‹ La Théologie de Saint ThomasChapitre 28 sur 155 · INTRODUCTION. XXXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXXI

d'avoir cédé parfois aux inspirations d'un zèle trop ardent. Est-ce à tort ou à raison ? Il n'est pas facile de le dire. Toujours est-il qu'en dénonçant Abélard au chef de l'Église, il le peint avec des couleurs un peu vives : « Abélard est un monstre qui ourdit en secret les plus funestes complots. Que dis-je ? Il ne craint plus aujourd'hui de paraître à découvert. Et plût à Dieu que ses écrits fussent enfermés dans des coffres, au lieu d'être vendus et lus sur les places publiques. Ils volent malheureusement à travers le monde, ces fruits empoisonnés de l'erreur. Leur funeste influence se fait sentir partout, dans les châteaux et dans les villes. Ils vont de nation en nation, d'un royaume à un autre. Dans quels temps vivons-nous ! On fabrique un nouvel Évangile, on propose aux peuples une foi qui n'est pas l'ancienne, on bâtit sur un autre fondement que celui qui a été posé ! Les règles de la saine morale ne sont plus la base de l'enseignement, on traite des sacrements d'une manière aventureuse; du mystère d'un Dieu en trois personnes avec une téméraire curiosité. Abélard, nouveau Goliath, s'avance armé de toutes pièces, et précédé de son écuyer, Arnaud de Bresse. Leur union ne saurait être plus étroite ; on dirait celle des deux écailles d'une huître, qui ne laisse aucune entrée à l'air pour les séparer. Semblables à celui qui se transforme en ange de lumière, ils ont dans leur extérieur les apparences de la piété sans se mettre en peine d'en acquérir l'esprit et d'en avoir la Téalité. Grâce à ces dehors imposteurs, ils surprennent la bonne foi de ceux qui prêtent l'oreille à leurs discours. » (Lettre 189.)

Saint Bernard, Richard et Hugues de Saint-Victor donnèrent à la théologie la forme contemplative et mystique. Tandis que d'autres prouvaient la vérité de nos dogmes avec

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une rigueur géométrique. Hugues, n'écoutant que l'élan de sa piété, s'excitait ainsi à l'intelligence de ce qu'il croyait : «Ce n'est pas assez de croire sur Dieu des choses justes et vraies; efforçons-nous, autant qu'il est permis , autant qu'il est possible, de saisir par la raison ce que nous saisissons par la foi. Qu'y a-t-il d'étonnant, si notre àme s'obscurcit quand elle approche des mystères cachés en Dieu, elle qui est presque à chaque instant souillée par la poussière des pensées terrestres. Secoue ta poussière, ô vierge fille de Sion. Si nous sommes les fils de Sion, dressons l'échelle sublime de la contemplation. Prenons les ailes de l'aigle, afin qu'échappant aux choses de la terre, nous puissions planer sur les hauteurs célestes. » (Prolog.)

On retrouve dans les œuvres de saint Bonaventure, le même enthousiasme et le même parfum de piété, uni à une rare profondeur de pensées. C'est le docteur séraphique, et non Pascal, comme on Ta dit, qui a le premier comparé Dieu « à une sphère dont le centre est partout, la circonférence nulle part. » Les grands principes du mysticisme sont demeurés, tels qu'il les a exposés, la règle de tous ceux qui ont traité avec succès ces matières, et leur mérite a été d'autant plus grand, qu'ils ont mieux reproduit les pensées du docteur séraphique.

Tandis que l'école mystique jetait tant d'éclat, une autre école, celle de la raison pure, méditait les dogmes chrétiens, recherchait l'harmonie de nos mystères avec la nature humaine, et en prouvait la vérité, avons-nous dit, avec une rigueur mathématique. Alexandre de Halès, le docteur irréfragable, illustrait la chaire de théologie de Paris. Pierre Lombard recueillait, comme une abeille patiente au travail, et rangeait dans un ordre méthodique, les maximes des Pères. Il

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