III. DISTINCTION DES CHARISMES
Parmi les charismes, quatre forment entre eux une sorte de hiérarchie : apôtres, prophètes, évangélistes, docteurs (L Cor. 1228) : Kai oûc pèv édero 6 sde év T9 Exxmsi mowrov amostéhous, Debtepov rpopñras, tpirov dtüacxdhouc, Emeuva Gvvauers «rh. La gradation descendante est très nette (Eph. 4!l) : "Edwzev tobs pèv dmostéhous, Toùs DÈ Tpophtas, robe DE eduyyeliotds, Tobs DÈ
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mouéves «ai ddacxdhous. Bien qu'il y ait cing noms, il semble n’y avoir que quatre classes, car les deux derniers sont régis par le même article défini. S. Jérôme, sans doute à la suite d'Origène, l’a bien remarqué (Comment. in Ephes. A1) : « Non enim ait : alios autem pastores et alios magistros, sed alios pastores et magistros, ut qui pastor est esse debeat et magister. » En tout cas, pasteurs et docteurs sont clairement distingués des apôtres, des prophètes et des évangélistes.
Les apôtres nommés ici ne sont pas les Douze. Saint Paul veut parler sans doute de ces missionnaires qui, poussés par l'Esprit de Dieu, quittaient tout pour aller fonder en pays païen des chrétientés nouvelles. La Didachè nous donne sur eux d’assez curieux détails (Doctr. duod. apost. xx, 3, dans Funk, Patres apost.?, 1901, t. I, p.26). L’apôtre doit être reçu comme le Seigneur lui-même; mais s’il s'arrête plus de deux jours dans une chrétienté constituée, ou si en partant il demande de l'argent, on le regardera comme faux prophète, c’est-à-dire comme n’ayant pas réellement le charisme de l’'apostolat. On s’affublait volontiers de ce titre honoré. Paul poursuit de ses traits sarcastiques les perfides ouvriers qui s’arrogent faussement le nom d’apôtres (2 Cor. 1115 : petacympatiépevor els &mootéious Xpiotod) et Jean félicite l’évêque d’Éphèse d’avoir démasqué ces hypocrites (Apoc. 22 : ToÙc Aéyovrac Éautobc &mootédouc nai oùx Etaiv).
« Édifier, exhorter, consoler », tel était le triple rôle des prophètes (1 Cor. 14%). Le don d’exhortation (Rom. 198) est donc àla prophétie ce que la partie est au tout. La Didaché, xt, 7-12, s'occupe aussi des prophètes et marque à quels signes on les reconnaitra; elle leur garantit le vivre et le couvert; elle ordonne aux fidèles de leur payer la dime; elle ajoute ce trait caractéristique (Doct. duod. apost. xv, 1, dans Funk, Patres apost. ?, 1901, t. 1, p. 32-34): « Choisissez-vous donc des évêques et des diacres dignes du Seigneur... car eux aussi exercent auprès de vous le ministère des prophètes et des docteurs. » Ce texte nous prouve : 1. Qu’il existait une certaine analogie entre les évêques du second rang ou prêtres et les diacres d’un côté, et les prophètes et les docteurs de l’autre. 2. Qu’à défaut de dons extraordinaires, les grâces d’état du ministère ordinaire en tiennent lieu.
Le docteur comme le prophète avait pour mission d’instruire. Mais tandis que le prophète s’adressait surtout au cœur, le docteur parlait principalement à l'esprit. C'était un catéchiste inspiré ou du moins suscité providentiellement et doué du discours de science, comme le discours de sagesse était l'apanage habituel du prophète (1 Cor. 128).
Reste l’évangéliste. Tout porte à croire qu’il était destiné à raffermir les églises nouvelles mais non peut-être à les fonder. Il se distingait ainsi de lapôtre. Le caractère épiscopal, dont les apôtres étaient régulièrement investis, lui était moins nécessaire. Philippe, l’un des sept premiers diacres hellénistes, est qualifié d’évangéliste (Act. 215), et Paul exhorte Timothée à faire œuvre d’évangéliste (2 Tim. 45). Théodoret les appelle des prédicateurs ambulants. Inutile d'ajouter que ces évangélistes n’ont rien de commun avec les auteurs des quatre Évangiles.
