I. OBJET, NATURE ET SOURCE DE LA CONFIANCE DE PAUL
L'objet de cette confiance est à chercher directement dans 31-3, où l’Apôtre s'excuse de se recommander lui-même, quand l’église de Corinthe fondée par lui devrait être une lettre de recommandation suffisante, et indirectement dans 214-17, qui motive cette excuse. Il y parle en effet de lui en termes qui pourraient le faire soupçonner de nourrir une confiance exagérée en ses propres forces. Ce n’est, répond-il, qu’une légitime assurance (temotmouc). Non seulement cette assurance est légitime,. mais elle est surnaturelle; elle est conférée par le Christ (dix Toù Xetotoë), notre Médiateur universel dans l’ordre du salut, et elle est en Dieu (mods tov Océv), inspirée par lui et dirigée vers lui. La confiance de PApôtre n’est donc point de la présomption, car il ne la fonde pas sur ses propres ressources. Il va expliquer pourquoi l’objet en est réel et non imaginaire : c’est que la source en est divine.
L’Apôtre nie qu’il soit naturellement apte (txavéc) à remplir les devoirs et les fonctions de l’apostolat; son aptitude (ixavérnc) vient de Dieu qui va rendu apte (ixévwosv) à être ministre de la nouvelle alliance. Le mot ixavés signifie « suffisant, capable de, apte à » ; il est amené par la question 216 : xaù npdç radra tés ixavés; Paul se sert du tour de phrase qu’il emploie d'ordinaire pour éviter les malentendus possibles : «Je ne dis pas que nous soyons capables de concevoir quelque chose de nous-mêmes » (oûy 6, cf. 124, à ne pas confondre avec ôrt où). — Le nous désigne Paul avec ses coliègues dans lapostolat, à moins qu’on ne préfère l’entendre de Paul seul; s’il désignait tous les fidèles, ce changement de sens devrait être marqué, dans l’incise suivante, par la position emphatique de Auäc (dc xoi fu&c). — Le mot doyitecô, traduit repuiare par saint Jérôme, æsfimare par l'Ambrosiaster, ne veut pas dire simplement « penser, concevoir » une chose, mais « juger, estimer, apprécier »; il indique un jugement pratique dirigeant l’action. Comme il est indéterminé, beaucoup d’exégètes anciens et modernes (Augustin, Estius, Cornely, etc.) lui laissent toute son indétermination : « Nihil nobis vindicantes, ut qui non valeawus boni quoppiam quod ad rem evangelicam aut omnino ad pietatem pertineat, ex propriis naturæ nostræ viribus vel cogitare : quanto minus agere et exequi (Estius). » D’autres le déterminent par le contexte éloigné ou immédiat; mais il n’y a aucune raison de chercher à compléter une idée qui n’a nul besoin de complément. L’Apôtre ne veut pas laisser croire qu'il s’attribue le succès de sa prédication; il en donne cette raison générale qu’il n’est pas même capable d’apprécier sans le secours de Dieu ce qu’il doit faire, puis il revient à son apostolat dont il
affirme l’origine divine : 8 xai ixévwcev uäc vaxovouc. Si doyioucha se rapportait uniquement à l’apostolat, ces derniers mots seraient une tautologie. — La traduction latine : non quod sufficientes simus cogitare aliquid a nobis, quasi ex nobis pourrait donner l'impression que a nobis quasi ex nobis dépend de cogilare; maïs en grec la place des mots fait voir que a nobis (äp’ Eavr&v) modifie sufficientes simus (ixavoi ècuev) ou si lon veut toute l'expression complexe sufficientes simus cogitari aliquid. — Il est évident que quasi ex nobis explique et détermine a nobis qui est moins précis, né (a) désignant l’origine à un titre quelconque, ëx (ex) marquant plus distinctement la source et la cause dernière de cette capacité.