INTRODUCTION. VII
sang en disait assez. C'est pourquoi l'enseignement de la théologie, à cette époque, fut si. familier, et présenté, à peu d'exceptions près, sous forme épistolaire. La lettre suivante, un des monuments de la plus haute antiquité chrétienne, nous offre un exemple de ce qu'étaient les lettres pastorales des premiers évêques.
L'empereur Trajan fait paraître devant lui Ignace, évêque d'Antioche, et, après un interrogatoire inique, condamne le disciple de Jean à mourir dans l'amphithéâtre de Rome (1). A cette nouvelle, répandue dans la ville avant l'arrivée du saint évêque, les fidèles consternés députent vers l'empereur les principaux d'entre eux afin de solliciter sa délivrance. Ignace leur écrit : « Je crains que votre charité ne me nuise. Je ne trouverai jamais une aussi belle occasion d'aller à Dieu. Si vous gardez le silence, bientôt je serai uni à Dieu ; si vous m'aimez selon la chair, je retournerai à la course. Je vous en conjure, ne m'aimez pas à contre-temps, souffrez que je sois la pâture des bêtes, elles me feront jouir de Dieu. Je suis le froment de Dieu, je dois être moulu par les dents des bêtes, afin de devenir un pain tout pur de Jésus-Christ. Flattez plutôt les bêtes pour qu'elles soient mon tombeau et qu'elles ne laissent rien de mon
corps Plaise à Dieu que je jouisse des bêtes qui me sont
destinées. Je souhaite de les trouver bien prêtes, et je les flatterai afin qu'elles me dévorent promplement et qu'il ne m'arrive pas comme à quelques-uns qu'elles n'ont osé toucher Aucune créature visible ou invisible ne m'empêchera d'arriver à Jésus-Christ ; que le feu, la croix, la division de mes membres, la séparation de mes os, la destruction de mon corps, viennent finir mes jours, pourvu que je sois avec
(1) L'année 107.