophète soit libre de délivrer ou non son message, il n’est point inspiré quand il veut (1 Cor. 1428-32). Le charisme est transitoire par rapport aux vertus théologales qui demeurent (1 Cor. 1315 : péve) et surtout à la charité qui ne déchoit pas (1 Cor. 138 : odSérate mixte), mais cela n'empêche pas qu’il ne possède une certaine fixité, en vertu de laquelle l’homme doué du charisme prophétique s’appelle prophète, etc.
4. En vue de l'utilité générale. Paul l'affirme en propres termes (1 Cor. 127 : Exdotw Dior À prvépwors Toù IIveüuato: mpùs To ouwpépov. Eph. 412 : eiç oixoGouñv Toù cwpatos Toù Xproroÿ). Sa comparaison des charismes aux membres du corps humain qui ont pour fonction de s’aider les uns les autres prouve la même chose. Enfin les charismes sont estimés au prorata de leur utilité; la glossolalie, par exemple, est inférieure à la prophétie parce qu’elle est moins utile au bien général. Cependant il ne s'ensuit pas qu’ils soient sans profit pour ceux qui les possèdent (ef. 1 Cor. 144).