‹ La Théologie de Saint ThomasChapitre 55 sur 155 · Le démon est-il la cause de tous nos péchés? Il en est · texte numérisé non relu

Le démon est-il la cause de tous nos péchés? Il en est

la cause indirecte en ce sens qu'il a porté nos premiers parents au péché, et que de leur péché est venue la corruption de notre nature ; mais il n'en est pas la cause directe. Ce serait dire que celui qui coupe et fait sécher le bois vert est la cause de sa combustion. Il n'y aurait pas de démons, nous pourrions toujours commettre les péchés qui dépendent de notre libre arbitre. Les appétits de la concupiscence seraient toujours pour nous une occasion de chute, et notre faiblesse y succomberait comme aujourd'hui , à moins que la passion ne fût réprimée par la raison ou la grâce. On peut le dire à fortiori si l'on suppose notre nature blessée et affaiblie par le péché originel.

3. Le démon peut-il faire des miracles? — Il ne peut faire des miracles proprement dits , tout être créé ne pouvant s'élever par lui-même au-dessus de l'ordre naturel ; mais il peut faire des choses qui dépassent nos connaissances et excitent notre étonnement. Si des hommes ^habiles le peuvent, à plus forte raison des anges ; quoique méchants, les démons ont conservé leur intelligence et leur puissance naturelles.

Les prodiges opérés par eux ne sont pas toujours imaginaires,, comme l'ont dit des commentateurs. Les magiciens de Pharaon produisirent des serpents réels et de vraies grenouilles. Le feu qui dévora les troupeaux de Job, la tempête qui renversa sa maison et ensevelit ses enfants sous ses ruines, n'étaient pas des fantômes ; mais il sera toujours facile de distinguer les prodiges du démon d'avec ceux de. Dieu et des saints. Ayant choisi le miracle comme preuve de son intervention surnaturelle , il ne permettra pas que le démon nous séduise en paraissant imiter ses œuvres. Ou bien le démon, contraint par Dieu, avouera lui-même que son pouvoir est emprunté, comme tirent les magiciens de Pharaon , qui s'écrièrent : Le doigt de Dieu est la ! ou bien Dieu fera naître une circonstance qui mettra à découvert les artifices et la fourberie du démon.

OUEST. CXV. Influence des corps les uns sur les autres. — * Nous

ne nous arrêterons pas à prouver que des corps peuvent être doués d'activité et que les corps vivants renferment en eux-mêmes leurs raisons séminales, c'est-à-dire ont, les uns une puissance active, les autres une puissance passive, dont le mélange produit la génération. Nous pouvons aussi laisser la proposition où saint Thomas, suivant la science de son temps, exagère l'influence des corps célestes sur le monde sublunaire. Nous nous bornerons à rapporter brièvement ce que le saint docteur dit de l'influence des astres sur l'homme.

De grossiers matérialistes prétendaient qu'ils sont la cause des actes humains. Us l'expliquaient en disant que notre âme, liée aux organes corporels, suit irrésistiblement l'influence des corps célestes. S'il en était ainsi , les organes étant troublés, l'intelligence et la volonté ne pourraient plus produire aucun acte moral, comme l'œil troublé ne voit plus. L'homme serait poussé par un instinct aveugle, comme les autres animaux, et ses actes ne seraient pas plus dignes de louange ou de blâme que ceux des bêtes. Quel homme de bon sens oserait tenir ce langage ? Néanmoins on ne peut nier que les corps célestes n'influent quelque peu sur les actes de l'homme. Voici comment : ils ont de l'influence sur les corps physiques , qui, à leur tour, agissent sur les puissances inférieures, et celles-ci sur l'intelligence et la volonté (1).

* Saint Thomas traite, dans la question CXVI, du destin ou de la fatalité : question peu utile, après ce qui a été dit sur la Providence.

OUEST. CXVII. Action de l'homme sur son semblable et sur la

(1) On ne peut nier l'influence du climat sur l'intelligence. Le ciel triste et sombre du Nord porle les Allemands à se renfermer en eux-mêmes: de là leur tendance à la rêverie, el leur mélancolie.' Le ciel de l'Italie et de la Grèce a développé d'autres facultés intellectuelles chez les peuples de ces pays. La volonté cependant subit moins que l'inklligence les influences du dehors : elle peut toujours réprimer la fougue des passions et les ardeurs de la concupiscence. Donc les corps célestes n'influent que d'une manière tiès-éloignée sur nos actes, la volonté en étant le principe le plus prochain.

matière. — 1 . L'homme peut-il produire la science dans une autre intelligence que la sienne £ Parmi les eflets dus à un principe externe, les uns en proviennent totalement, comme une maison de l'architecte ; les autres, en partie, comme la guérison du malade vient en partie de l'art du médecin, en partie de la nature. Le médecin seconde la nature ; il donne des aliments et des remèdes qui dissipent les matières morbides, et rendent à la nature sa liberté d'action. Telle est l'action du maître sur son élève. Celui-ci a la lumière de la raison, qui lui montre les premiers principes ; il a peut-être même quelques connaissances acquises. Le maître lui montre la liaison de ces principes et de ces connaissances avec d'autres vérités qui en découlent, mais que l'élève abandonné à lui-même n'aurait pas eu la force de découvrir, ou qu'il aurait vues difficilement ; il aide l'intelligence comme le médecin aide la nature physique, lui donne de la nourriture, des remèdes excitants qui ranimeront le principe interne de la santé, et en développeront la vertu. La perfection de l'art consiste à imiter la nature.

2. L'àme peut-elle agir sur la matière sans l'intermédiaire d'un corps et par un seul acte de la volonté? Non, les anges mêmes ne le peuvent : Creatura corporalis soli Deo obedit ad nutum. L'esprit n'a de prise sur les corps qu'au moyen d'un instrument corporel. Mon âme jouit d'un pouvoir absolu sur cette portion de la matière qui lui est unie, mais son empire finit où finit le corps. Je commande à mon bras de se lever, il se lève, à mon pied d'avancer, il avance. J'ai beau commander au grain de poussière qui est devant moi , il n'obéit pas.

Cependant une imagination violemment ébranlée donne à l'âme la puissance d'agir immédiatement sur les esprits vitaux, et, par eux, sur les corps séparés de nous. Les esprits agités affluent dans la région oculaire, car c'est là surtout que se portent les esprits les plus subtils. Les yeux ensuite les répandent au dehors, remplissent et corrompent l'air ambiant. Aussi, les per-

sonnes dont l'âme a été fortement portée au mal, par exemple, la plupart des vieilles femmes,, ont-elles le regard dangereux. Il s'en exhale une sorte de venin très-nuisible à ceux qui en éprouvent la contagion. 11 serait funeste surtout aux enfants, dont le corps délicat reçoit facilement toutes les impressions du dehors (1 ) .

* La question CXVIII traite de la production de l'âme. Il suffit de se rappeler ce qui a été dit sur la création de l'âme du premier homme , toutes les âmes humaines étant produites de la même manière

Nous omettons la question CXIX , qui parle delà production du corps humain ; elle est purement physiologique. D'ailleurs, la délicatesse de la langue française en permettrait difficilement l'exposition :

« Le latin, dans les mots, brave l'honnêteté; Mais le lecteur français veut être respecté. »

(1) Quelle que soit la valeur de cette observation, dont je laisse la responsabilité à saint Thomas, on ne peut nier que les yeux ne soient le miroir de l'âme, et, comme on l'a si bien dit, le balcon où apparaît souvent, quoique voilée, la reine qui habite le palais ch? notre corps. (Ozanam.'

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