II. LA GRANDE COLLECTE
Pour les pauvres. — Lors du concile apostolique, en 49 ou 50, Paul avait promis de penser, dans ses missions parmi les . Gentils, aux frères de Jérusalem !. Ceux-ci vécurent longtemps d'aumônes et l'espèce de communisme dont ils firent l'essai au début? ne dut pas contribuer à les enrichir. L'Apôtre ne perdit jamais de vue sa promesse. Il y voyait une preuve de gratitude, de déférence et de vénération à l'égard de l’église au sein de laquelle l'Evangile était né. Ces dons volontaires resserraient les liens entre les deux fractions de la communauté chrétienne, trop portées à s’isoler; ils ravivaient les sentiments fraternels dont ils étaient l'expression sensible; ils enseignaient à tous la générosité et le détachement; enfin, ils symbolisaient le grand principe de la solidarité catholique, la communion des saints. Les Juifs hellénistes se cotisaient an- ‘nuellement pour les besoins du Temple : conveñait-il aux chrétiens de faire moins pour le centre de leur unité?
Paul avait déjà prêché la quête aux églises de Galatie ?. Celles de Macédoine, devinant ses désirs, les avaient prévenus4. C'était le tour de Corinthe et de l’Achaïe. Dans sa première Épître, répondant sans doute aux demandes des Corinthiens, il avait donné sur ce point des instructions précises . Il voulait que tous les dimanches chacun mît de côté son offrande afin qu’on fût prêt à son arrivée. Evidemment le rôle de quêteur le gênait; il ne s’occupait qu'avec répugnance des questions d'argent. Ses précautions pour sauvegarder son bon renom d’intégrité et de désintéressement nous paraissent aujourd’hui presque excessives. Il ne voulait rien faire que devant témoins et ne consentait même pas à porter seul aux destinataires les somines recueillies 6. À Corinthe, Tite lui avait préparé les voies en organisant la collecte. L'Apôtre, en lui remettant cette lettre, lui donnait mission de terminer l'affaire au plus vite. Les chapitres vrrr et 1x ne sont en définitive que ce qu’on appellerait de nos jours un sermon de charité. Mais NA UE AE OR
1. Gal. 210. — 2. Act. 432. — 8. 1 Cor. 161. — 4. 2 Cor, 5. 1 Cor. 161-4, — 6.2 Cor. 86-16; 92.
quelle délicatesse de touche pour être insinuant sans devenir importun! Que de ménagements et d'adresse pour stimuler la générosité tout en évitant de l’imposer! Quelles envolées de surnaturel pour corriger ce que le sujet a de fatalement banal Le mot de quête n’est pas prononcé; celui d'aumône non plus : c'est un acte de bienfaisance et de miséricorde, un ministère sacré, un moyen de s'unir aux frères et de participer à leurs prières, c’est l'assistance destinée aux saints, c’est enfin une grâce, plus encore pour celui qui donne que pour celui qui reçoit !.
Paul fait appel à trois motifs qui manquent rarement leur but : l’émulation, l'amour-propre et l'intérét?. Ces sentiments sont tout-puissants pour le bien comme pour le mal. Il ne s’agit que de les diriger et de les surnaturaliser : l’'Apôtre s’y entend à merveille et il nous donne, en ces deux pages, un modèle exquis de ce genre de prédication. >
Émulation. — C’est l’émulation qu’il met en jeu d’abord. Les fidèles de Macédoine, au plus fort de la persécution, malgré leur pauvreté profonde, ont demandé instamment de contribuer à la quête : « Je leur dois ce témoignage; ils ont donné de leur plein gré autant qu'ils pouvaient et plus qu'ils ne pouvaient... [ls n’ont pas seulement rempli notre espérance », ils l’ont dépassée de bien loin; « ils se sont donnés eux-mêmes au Seigneur et à nous ». Le bon exemple des autres est une leçon aisée à comprendre. O Corinthiens, « vous excellez en tout, en foi, en doctrine et en science, en sollicitude de toute sorte et en charité pour nous: il faut done que vous