INTRODUCTION. XXV
regard si sûr les profondeurs de cette question, qu'il a mérité d'être appelé le Docteur de la grâce. Mais en montrant la faiblesse de notre nature, il ne conteste pas les droits de la raison et la force réelle de notre volonté : « Telle est, ditil, ma disposition naturelle, que je désire vivement connaître la vérité, non-seulement par la foi, mais encore par l'intelligence. » (De peccator, merilis et remiss., 1. n, ch. 1.) Il pose le fameux principe : «Je pense, donc je suis» (Soliloq.), • qui sera plus tard le principe fondamental de l'école cartésienne. Nous ne pouvons par nous-mêmes, dit-il, faire des actions qui méritent le ciel, mais les actions conformes à la raison peuvent nous mériter des récompenses temporelles. C'est peut-être pour récompenser leurs vertus naturelles que Dieu donna aux Romains l'empire du monde. Il écrivit contre les ariens son Traité de la Trinité, le plus beau monument qui ait paru sur ce dogme de notre foi. Les écrivains des siècles suivants, qui ont traité le même sujet, n'ont guère fait que d'en reproduire ou d'en développer les pensées. Il combattit les donatistes tombés dans le schisme, en montrant l'unité et l'autorité de l'Église. Suivant le saint docteur, la foi ne consiste pas seulement à croire les vérités surnaturelles, mais à les croire parce que l'Église nous le commande : « Je ne croirais pas, dit-il, je ne serais pas un véritable croyant, si je ne me rendais à l'autorité de l'Église. » Il a réuni, dans le livre de la Cité de Dieu, toutes les lumières de la théologie, de la philosophie et de l'histoire; c'est un tableau qui nous représente, dans des proportions gigantesques, la lutte de la vérité et de l'erreur, du bien et du mal depuis le commencement du monde, la société des bons en face de la société des méchants et marchant en ligne parallèle jusqu'à la fin des temps. « Deux amours ont bâti