XXX INTRODUCTION
telligence; que les raisons immuables et éternelles des choses existent réellement et ne sont pas de vains mots, flatus vocis.
Le premier, il donna la preuve ontologique de l'existence de Dieu : « Nous avons, dit-il, l'idée d'un être parfait; donc il existe, car s'il n'existait pas, il ne répondrait pas à l'être dont nous avons l'idée. 11 est plus parfait d'être que de ne pas être. » [Contra blasphemias Ruzelini sive Roscelini.) Ainsi on a faussement attribué à Descartes l'honneur d'avoir exposé le premier cet argument. Saint Anselme, dans son Traité de la Trinité, combattit les Grecs qui niaient la procession du Saint-Esprit. Avec lui la théologie reprit la devise des Pères : F ides quœrens intellectum. Il donne les fameuses raisons de convenance, qui occupèrent une si large place dans les écrits de cette époque. La foi que saint Anselme exige des théologiens, n'est pas une foi spéculative qui se perd dans des théories abstraites : « Commencez par purifier votre cœur. Que l'observation des préceptes du Seigneur illumine vos yeux; qu'une humble obéissance fasse de vous de petits enfants et vous apprenne la sagesse. » (De fide Trinit.)
Saint Anselme eut pour disciple Guillaume de Champeaux, fondateur de l'école de Saint-Victor, près de Paris. Le maître et le disciple, réunissant leurs efforts, luttèrent ensemble contre Abélard. La victoire était incertaine, lorsque apparut un homme qui remplit de sa lumière et de sa gloire le douzième siècle. Abélard trouva dans saint Bernard un antagoniste qui ne lui laissa ni trêve ni repos. L'abbé de Clairvaux démasqua son faux conceptualisme, sorte de compromis entre le nominalisme et le réalisme, et qui conduisait directement à la négation de la foi. On accuse saint Bernard d'avoir usé envers Abélard d'une sévérité excessive,