‹ La Théologie de Saint ThomasChapitre 45 sur 155 · Des hommes auraient-ils dominé sur d'autres hommes · texte numérisé non relu

Des hommes auraient-ils dominé sur d'autres hommes

La condition des anges est plus digne que celle des hommes. Cependant, il y a une domination parmi les anges ; le premier ordre de la seconde hiérarchie s'appelle même Domination, mais cet empire n'est pas celui du maître sur l'esclave, c'est celui de rhomme qui en dirige un autre pour leur bien mutuel. L'esclave n'est pas le maître de ses actes ; il agit d'après le commandement et pour l'avantage de son maître ; voilà pourquoi il obéit avec tristesse, chaque être recherchant naturellement son bien et voyant avec peine lui échapper ce qui devrait lui appartenir. L'homme innocent aurait obéi avec joie et pour son bien. Deux raisons l'auraient porté naturellement à obéir. Il est né sociable. Or, à toute société il faut un supérieur qui veille sur les intérêts communs, qui dirige vers le bien de tous, les efforts individuels qui ne tendent qu'au bien particulier, et ramène à l'unité ce qui est naturellement multiple.

L'amour de la justice et le désir de faire du bien auraient porté les plus savants et les plus vertueux à user de leur science et de leurs vertus, non pas comme des égoïstes, pour eux seuls, mais pour tous. Ils auraient été les pères et les pasteurs de leurs^ concitoyens.

l'homme. 221

OUEST. XCVII. Après avoir parlé de Vâme du premier homme, voyons V état primitif de son corps. — 1. Il aurait été immortel : Per peccatum introivit mors in mundum. (Rom., v, 12.) Ce n'est pas que l'homme eût en lui-même assez de puissance et de force pour vivre éternellement, mais l'âme, unie à Dieu, lui communiquait cette immunité de la mort. S'étant séparée de Dieu, elle a perdu sa vertu surnaturelle, et a cessé de communiquer au corps la force de lutter sans fin contre les éléments destructeurs qu'il porte naturellement avec lui.

2. Le corps aurait-il été aussi exempt de souffrances ? L'âme unie à Dieu aurait éloigné du corps de l'homme, la

souffrance comme la mort. Rien dans la nature ne serait conjuré contre nous. Nous n'aurions pas essuyé les injures de l'air, ni connu ces maladies, ces infirmités qui nous assiègent depuis le berceau jusqu'à la tombe. Sains de corps et d'esprit, nous aurions vu nos jours se succéder sans nous apporter la moindre douleur ; puis, leur nombre étant accompli, nous aurions été transportés au ciel, ne sachant ce que c'est que de souffrir ni peine physique ni peine morale. Sans doute, il pouvait arriver, naturellement, qu'un corps dur blessât le corps d'Adam, mais il avait pour éviter toute lésion douloureuse, une raison prévoyante, et la providence divine.

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