II. CONSÉQUENCES THÉOLOGIQUES
Les théologiens se servent de ce passage pour prouver la nécessité de la grâce et ils en ont le droit; mais on peut se demander si leur preuve découle de l'analyse même du texte ou si elle est la conclusion d’un raisonnement plus ou moins complexe.
Le canon 7 du second concile d'Orange est ainsi conçu : « Si quis per naturæ vigorem bonum aliquod, quod ad salutem pertinet vitæ æternæ, cogitare ut expedit, aut eligere, sive salutari, id est evangelicæ prædicationi consentire posse confirmat, absque illuminatione et inspiratione, Spiritus Sancti qui dat omnibus suavitatem in consentiendo et credendo veritati, hæretico fallitur spiritu non intelligens vocem Dei in evange- Jio dicentis : Sine me nihil potestis facere; et illud Apostoli : Non quod idonei simus cogitare aliquid a nobis, quasi ex nobis, sed sufficientia nostra ex Deo est. » On sait quel usage saint Augustin à fait de ce texte, surtout dans ses derniers ouvrages, Contra duas epist. Pelag. un, 8; De prædest. sanctor. ?; De dono persev. 8 et 13, etc. Le saint docteur semble entendre sufficientia nostra de tous les chrétiens et cogitare aliquid de toute pensée ayant trait au salut, De prædest. sanct. 2 : « Attendant et verba ista perpendant, qui putant ex nobis esse fidei cæptum et ex Deo esse fidei supplementum. Quis enim non videat, prius esse cogitare quam credere? Nullus quippe credit aliquid, nisi prius cogitaverit esse credendum. » De la sorte, la nécessité de la grâce pour le commencement de la foi — et à plus forte raison pour les autres actes salutaires — serait directement et formellement enseignée dans notre texte. Mais si, avec tous les commentateurs, y compris saint Thomas, on entend non quod sufficientes simus et sufficientia nostra de l’'Apôtre et de ses compagnons, si en outre, avec un grand nombre d’excellents interprètes, on entend cogitare aliquid des pensées qui se rapportent au ministère apostolique, on n'arrivera à cette conclusion que par un double argument de parité ou par un double à fortiori, argument d’ailleurs légitime et fondé sur le sens littéral. |