INTRODUCTION. V
H. Un savant théologien (1) divise l'histoire de la théologie en six époques : la première s'étend des apôtres à l'hérésie d'Arius; la seconde, d'Arius à saint Augustin; la troisième, de saint Augustin à saint Anselme ; la quatrième comprend la période scolastique et finit au concile de Trente ; la cinquième embrasse les temps écoulés depuis ce concile jusqu'à la philosophie de Kant; la sixième est celle des temps modernes depuis l'origine de la philosophie allemande jusqu'à nos jours.
Cette division me paraît tout à l'ait arbitraire. Ne serait-il pas plus rationnel de la fonder sur le caractère particulier que nous semble avoir une époque, de la modifier selon les formes bien dessinées qu'a revêtues la théologie dans l'espace des dix-huit siècles écoulés depuis sa naissance ? Or, nous ne trouvons dans l'histoire de cette science que trois époques principales : celle des Pères, celle des auteurs scolastiques et celle des théologiens modernes. Je ne prétends pas, assurément, qu'une époque commence à tel écrivain et finisse à tel autre. De même qu'il serait puéril de dire : l'histoire ancienne finit tel jour, et le lendemain commença l'histoire du moyen âge ; on ne peut dire que la première époque de la théologie commence à saint Ignace et finit à saint Augustin. Examinant son histoire à un point de vue général, nous y remarquons trois époques principales, celles que je viens de nommer.
III. Les hommes, pour assurer le succès d'une idée, cherchent à l'entourer de prestige, à lui donner les charmes de l'éloquence, l'éclat des lettres, la force irrésistible de la dialectique. Le christianisme étant une œuvre divine, ne parut pas d'abord avec le caractère scientifique (1) Le P. Pcrrone.
v' INTRODUCTION'.
qui sent la faiblesse et l'incertitude du succès. Jésus-Christ enseigna le peuple' avec une simplicité touchante, mais en même temps avec autorité. Les apôtres imitèrent le divin Maître. Leur langage n'a pas communément la magnificence et l'harmonie des orateurs profanes ; dédaignant les vains artifices, il puise en Dieu une force secrète qui touche les cœurs et subjugue les esprits. Les Pères apostoliques conservèrent le même caractère de simplicité et de grandeur; ils ne firent qu'exposer, le plus souvent sous forme de lettres, la vie du Sauveur, ses miracles et ceux des apôtres : ainsi saint Clément de Rome, saint Polycarpe de Smyrne, saint Ignace d'Antioche. Quel besoin, à cette époque où l'on possédait encore dans toute sa pureté une doctrine venue du ciel et à laquelle rien ne manquait; quel besoin, dis-je, d'entourer d'un appareil scientifique les vérités religieuses? Les enfants de la primitive Eglise, heureux dans la candeur de leur foi et l'innocence de leur vie, ne soupçonnaient même pas qu'on dût un jour donner une forme scientifique à des vérités placées si haut et pour lesquelles le sang de tant de martyrs avait coulé. D'ailleurs, il entrait dans les desseins de la Providence de réserver les prémices de la foi à des gens pour la plupart simples, sans culture intellectuelle, dépourvus de tous les dons qui brillent aux yeux des hommes, afin que l'établissement de l'Église parût une œuvre divine, et qu'on ne pût l'attribuer à la main des hommes. « Il n'y a point, parmi nous, beaucoup de riches, de nobles, de puissants selon le monde. » (S. Paul.) Ce n'étaient donc pas des recherches scientifiques qu'il fallait à ces âmes encore dans le premier enthousiasme de la foi ; ils ne demandaient ni arguments pressés, m périodes arrondies, ces fidèles tout brûlants de l'ardeur du martyre, et à qui le témoignage du