INTRODUCTION. XXXIII
composait son Livre des sentences, que plus de quatre mille commentateurs ont expliqué. Albert le Grand, génie universel, appelé le prodige de son siècle, réunissait autour de sa chaire des milliers d'auditeurs accourus, pour l'entendre, de toutes les parties du monde. Egalement versé dans les sciences profanes et dans les sciences sacrées, il faisait servir au triomphe de la foi, la philosophie, la physique, la géométrie, la physiologie, l'histoire naturelle. La plus grande de ses gloires est peut-être d'avoir eu pour élève saint Thomas.
X. La jeunesse du docteur angélique ne s'écoula point sans donner des présages de sa gloire future. On raconte que, durant le cours de ses études à Cologne, ses condisciples, faisant allusion à sa taciturnité, lui donnèrent le surnom de bœuf muet. Son maître déclara qu'un jour ses mugissements rempliraient le monde. En effet, tous les organes de l'Église enseignante ont fait redire aux échos les mugissements de sa doctrine. Il expliqua, dans la chaire de théologie de Paris, le Maître des sentences, et composa un nombre de livres si prodigieux qu'on se demande avec étonnement comment, dans une carrière qu'une mort prématurée ferma sitôt (1), il a pu livrer à la postérité tant de chefs-d'œuvre. 11 n'eut que vingt ans pour écrire, et encore les affaires dont il fut chargé, les voyages qu'il entreprit, la prédication, l'enseignement, la prière et les exercices de piété que lui commandait sa règle durent sans doute dérober à ses études une portion considérable de ce court espace. 11 nous révèle lui-même le secret de ce mystère : « fen ai plus appris au pied du crucifix que dans tous les livres. » Dieu, qui l'appelait à la mission d'enseigner d'une manière éclatante son Église, lui devait des lumières extraordinaires. Toutes les fois que, dans les
(1) Saint Thomas est mort à 49 ans.