De la plupart des autres charismes, nous n'avons que le nom avec quelques traits peu précis. Six d’entre eux, partagés en deux groupes, ont pour fin principale les actes corporels de miséricorde.
L'aumônier, mû par un attrait surnaturel, distribue ses biens aux indigents. Il doit pratiquer la simplicité qui l’affranchit de l’égoïsme, du respect humain et de l’ostentation (Rom. 198 : & ueraSode ëv àm)6tntt)
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NOTE H. — LES CHARISMES. 183
L’hospitalier assiste les malheureux, prisonniers ou infirmes. Sa vertu spéciale est un air affable et joyeux qui double le prix du bienfait et sert d’antidote à la monotonie du dévouement (Rom. 128 : à éle&v ëv tha-
pétnti).
Le possesseur du charisme appelé évruñbes (aide ou secours) prendrait aussi, suivant S. Jean Chrysostome, le soin des pauvres et des malades. Nous croirions plutôt qu’il met au service de ses frères son expérience, son influence et ses ressources (1 Cor. 122$). En effet &vruAnrwp veut dire « défenseur » et évriau6aveclo signifie « venir en aide, tendre la main à qui va tomber ».
Les dons de foi, de guérison et de miracles ont entre eux d’étroits rapports.
Considérée comme charisme, la foi n’est plus la vertu théologale, bien qu’elle s’y rattache : c’est la foi capable de transporter les montagnes, d’enfanter des prodiges (1 Cor. 12°). On peut la définir : « Une confiance inébranlable, fondée sur la foi théologique et assurée par un instinct surnaturel que Dieu, dans tel cas donné, manifestera sa puissance, sa justice ou sa miséricorde. » S. Cyrille d'Alexandrie la définit (/n Joan. xx, 40) : où Soyuarumn pévoy Éoriv, à nai Tv Ünèp avÜporou évepynttxh. C’est d'elle que parle le Sauveur dans Marc 112? (Habete fidem Dei); c’est elle qu’implorent les disciples dans Luc 175 (Adauge nobis fidem). Paul (1 Cor. 15?) fait allusion à la parole du Christ (Mat. 1720) qui promet à la foi le pouvoir de soulever les montagnes. Le contraire de ce charisme a un nom spécial : ohyomotéa (Mat. 1720); ôkryémeotoc (Mat. 630; 826; 1451; 168; Luc 1228).
Le don de guérison, permanent ou transitoire, ne se confond pas avec cette foi vive. L'ombre de Pierre, le vêtement de Paul, comme le simple contact de Jésus, rendaient la santé (Act. 515; 1912; Luc 61?).
Le don des miracles est de même nature que le précédent et ne s’en distingue que par son objet plus étendu. Paul les énumère ensemble et les joint à la foi de manière à montrer par la contexture de la phrase qu’ils forment groupe (1 Cor. 12?) : étépw miotis.. GAkw de XAPioUaTa Lait. … ao 8 évepyhuata duvauewv. Plus bas (1 Cor. 1228), la foi est omise.
Les charismes de la troisième catégorie — pasteurs, présidents, ministères, dons de gouvernement — ne laissent apercevoir aucune différence de sens bien tranchée. Il n’est pas même sûr que tous appartiennent à cette classe. Ils devaient désigner une aptitude surnaturelle à gouverner la communauté chrétienne avant que la hiérarchie ordinaire fût constituée. Le mot le plus général (xv6eovioeus, L Cor. 1225) est entendu avec raison par les exégètes du gouvernement de l'Église, dont le chef est le pilote ou le nautonier. Le mot vague de ministère (draxovia, Rom. 127; 1 Cor. 125) désignerait les services d'ordre inférieur rendus à l’Église. Le président (mpoïotäuevoc), dont la caractéristique est le zèle (Rom. 128), dirigeait sans doute les assemblées religieuses encore imparfaitement organisées. C’est le titre que Paul donne aux chefs de l'église de Thessalonique peu de mois après sa fondation (1 Thess. 51°). Quant au charisme de pasteur (mov, Eph. 411) qui paraît un des plus clairs et qui est en réalité un des plus obscurs, l’Apôtre semble le confondre presque avec le charisme de docteur ou du moins l’attribuer aux mêmes personnes. Si l'identité était établie, il appartiendrait à une autre classe.